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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Un passé très présent



Brocantes, généalogies, produits traditionnels, succès de l’histoire régionale, renouveau des musiques traditionnelles, engouement pour les vacances à la ferme ou les sentiers de randonnée, retour des citadins à la campagne, toutes ces tendances actuelles donnent à penser que les Français éprouvent de la nostalgie pour leurs racines rurales, souvent mythifiées et tentent un retour au terroir des origines. On peut s’interroger sur les raisons de ce phénomène et sur ses effets sur les pratiques sociales.

Juillet-août 2006 - N°346


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Le passé et la tradition nous rattrapent, ils sont mis en avant dans les publicités qui nous vantent les fromages de nos alpages, le pain de campagne, les chips dorées à l’ancienne, le beurre de baratte et les œufs de poule élevées en plein air. Comme avant, à la campagne.

Le gout du passé

À la campagne où on avait le bon air, des produits sains, des techniques traditionnelles qui avaient fait la preuve de leur efficacité, des relations sociales où les tensions étaient modérées par la veillée autour de la cheminée ou rôtissaient des châtaignes tandis qu’on chantait en patois, des années rythmées par les fêtes patronales et les foires régionales, où on savait dénicher des nids, taquiner l’ablette et reconnaitre les champignons. Campagne mythique de nos aïeux que l’on recherche, grâce aux clubs de généalogie, et dont on s’enorgueillit d’apprendre qu’ils ont été, non pas vicomtes ou chevaliers, mais simplement charrons, cueilleurs de simple, ou laboureurs.
Les racines font recette : les feuilletons télévisés qui s’enracinent dans le terroirs font grimper l’audimat et on achète volontiers du saucisson venu directement de l’Ardèche ou un jambon de montagne garanti de fabrication artisanale durant ces semaines consacrées aux produits régionaux, surtout si le marchand est vêtu d’une ample bouse bleue rehaussée d’un foulard rouge à pointes. Il en va de même pour le succès constant des brocantes, en dépit du fait que les prix apparentent plutôt ce genre de commerce à celui des antiquaires. La moindre vieillerie trouve acquéreur, vieux moulins à cafés, outils d’ébénistes, seilles et pétrins, établis de menuisiers, roues de charrette, draps rêches de lin ou bouilloire en cuivre….
Ces objets, et quelques tables, armoires et buffets dits « de campagne » iront meubler les résidences secondaires, -ou principales- des citadins revenus en campagne à la recherche d’un art de vivre oublié. Mais la maison de campagne aussi change de style : on prise plus la grange à retaper, le chai en ruine ou le moulin désaffecté que le pavillon résidence secondaire des années cinquante. Peu importe finalement qu’on ait ou non un ancêtre dans le village, ou même dans la région, il suffit qu’on se raconte une histoire, que l’on s’établisse un lien avec le vigneron ou le maréchal ferrant autrefois propriétaire des lieux, ce dont on pourra s’assurer, avec quelques autres éléments biographiques du personnage, en consultant les archives et les registres paroissiaux. L’essentiel est de s’ancrer dans le terroir, de participer à sa culture, de s’inscrire dans une histoire et dans un territoire. À défaut de posséder une maison, on choisira de passer ses vacances dans un gîte rural qui propose des vacances à la ferme, avec dégustation des productions locales et partage des repas avec la famille d’agriculteurs hébergeant, ou encore de parcourir les chemins de grandes randonnées, les fameux GR, pour retrouver, au rythme des bergers et des paysans, le temps de regarder autour de soi, de comprendre le paysage et ses saisons.

