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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Fabienne Thibeault
Aimer une terre, une histoire, un savoir-faire



On se souvient d’elle dans Starmania chantant « le Monde est stone » et « les uns contre les autres », c’était il y a deux décennies. Depuis, Fabienne Thibeault la québecoise s’est découvert une passion pour les terroirs de France. Une passion, mais aussi un combat, qu’elle nous raconte ici et qui lui a valu, en février 2006, de recevoir l’insigne d’officière du Mérite agricole.

Juillet-août 2006 - N°346


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Votre engagement pour la défense des terroirs des productions locales, de la betterave au haricot, de la race bovine à celle de porc gascon a de quoi surprendre ceux que votre voix a tant ému et qui les soirs de cafard se passaient en boucle « le monde est stone ». Comment avez-vous rencontré les terroirs français ?

C’est le hasard des tournées qui m’a fait découvrir la diversité des provinces. Parfois j’arrivais et il y a avait des comices agricoles, je regardais les bêtes, les produits qui étaient présentés. C’était une découverte. La première fois que je suis arrivée à Pont l’Evêque, je me suis dit « tiens, c’est donc de là que vient ce fromage ». J’associais un lieu à un produit et j’ai commencé à me poser des questions, à me demander ce que cela signifiait réellement une région, un département, un terroir, qu’est-ce qu’il y avait derrière ces mots. J’avais envie d’en savoir plus et j’ai pris l’habitude d’arriver la veille du concert pour m’informer, m’imprégner de ces spécificités de chaque lieu, de chaque région, de chaque campagne.

Cette notion de terroir est donc inconnue au Canada ?

Le Canada est un pays magnifique, et je viens d’une région splendide, celle du comté de Charlevoix, le long du Saint-Laurent.
Mais c’est comme s’il n’avait qu’un seul visage, alors que la France est le pays de la diversité, une composition à la manière d’une mosaïque de terroirs qui ont chacun leur spécificité, leur paysage, leur manière de vivre. Un terroir c’est une terre, un climat, des hommes et des femmes, un savoir-faire, un ancrage dans l’histoire. Tout cela aboutit à des productions, des fromages, des vins, de la charcuterie qui ont chacun leur caractère propre. C’est cela dont on avait gardé la mémoire sans doute, chaque famille québécoise connait son terroir d’origine en France, il y a même des associations qui regroupent les familles des deux côtés de l’Atlantique.

Avez-vous vécu votre enfance au Canada dans le monde rural ?

Mes parents s’étaient installés en ville pour chercher du travail mais mes grands-parents, mes oncles et mes tantes étaient tous encore dans le comté de Charlevoix, ce qui fait que j’y passais toutes mes vacances. C’était un pays dur, je revois toujours mon grand-père en train de charrier des pierres qui affleuraient dans les champs. J’étais très proche de ce monde rural et je n’avais jamais pensé que je deviendrais chanteuse. Cela s’est fait par hasard. Le travail que j’effectue sur les terroirs de France est donc une façon de renouer avec mes origines, avec ce qui me liait à ce grand-père.

Votre rencontre avec les terroirs de France, ce fut donc aussi une rencontre avec des gens, des associations, des responsables régionaux. Comment le contact s’est-il établi ? <br>
Un jour, je suis allée faire un tour dans un comice agricole, il y avait une remise de prix pour les éleveurs de la région. C’était prévu à 16h. Je vais m’asseoir pour assister à la manifestation et il a fallu attendre plus d’une heure avant que ça ne commence. Je voyais des gens tourner en rond, ânonner des discours décousus dans une sono mal réglée, c’était insupportable et du reste, le public, très clairsemé, se désintéressait complètement de ce qui se passait sur la scène. J’ai été voir les organisateurs et je leur ai proposé de préparer l’évènement avec eux l’année suivante, de leur apporter un savoir faire professionnel de la scène et de l’évènementiel. De la même manière, j’ai conçu avec la ville de Castelnaudary, les producteurs du Lauragais et les commerçants la première Fête du haricot dans cette ville qui est, comme vous savez la capitale mondiale du cassoulet ! Ma rencontre avec le porc noir de Bigorre relève d’un même coup de cœur : c’est dans un salon de l’agriculture que je suis tombée en arrêt devant cette bête un peu étrange. J’ai demandé à rencontrer les producteurs, j’ai découvert leurs réalités quotidiennes, leurs difficultés pour obtenir l’AOC1, leur attachement à la qualité du produit, et je leur ai proposé ma collaboration. Il en est sorti une chanson, et même une émission réalisée par la télévision québécoise.

C’était cela votre idée, concevoir la promotion des produits du terroir comme on conçoit un évènement culturel ?

C’est un évènement culturel, évidemment ! J’ai pensé que les arts du spectacle pouvaient se mettre au service du monde rural en amenant le public non averti à une meilleure compréhension de ses réalités, en aidant les associations, les communes, les producteurs à promouvoir leur travail, leur savoir faire, leurs compétences. J’étais persuadée qu’il pouvait y avoir une réelle complémentarité, de vraies rencontres autour d’enjeux communs pour défendre le monde dans sa diversité.

Vous avez donc créé une association, les six rivières et un label, les agriculturelles, avec votre époux, le saxophoniste Jean Pierre Debarbat.

J’ai réalisé que les éleveurs et les agriculteurs, le monde rural en général avaient de vraies difficultés pour se donner une visibilité. Le langage de la scène, des médias, de la communication n’est pas le leur, d’autant plus que dans le monde d’aujourd’hui la médiatisation suppose des compétences techniques qu’ils n’ont pas. En revanche, cela fait partie de notre métier d’artistes.

Votre action s’exerce aussi à travers votre métier de chanteuse et vous avez donc composé une série de chansons qui mettent en scène des animaux d’élevage. Ainsi vous chantez la vache parthenaise et la vosgienne, le cochon noir de Bigorre et le bœuf à poil rouge du Poitou, c’est assez surprenant…

C’est l’histoire d’une région, des habitants de cette région et pas seulement celle de l’animal, vache ou cheval. Longtemps les hommes et les bêtes des campagnes avaient des destins soudés. Certains de ces animaux sont ou ont été en voie de disparition, principalement à cause de la mécanisation de l’agriculture. C’est le cas de la vache parthenaise, et aussi du porc noir de Gascogne. L’histoire de ces races d’élevage, c’est l’histoire des régions, et même au-delà. Certaines races bovines ont été sauvées de l’extinction car elles avaient fait partie du voyage pour le Canada. Les races bovines, ce sont des forces vives. En chantant ces animaux, je chante toute l’histoire qu’il y a derrière, des paysages, des hommes, des traditions. Et chacune de ces chansons est le résultat d’une rencontre, d’un partenariat avec une filière agricole, une région et une production locale.
Notre projet est de réunir ce travail artistique dans une comédie musicale des terroirs de France, qui s’intitulera Notre Terre et s’accompagnera d’une large promotion du monde rural. Il se construit pour l’instant à la manière d’un « work in progress » : chaque rencontre, chaque chanson, s’agrège aux précédentes pour composer ce spectacle final qui représentera toutes les régions de France et intégrera des artistes, professionnels ou amateurs, qui participent à nos travaux. Cette manière de travailler est à l’image des activités paysannes : on sème, on travaille au fil des mois dans les champs, et puis un jour, c’est la moisson.

Propos recueillis par Dominique Rolland





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