Est-ce qu’il existe une culture francophone ?
Évidemment, pour moi, « francophonie » est un mot qui ne prend tout son sens qu’au pluriel. Penser qu’il y aurait UNE culture francophone serait penser que la forme prime sur le fond. C’est-à-dire qu’une langue peut engendrer à elle seule une culture. Alors que pour moi, c’est l’inverse : c’est le sens, le contenu, la culture, qui donnent une légitimité et une ampleur à une langue. Donc, les francophonies, ou ce que j’appelle la franco-polyphonie, n’ont de sens que parce qu’elles sont une manifestation de la pluralité des cultures et des expressions artistiques possibles à l’intérieur d’une unité, qu’elle soit linguistique ou géographique. Par exemple, la littérature française n’est pas enfermée dans l’Hexagone. L’Hexagone peut nourrir l’extérieur et l’extérieur nourrit aussi l’Hexagone…
La francophonie est la promotion de la diversité culturelle à l’intérieur d’un espace linguistique commun qui, en aucun cas, n’est un ghetto unificateur. La preuve de cette essence multiple de la francophonie, c’est que l’espace francophone est un espace où prime le bilinguisme ou le plurilinguisme. Partout. Un francophone est un bilingue, sauf, souvent, en France…
La francophonie provient-elle de la colonisation ?
Elle est au contraire un moteur de la décolonisation. La construction de la francophonie est la reconnaissance de communautés culturelles ou artistiques imposées ou choisies qui, à un moment donné, veulent porter au jour le sens et la forme communs qu’elles constatent. La francophonie est le résultat de solidarités de gens qui, au départ, n’étaient pas les mêmes, qui vivaient la colonisation française dans divers lieux de la terre, qui n’avaient donc pas de lien entre eux, autre que, par exemple, l’imposition du mode de pensée du colonisateur français. Mais ils ont eu ensuite le désir d’exprimer en français leur volonté d’émancipation, de liberté, d’identité, par rapport au colonisateur et, plus tard, aux autorités de leur propre pays…
La francophonie est, au départ, une association culturelle, artistique et politique de gens différents, mais qui postulent le même but : émancipation, création et solidarité… Un francophone n’est pas un isolé, car il dépasse les cadres où lui-même se trouve. La littérature, le cinéma, la musique, les arts plastiques de la francophonie ne constituent pas des enfermements identitaires mais des ouvertures vers l’autre. Prenons l’exemple de la grande présence de la littérature haïtienne. Cette expérience (la libération haïtienne date de 1804) est presque le modèle de ce qu’on peut appeler aujourd’hui la francophonie. Les écrivains haïtiens ont parlé de leur liberté pour parler au nom de tous les opprimés du monde, de la Caraïbe à l’Amérique latine et à l’Afrique…Ce combat à la fois local et universel est caractéristique de la francophonie culturelle.
Quel est le but du Festival francophone en France ?
Il s’agit de manifester pour les Français la richesse du dialogue entre les cultures francophones. De montrer aux Français la richesse de ce dialogue. De leur montrer qu’ils sont francophones aussi… Il s’agit surtout de montrer aux Français le francophone non pas comme un étranger qu’on accueille mais comme un cousin qu’on reconnaît…
Propos recueillis par Jean-Claude Demari
Note
1. Il vient de publier Tu, c’est l’enfance chez Gallimard et Les fruits du cyclone (géopoétique des Iles Caraïbes) , un essai, au Seuil.
Quelques temps forts du festival Francofffonies !
- 16-22 mars : Salon du livre de Paris. Invités d’honneur : les écrivains francophones, qui partiront ensuite pour un Tour de France jusqu’au 9 avril .
- Mi-mars : Semaine de la langue française en France et dans le monde.
- À partir de mars, en tournée en France : le caravansérail des conteurs.
- Durant toute l’année scolaire 2005-2006 : Cent témoins pour cent écoles, une action de l’Éducation nationale.
- 27-28 avril : francophonie et mondialisation. Colloque organisé au Sénat, à Paris, par Dominique Wolton.
- 17-26 mai : au festival de Cannes, une Journée francophone.
- 21-24 juin : Africa Fête à Marseille, manifestation musicale axée sur l’Afrique.
- 26 juin : Senghor, l’homme politique. Colloque à l’Assemblée nationale à Paris.
- Courant juillet : Enseigner la francophonie. Colloque au CIEP de Sèvres.
- 19-21 septembre : 50è anniversaire du 1er Congrès des écrivains et artistes noirs. Colloque organisé à l’UNESCO et à la Sorbonne.
- 27 septembre-9 octobre : Francophonies en Limousin. Festival à Limoges.
- 9 octobre : 100è anniversaire de la naissance de Léopold Senghor. Colloque à la BnF à Paris.
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