Jérôme Attal a sorti en 2004 un album en public qui ne pouvait laisser indifférent. On en retrouve deux titres dans son album de la fin 2005, Comme elle se donne : « Le jeune homme changé en arbre » et « La Théorie des nuages », une théorie de l’amour marquée par un pessimisme certain. L’amour physique est sans issue : Serge Gainsbourg l’a dit avant Jérôme Attal… Mais lui apporte, avec ce disque remarquable, les doutes et les réponses de sa génération, celle des trentenaires post-adolescents. Ce qui frappe, c’est l’énergie folle qui transporte cet album, grâce à une batterie et à une basse particulièrement en forme : de belles mélodies remarquablement orchestrées, où les guitares se taillent la part du lion, et des textes souvent noirs sur le sujet de préoccupation du mâle de trente ans : l’amour (et le désamour)…
« J’ai commencé à chanter quand j’avais quatorze ans. J’ai pensé que la guitare était ce qu’il fallait pour anesthésier le chagrin lié aux filles. Mais ça n’a pas marché comme ça : en réalité, la guitare ne fait que nourrir la tristesse. » Il est comme ça, Jérôme Attal : terriblement franc et terriblement touchant. Tout comme l’est son journal intime, qu’il tient sur l’internet depuis 1998, à www.jerome-attal.com… « Ce journal était au départ destiné à raconter mes concerts. Et, très vite, il est parti vers des choses plus personnelles. Ce qui est inédit, c’est que, dans mes concerts, quelque chose de fort se passe avec mes spectateurs-lecteurs, qui savent dans quel état d’esprit exact je me trouve. » Jérôme a aussi écrit pour Florent Pagny, Jane Birkin et Johnny Hallyday.
Jérôme Attal naît à Neuilly-sur-Seine, près de Paris, le 18 juillet d’une année qu’il ne veut pas préciser. Son père était aviateur, puis contrôleur aérien. Sa mère, liégeoise, travaillait chez un agent de change. « Très vite, vers dix-sept ans, j’ai aimé Barbara, Léo Ferré et Gainsbourg. » La musique, elle, est héritée des anglo-saxons. « C’est ce que j’écoute plus facilement, parce que le son me plaît. Et la démarche : Nick Cave et PJ Harvey chantent des chansons très autobiographiques. Leur univers me parle. Tout le défi de ce que nous faisons avec mon groupe est là : sur de la musique d’inspiration anglo-saxonne, poser des textes assez écrits. Et comme la musique rock est vigoureuse, j’ai plus tendance à déclamer qu’à chanter. Le français est une langue plus déclamatoire… » Quand on lui parle de la noirceur de ses textes, Jérôme fait la moue : « Ils sont assez sombres, mais j’espère toujours être contredit par la vie. Cette noirceur, c’est une appréhension devant le temps qui passe, devant le fait de ne pas vivre entièrement, devant les ruptures ou les rencontres qui ne tiennent pas leurs promesses… Le sentiment amoureux est ce qui m’intéresse le plus. »
Sur son dernier album, un titre s’appelle « Le pays des filles qui sentent bon » : « C’était une lacune à combler dans la chanson française, un sujet qui n’avait jamais été abordé… À un moment donné, quand on est en studio, il y a un peu trop de garçons… D’où l’idée de dire que le seul refuge en ce monde, c’est une fille qui sent bon ».
CD : Comme elle se donne (Roy Music/ Kulturart).
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