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Le français dans le monde
 
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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Entretien avec Sophie Lovy, sous-directrice du français au MAE
Un plan de relance pour le français



Le ministre français des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse le 15 mai dernier, a exposé un grand nombre de mesures destinées à relancer le français. Sophie Lovy nous explique celles qui dépendent de sa sous-direction.

Juillet-août 2006 - N°346


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Le ministre des Affaires étrangères vient d’annoncer la mise en œuvre d’un plan de relance pour le français. De quoi s’agit-il ?

Notre sous-direction a proposé au ministre des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy, et à la ministre déléguée à la coopération, au développement et à la Francophonie, Mme Girardin, un plan de relance pour le français qui a été lancé publiquement le 15 février par Mme Girardin et le 15 mai par M. Douste-Blazy. La promotion de la langue française représente à la fois un enjeu de rayonnement culturel et de dévelopement.
Au fil de ses missions, Mme Girardin a ressenti une extrême préoccupation sur le sort de la langue française à cause d’un problème de renouvellement de générations. Quant à M. Douste-Blazy, il s’est fortement inquiété du mauvais état des lycées français à l’étranger. Ce double constat nous a amené à proposer quelques mesures phares autour desquelles on puisse communiquer et mobiliser des moyens.
Pour soutenir le français, un plan triennal de formation de 10 000 professeurs est lancé. Près de la moitié d’entre eux seront recrutés en Asie et dans les pays émergents, l’autre moitié concernera les pays du Maghreb. En Algérie, au Maroc et en Tunisie vont être créés des « pôles de référence pédagogiques », inspirés des instituts universitaires de formation des maitres, adaptés aux réalités des pays. Un recours systématique aux technologies de l’information et de la communication est prévu pour renouveler, par ces vecteurs modernes, l’image de la langue. Il s’agit enfin de mettre à disposition des enseignants et du public, par la radio avec RFI, la télévision avec TV5Monde et sur internet, des ressources de qualité qui renouvellent l’image de notre langue et facilitent l’accès au savoir en français, dans le système éducatif et en-dehors de celui-ci.

Quelles actions le plan prévoit-il en Europe ?

L’Europe n’est pas oubliée dans le plan de relance. Il nous parait important que l’Union européenne élargie continue de parler français. Un budget de 2,5 millions d’euros (auquel s’ajoutent les contributions belges et luxembourgeoises), géré par l’OIF, est consacré exclusivement à la formation de fonctionnaires et de diplomates de l’Union dans les Instituts français et les Alliances françaises. D’autres actions sont consacrées à la formation de hauts responsables (commissaires européens), grâce à des séjours d’immersion. C’est un effort considérable, concentré dans le temps, qui s’étend également aux interprètes et aux journalistes.
Autre priorité pour l’Europe, l’encouragement au plurilinguisme : nous rappelons constamment à nos partenaires la directive européenne qui vise à imposer l’enseignement de deux langues vivantes étrangères dans les systèmes éducatifs. C’est une réalité qui progresse. De plus, nous souhaiterions que le recrutement et la promotion des fonctionnaires européens se fasse non plus sur la connaissance de deux mais de trois langues vivantes.
Enfin, notre effort porte sur le développement de l’enseignement bilingue (c’est-à-dire l’enseignement de certaines disciplines en français) actuellement pratiqué dans trente pays. Cet enseignement est particulièrement adapté à la formation du citoyen européen idéal. Nous essayons de promouvoir ce modèle partout où cela est possible.

Le plan s’attache également à développer les lycées français à l’étranger ?

Oui, nous considérons que ces établissements sont les meilleurs vecteurs de l’influence française à l’étranger. Des moyens exceptionnels vont être mobilisés pour les agrandir, les rénover ou en construire de nouveaux. La première création d’établissement est en projet au Caire, d’autres initiatives reposant sur un partenariat privé-public sont prévues à Londres, à Tokyo, à Moscou et à Madrid. Ces établissements nouent des liens étroits avec l’enseignement supérieur en France. Ils permettent la constitution de réseaux d’anciens élèves qui sont une assurance de liens durables entre la France et les citoyens des différents pays.

Quels sont les principes fondamentaux autour desquels vous voulez mobiliser le réseau français à l’étranger ?

