Corneille revient avec un nouvel album de quatorze titres, un album apaisé. À seulement vingt-neuf ans, celui qui est devenu en quelques mois la superstar de la soul et du R&B francophone a choisi cette fois des sonorités acoustiques plus paisibles. « J’ai trouvé aujourd’hui une sorte de sérénité et d’équilibre psychologique, qui se traduisent dans ma manière d'écrire et de composer ma musique ». Ses nouvelles compositions oscillent entre reggae, bossa et ballades épurées. Son timbre de voix semble plus fluide. Le traumatisme rwandais n’est évoqué qu’à travers deux titres, non plus au passé mais au présent. L’album s’ouvre avec « Reposez en paix », une chanson-hommage à ses parents. Un autre morceau est intitulé « Sur la tombe de mes gens » : le chanteur y évoque ses appréhensions et ses craintes à l'idée d’un hypothétique retour au pays. « J’ai failli retourner, mais lorsqu'il a fallu passer à l'action, j'ai eu un blocage. Je me suis rendu compte que je n'étais pas prêt. J'ai dû être réaliste, je ne suis pas à l'abri de sentiments de haine et de colère. Si je vois là-bas des gens, dont je sais pertinemment qu'ils ont commis des crimes, vivre une vie normale, je ne sais pas comment je vais réagir. Même si je pense que tous les hommes sont fondamentalement bons et capables de compassion. » Si son dernier disque parle beaucoup d'amour, Corneille a donc élargi cette fois son propos, notamment avec les chansons « Le bon Dieu est une femme » et « Lettre à la Maison Blanche ». Dans cette dernière, il demande au président des États-Unis de s’intéresser à « un monde oublié ».
Corneille - de son vrai nom Cornélius Nyungura - a connu l’horreur du génocide rwandais en 1994. Il avait alors 17 ans et avait vu toute sa famille assassinée sous ses yeux. Au lendemain du drame, le jeune homme est parti pour l’Allemagne (pays où il est né en 1977, car ses parents y faisaient leurs études), puis s'est établi au Québec, où il vit toujours, et où sa carrière d'artiste a débuté. Il avait rencontré à l’époque Gage et Gardy Martin, avec qui il décida de fonder O.N.E, un groupe R&B. En 2001, Corneille quitte O.N.E pour se consacrer à une carrière solo. Le premier opus viendra assez vite : Parce qu'on vient de loin sort en septembre 2002 au Canada, avant de débarquer en France en février 2003 sous le label Wagram. Le public français accroche très vite.
Ce premier disque lui a permis (en partie) d’exorciser son passé de miraculé du génocide. L’album a connu un succès phénoménal : un million d’exemplaires vendus. « Ce succès s’explique au-delà de ma musique par un sentiment de compassion du public. Mais il a fallu que je me détache de ce succès, pour recommencer à zéro sur des bases saines. » Son nouveau disque, il l’a voulu sobre. Les arrangements sont dépouillés, le son plus organique et acoustique. « Je me suis aperçu l’an dernier en faisant de la scène que mon public avait l’air de préférer cette formule acoustique. J’ai l’impression que les mots ont plus de poids de cette façon et j’y suis plus à l’aise. » Ce jeune homme au discours posé et réfléchi a récemment été nommé ambassadeur de l’Unicef pour sa nouvelle campagne mondiale contre le sida : « J’ai accepté une mission très prenante qui va me pousser à voyager à travers l’Afrique. Comme je n’ai pas les épaules assez larges pour agir par moi-même, je me fie à l’action de l’Unicef sur le terrain ». Et il a déjà d'autres projets en tête : « Je travaille sur un album en anglais et j'ai envie de faire un jour un album dans ma langue maternelle, le kinyarwanda ».
CD : Les marchands de rêves (Wagram Music).
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