Une spécificité française

Si on perçoit bien ces tendances actuelles, on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles aujourd’hui elles convergent toutes vers une même notion, celle du terroir. Et on peut se demander d’abord quelle réalité sociale et historique ce terme désigne. Le mot est difficilement traduisible dans d’autres langues, même dans les langues européennes. Pour parler des produits du terroir, en Espagne on parle de productos de la tierra, produits « de la terre », en Italie des produits nostrale (« de chez nous ») ou tipici (« typiques »), et encore s’agit-il d’expressions qualifiant des productions alimentaires, mais pas d’un mot qui désigne un espace territorial. S’il n’y a aucun équivalent, c’est ans doute parce que la réalité du terroir est spécifiquement française.
Il nous faut donc interroger l’histoire, et d’abord comprendre comment ce regard sur la campagne, et le terroir, a pu évoluer de manière aussi radicale, et en relativement peu de temps.
En effet, il suffit de se reporter un siècle en arrière, de parcourir la littérature ou simplement la presse de l’époque pour constater que la campagne et les paysans étaient plutôt assimilés à l’arriération, à la saleté, à la bêtise, à l’ignorance et à la superstition. Les jugements sur la paysannerie sont d’un mépris extrême qui n’a rien à envier à ce qu’on entend à la même époque, sur les indigènes des colonies. Et les terroirs n’ont rien d’idyllique : ils sont perçus comme des lieux de misère où les gens vivent comme des bêtes et ne sont pas loin de l’animalité. Les spécialités dont ils se nourrissent, lards, purée châtaignes et fromages, galettes ne leur font aucune envie. Mais il est vrai que les produits du terroir que l’on connait aujourd’hui étaient souvent des plats de fêtes ou d’occasions particulières et pas l’ordinaire de l’alimentation.
Mais entre la vision diabolisée du XVIIIe et XIXe siècle et l’angélisme d’aujourd’hui, il y a place pour une reconstitution plus nuancée de ce que furent les campagnes d’autrefois.

Du pays au terroir

Il est vrai que la vie y a longtemps été rude, parfois même elle fut misérable, il suffit de contempler les tableaux de Breughel pour s’en persuader.
Les communautés étaient souvent repliées sur elles-même, quelques village et ses alentours, ce qu’on appelle alors, et encore aujourd’hui, un « pays ». Un « pays », ce sont des habitudes, des manières de faire que l’on a en commun, une interdépendance avec la nature, les bois, les rivières, des activités liées au climat, à la terre, à la faune et à la flore, au relief, aux cours d’eau, aux saisons. La connaissance des écosystèmes s’élabore lentement, les paysans apprennent à tirer parti de l’environnement, développent des techniques, certaines très élaborées, des savoir-faire qui aboutissent à des produits qui deviennent emblématiques du pays. Ces espaces très morcelés se distinguent les uns des autres par toute une série de signes visibles : le parler, les chansons, les spécialités culinaires, le vêtement, le système des poids et mesures. Cela frappe tous les voyageurs jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, le développement des communications, l’arrivée de la radio, puis de la télévision, l’accès à un certain confort, l’entrée dans la modernité aura raison de ces particularismes.
C’est cela qu’on appelait un « pays », une communauté qui partage un mode de vie, à travers lequel on se reconnait et on se distingue des autres, tant est si bien qu’on emploie le mot de « pays » pour désigner celui qui vient du même lieu. C’est comme ça que l’on se reconnaissait dans les tranchée de la guerre de 14-18, « c’est mon pays » disait-on d’un camarade et on disait aussi « ma payse », pour parler de la fiancée que l’on avait laissée au village.

