Les premiers développements de la télévision sur Internet ont été hésitants. Que l’on se souvienne par exemple de l’échec des « web-télés », dû sans doute à un mauvais positionnement en termes de contenus de programmes mais aussi et surtout au fait que, il y a quatre ou cinq ans, les débits des connexions à Internet rendaient difficile le visionnage d’émissions de télévision. L’essor rapide du haut débit en France, où le taux d’accès est l’un des plus élevés au monde, change radicalement les choses et explique la fortune de la vidéo à la demande ou VOD.
Différents ordres de services
Côté public, la VOD permet de ne plus dépendre des horaires de diffusion des télévisions et de se composer une programmation audiovisuelle personnalisée. Il devient désormais possible de regarder une émission récente ou ancienne que l’on n’a pu voir, de revoir une émission, de faire des regroupements d’émissions thématiques, historiques.
Les services de vidéo à la demande présents sur Internet sont, eux, de différents ordres. Les grandes chaînes de télévision y sont très présentes, comme le groupe France Télévision, qui vient d’ailleurs de conclure un accord avec Disney, ou encore Arte, qui n’est visible qu’à partir de 19h. sur le réseau hertzien et profite de la VOD pour proposer ses programmes le reste du temps. Pour les responsables des grands groupes télévisés, la VOD pourrait aussi être l’occasion de toucher de nouveaux publics, comme les jeunes, qui ont des usages très diversifiés des médias.
Les chaînes de télévision auront pourtant à faire face à la concurrence des grands opérateurs d’Internet, comme les fournisseurs d’accès, les moteurs de recherche, les distributeurs de biens culturels ou encore les spécialistes de la location vidéo. En cinq ans, l’offre de VOD aurait été multipliée par dix en Europe et plus de deux mille films seraient à l’heure actuelle disponibles sur la quarantaine de sites Internet ouverts ces derniers temps…
De nombreuses retombées
Les catalogues proposés sur les sites de VOD témoignent d’une grande variété en termes de contenus mais aussi d’âge des documents. Sur les sites de télévision, il est par exemple de plus en plus souvent possible de regarder des documents très récents. Le documentaire L’Odyssée de la vie, de Nils Tavernier, diffusé très récemment sur France 2, est par exemple en tête des ventes. La chaîne publique a d’ailleurs mis en ligne dernièrement le téléfilm Le grand Charles, juste après sa diffusion et pour le prix de trois euros. Sur les autres sites, notamment de cinéma, on peut penser que rapidement des films seront proposés pratiquement en même temps que leur sortie en salle. C’est déjà le cas aux États-Unis, où le délai entre la sortie d’un film et sa diffusion sur Internet n’est plus que de soixante jours.
S’il est difficile de prévoir dès maintenant toutes les retombées, économiques, culturelles et sociologiques du développement de la vidéo à la demande, on peut toutefois penser qu’elles seront importantes. Comme avec d’autres évolutions technologiques, tels la vidéo et le DVD, qui ont représenté des apports plus que des révolutions, il est peu probable que la télévision soit marginalisée. Elle sera par contre peut-être amenée à repenser certains de ses programmes et à imaginer de nouvelles complémentarités avec Internet, comme d’ailleurs avec la téléphonie mobile.
À lire
Les territoires audiovisuels. Errances, itinérances et frontières. Cahiers Louis Lumière, N°3. www.ens-louis-lumiere.fr
Dans ce dernier numéro de la revue de l’École Nationale Supérieure du Cinéma Louis Lumière, les auteurs nous proposent une réflexion sur l’identité des différentes formes d’art, image et son, à l’heure de l’introduction du numérique.
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