Voilà un film a priori anodin, tranquille, « petit » presque, dans le sens de modeste et qui, pourtant, va en bouleverser plus d’un, en interpeller plus d’une.
Lili et le baobab est donc un premier long-métrage de fiction signé d’une jeune réalisatrice, Chantal Richard… Il entraîne le spectateur à la suite de Lili, magnifique Romane Bohringer, toute en finesse et en émotion. Lili est mandatée par la mairie de sa petite ville normande pour aller faire des photos dans un village sahélien du Sénégal, Agnam. Elle doit « témoigner » des installations réalisées dans le cadre du jumelage municipal. Bien que trentenaire, Lili est restée très « jeune fille », un peu immature… Ce premier voyage, en Afrique qui plus est, va donc être un choc certain pour cette femme peu portée vers les autres. Tout d’abord protégée (isolée, devait-on dire) par son appareil photo, elle va plutôt rater sa rencontre avec les habitants, ne réagissant que modérément à la curiosité qu’elle suscite. Mais Aminata, une jeune femme de son âge, en danger, va poser les jalons d’une amitié improbable. Rentrée en France, Lili ne va plus avoir qu’une seule idée en tête : repartir… Retourner vivre ce qu’elle a gâché la première fois, plus par peur, par ignorance, que par réel inintérêt ou méchanceté. Ce sera aussi sa façon, à elle, de grandir et d’abandonner quelques préjugés néfastes… Le jeu de miroirs, entre la jeune Française et la jeune Sénégalaise, va se révéler passionnant et, en tous points, enrichissant. L’une et l’autre gagnant à se révéler, à se faire confiance…
Cette jolie histoire, qui nous interroge sur notre façon de voir, d’accepter l’Autre (avec une majuscule, s’il vous plait !), fonctionne admirablement grâce aux comédiens, bien sûr, mais aussi grâce à la participation des habitants d’Agnam Lidoubé, dans la province de Matam, au Sénégal, qui se sont totalement impliqués dans cette aventure cinématographique.
Chantal Richard a, d’ailleurs, le chic pour tirer le meilleur de ses partenaires. Déjà dans son documentaire précédent, Un jour, je partirai, elle avait réussi à faire parler toute une génération de vieux travailleurs immigrés venus en France, à l’appel de cette dernière, dans les années 1960. Avec une belle émotion, ces « Chibanis » (« anciens » en arabe) du Maghreb racontaient leurs espoirs, leur vie, mais aussi leur détresse… Alors qu’ils avaient toujours rêvé de retourner au « bled », une fois la retraite venue, ils n’arrivaient pas à s’y résoudre au moment voulu. Parce que les enfants avaient grandi ici, parce que la famille s’était éteinte là-bas, parce que, parce que, parce que…
Chantal Richard, donc, est de ces metteurs en scène qui savent s’effacer pour mieux laisser éclater le sujet qui leur tient à cœur… Et, ainsi, mieux le faire partager… Alors, partageons !
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