Et les temps changèrent

Tout changea vraiment, et radicalement après la Seconde Guerre mondiale. La Première avait déjà occasionné un grand brassage de population. L’école et le service militaire avaient popularisé le français et déjà ceux qui ne parlaient que le patois étaient minoritaires. La modernisation de l’agriculture va modifier les rythmes de travail, supprimer les animaux de traits, impliquer d’autres règles de commercialisation. En revanche, des productions locales vont trouver de nouveaux marchés dans les villes. Mais surtout, l’exode rural va affecter considérablement les campagnes. Dans les régions les plus pauvres, ou celles où la terre est rare, les jeunes émigrent, partent pour Paris, les garçons comme homme de peine, comme ouvrier, les filles comme domestiques, lingères ou nourrices. Rejettés par les citadins qui les méprisent, ils ont tendance à se regrouper à Paris en associations, de Corses, de Bretons, d’Alsaciens, d’Auvergnats, de Savoyards et maintiennent fortement leurs traditions linguistiques, culinaires et musicales. Ils occupent parfois des professions particulières, ainsi les auvergnats (« les bougnats ») sont marchands de bois, et les savoyards ramoneurs. Les domestiques bretonnes, nombreuses au début du siècle, seront caricaturées à travers le personnage de bande dessinée Bécassine, la bonne naïve, superstitieuse et ignorante.
Jusque dans les années soixante-dix cependant, les campagnes sont encore habitées, même s’il s’agit d’une population vieillissante qui joue un rôle très important car les enfants nés dans les villes après la guerre auront tous une grand-mère, une tante ou une marraine pour les accueillir pendant les vacances, comme ils auront accueilli en zone libre, pendant l’occupation allemande, bon nombre de parisiens et parfois de familles juives.
C’est sans doute de ces séjours que les français gardent cette très profonde nostalgie d’un paradis à jamais perdu que leurs enfants ne connaitront pas. Trente glorieuses aidant, ils n’ont pas conservé l’héritage provincial devenu encombrant dans une période où la ville et la modernité exerçaient un fort tropisme. La campagne, c’était loin et ennuyeux et il n’y avait pas le confort. On a un peu oublié la campagne d’où l’on venait tant il fallait s’intégrer à la ville, y faire son trou, ne pas avoir l’air plouc, se débarrasser de son accent et de ses habitudes.
Mais voilà que tout d’un coup, en ce début de XXIe siècle, on s’aperçoit que les enfants d’aujourd’hui n’ont plus de grands parents à la campagne, plus de potager où surveiller les tomates, plus d’étables où vêlent les vaches, plus de confitures qui mijotent dans la cheminée, plus de courses dans les prés, qu’ils préfèrent les barres chocolatées et les consoles de jeux, qu’adultes vieillissants, ces enfants de l’après-guerre ne retrouvent plus leurs marques. Ils rachètent des maisons qui ne sont pas les leurs, y mettent des armoires normandes achetées dans un vide-grenier, et iront le dimanche à Roquefort, pour une visite guidée, avec dégustation, dans une cave.

Dominique Rolland



Savon de Marseille

La production de savons dans la ville de Marseille est attestée depuis le XIIe siècle, et au XVIIIe elle est la plus importante de toute la méditerranée. Le savon est obtenu par un processus de saponification, à partir d’huile d’olive et de soude naturelle sous forme de cendres de salicorne. D’autres huiles végétales entreront ensuite dans sa fabrication, mais par décret de Colbert fixant sa composition en 1688, le véritable savon de Marseille ne peut contenir que des huiles végétales. Sa production connut une grande expansion, surtout au XIXe siècle en raison des progrès de l’hygiène et du confort, mais du subir l’intense concurrence des parfumeurs au milieu du XXe qui proposaient à la clientèle, notamment féminine, de savonnettes parfumées. Aujourd’hui le gout des consommateurs pour les produits naturels de fabrication artisanale fait du savon de Marseille un produit de qualité recherché pour son authenticité. Attention, le vrai savon de Marseille se présente comme un cube de 600 grammes qui porte une estampille où figurent le pourcentage obligatoire 72 % (d’huiles végétales) et le nom du fabriquant. Cette marque garantit qu’il ne contient ni colorant, ni parfums, ni aucun additif, et que son procédé de fabrication reste artisanal.
D.R.


Histoire de couteaux

Deux grandes marques de couteaux se partagent la vedette dans la représentation presque mythique que se font français d’un certain mode de vie proche de la nature, celui du pain tranché, du bâton de berger sculpté, du fil de pêche coupé à la mesure de la ligne, celui de l’arbre fruitier greffé…. les Laguiole (prononcer « laïole ») et les Opinels sont des couteaux qu’autrefois dans la campagne, on offrait au garçon en âge de se débrouiller. Le premier est issu du massif central, et plus particulièrement de la région de Thiers, le second, plus rustique avec son manche de buis et sa virole tournante ; vient de Savoie.
Aujourd’hui le manche des Laguiole se décline en matériaux variés, bois précieux, corne et acier, celui des opinels se colore en vert rouge et bleu… Ce sont des couteaux à tout faire, qu’on amène en pique-nique ou qu’on garde simplement dans sa trousse. Mais attention, offrir un couteau, dit la tradition, risque de couper l’amitié, il faut donc, pour conjurer ce mauvais présage, que celui qui reçoit donne en retour une pièce de monnaie au donateur.
D.R.



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