Le premier mot d’ordre est de communiquer davantage. Nous avons un réseau étendu et dynamique, mais ses actions sont mal connues. À cet effet, nous venons de mettre en ligne un site portail sur www.diplomatie.gouv.fr (rubrique Francophonie/ Langue française), qui présente une centaine de pages avec des rubriques comme étudier le français, se former en français, séjourner en France, etc.
Le second principe directeur est de mutualiser les outils, les savoir-faire et les compétences. Nous souhaitons créer une boite à outils commune à tout le réseau appelée le « vademecum en ligne de la promotion du français ». On y trouvera de courts dossiers sur les grands thèmes de notre action : le français précoce, organiser une manifestation, etc. Une trentaine de dossiers vont ainsi être rédigés par les postes et par nos partenaires (le CAVILAM, le CIEP, le CLA, l’Alliance française, la CCIP...).
Nous avons déjà mutualisé des outils pédagogiques pour la formation des fonctionnaires européens à partir d’un très beau travail produit par l’Institut français de Tallinn. C’est une démarche stimulante qui consiste à faire profiter l’ensemble du réseau des travaux menés à bien ici ou là.
Nous cherchons également à développer l’attractivité des départements d’études françaises en les ouvrant sur les études francophones et les industries de la langue. Ces départements sont le creuset où se forment les futurs enseignants et où doit être assuré le renouvellement des générations. Apparier des départements d’études francophones avec des laboratoires de traitement automatique du langage (secteur où la France est très en pointe) constitue un enjeu commercial et industriel motivant pour les jeunes.

Quels sont les pays pour lesquels l’effort financier est le plus important ?

Les pays émergents d d’Asie (Inde, Chine), mais aussi la Russie et des pays d’Amérique (Mexique, Brésil) constituent pour nous des cibles privilégiées. En Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, Cambodge), nous créons le premier pôle de coopération intégrée bilatérale et multilatérale. Le projet consiste à marier tout ce qui se fait en français : les classes bilingues, les départements de français et des bourses d’emploi pour motiver les étudiants en concertation avec les instances locales, la France, la Belgique, le Canada, le Luxembourg et les organisations de la Francophonie (OIF, AUF, TV5Monde). Un portail régional va rassembler les informations, notamment pour ce qui concerne la formation de formateurs. Ce pôle a été inauguré le 1er juillet 2006.
Financièrement, un gros effort est également consenti pour les opérations de solidarité francophone en direction des pays d’Afrique francophone du Maghreb et des pays de sortie de crise tels que l’Afghanistan. Si nos demandes sont prises en compte, le budget consacré à ces zones pourrait augmenter de manière significative en 2007. Nous sommes très inquiets au sujet de l’Afrique, dont les systèmes scolaires se dégradent. L’une des causes majeures réside dans une mauvaise formation des professeurs. Or, dans les pays où le français est langue d’acquisition des savoirs fondamentaux, cette carence est dramatique pour le développement des États.

Pour renforcer l’implication des entreprises, vous avez lancé une opération « Oui, je parle français ».

Nous avons voulu intéresser les entreprises à notre démarche. En partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, l’Alliance française et le Forum francophone des affaires, nous avons conçu une « initiative partenariale » qui, concrètement, se présente sous la forme d’une pochette rassemblant l’offre pédagogique des différents partenaires, les certifications, présentés en fonction de la demande des entreprises.
On y trouve aussi un argumentaire expliquant pourquoi il est utile de faire apprendre le français à ses collaborateurs quand l’entreprise possède une filiale française à l’étranger. On y trouve des exemples de réussite entrepreneuriale comme Renault/Nissan ou Axa et des offres originales. Ainsi, l’Alliance française de Paris propose des cours sur mesure d’une semaine à Paris pour les cadres intermédiaires, recrutés locaux, que leur entreprise récompense souvent par un séjour en France. Dans ces séjours d’un type nouveau, le tourisme s’agrémente d’un perfectionnement linguistique. Les entreprises peuvent acheter des chèques d’une semaine comprenant de bons hôtels, de bonnes leçons et de bonnes visites... Quant au Forum des affaires, il propose des stages pour les jeunes dans les entreprises françaises. Notre réseau peut utiliser ces pochettes pour y ajouter, selon les pays, les propositions de cours de français offerts localement aux sociétés. Cette démarche vise à sensibiliser les entreprises au fait qu’elles ont des responsabilités et à les inscrire dans une spirale vertueuse. En faisant parler français, l’entreprise est capable de créer de la francophilie et donc un gout pour les produits français. Par ailleurs, elle fidélise ses collaborateurs, ce qui représente un gain non négligeable.
Cette initiative a récemment été présentée, par M. Douste-Blazy, à trois cents directeurs, qui se sont montrés intéressés. À terme, l’initiative pourra être rejointe par les entreprises pour devenir un label.

De quels moyens de communication disposez-vous pour renforcer les synergies au sein du réseau ?

Nous avons créé une lettre électronique, Francofil, qui va nous permettre de communiquer avec le réseau linguistique et culturel, les professeurs et leurs associations. Cette lettre électronique sera destinée à tous ceux qui concourent à la diffusion du français. En effet, nos partenaires essentiels sont la communauté des enseignants et des chercheurs. Les enseignants sont une pièce capitale du dispositif. Malheureusement, dans certains pays, ils sont très affaiblis à cause des salaires insuffisants et d’effectifs en baisse. Face à cette situation difficile, nous sommes assez démunis... Ce que nous pouvons faire, c’est leur apporter la meilleure communication possible, mission qui rejoint celle de votre fédération, la FIPF, et de votre revue, Le français dans le monde.

Propos recueillis par Françoise Ploquin





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