Un regard incroyable, des vêtements en patchwork très colorés, une tignasse rasta tressée sur le cou : Cheikh Lo est décidément une personnalité à part. Ce chanteur compositeur guitariste dédie sa musique et sa vie au Baye Fall, une forme spécifiquement sénégalaise de l’islam. Sa croyance, sa spiritualité, ont tracé son parcours musical, à la quête de nouvelles influences. Elle l’ont aussi aidé à vivre ses années de traversée du désert : « On me demande souvent pourquoi j’ai attendu si longtemps pour commencer une carrière solo : il fallait mûrir, m’ouvrir l’esprit ». Du temps, il lui en aura fallu pour parvenir à s’imposer. Mais aujourd’hui Cheikh Lo possède à son actif trois albums solo. Le dernier est paru fin octobre. Les paroles explorent toujours les sujets qui lui sont chers, comme l’amour et l’amitié, les dangers de la guerre, la pureté de l’enfance, la prière - en particulier les prières dédiées à Cheikh Ibra Fall (ou Lamp Fall), le fondateur du culte Baye Fall, dont il est adepte.
Cheikh Lo est né en 1955 de parents sénégalais dans la petite ville de Bobo Dioulasso, au Burkina Faso, non loin de la frontière avec le Mali. Il y a grandi en parlant bambara (le langage du Mali), wolof et français. Son père vient d’une longue lignée de marabouts. Très tôt, le jeune garçon s’intéresse à la musique, s’échappant de l’école pour apprendre seul les percussions et la guitare. À vingt-et-un ans, Cheikh commence à jouer des percussions avec l’orchestre Volta Jazz à Bobo Dioulasso. Il part ensuite pour Dakar où il accompagnera à la batterie la célèbre chanteuse Ouza.
En 1985, il intègre la scène parisienne comme batteur de studio. Quatre ans plus tard, alors qu’il fait les chœurs et la batterie sur un disque de Youssou N’Dour, ce dernier le remarque. « À chaque fois qu’il chantait les chœurs, j’étais submergé d’émotion, explique Youssou. Dans sa voix, je retrouve quelque chose d’un voyage à travers le Burkina Faso, le Mali, le Niger. » Youssou N’Dour décidera quelques années plus tard de produire le premier album de son protégé : Ne La Thiass, paru en 1994, s’avère un succès immédiat. Le second album, Bambay Gueej, sortira en 1999. Cheikh Lo ajoute à sa palette des influences de Cuba, du reggae. Les tournées vont s’enchainer : États-Unis, Espagne, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande…
Aujourd’hui, Lamp Fall, enregistré entre Dakar, Londres et Salvador de Bahia, est peut-être l’album qui reflète le mieux sa personnalité. Toutes les chansons ont été écrites par Cheikh lui-même et sont chantées en wolof, excepté « Sou », chanté en bambara, et « Ngaloula » en lingala. L’album incorpore des rythmes brésiliens, un groove sénégalais, un sens de la chaleur et de la joie. Lamp Fall retient le profond message spirituel du Baye Fall, qui applique à la lettre les principes de soumission au marabout. « Je suis imprégné par le mouridisme, ça se ressent dans ma musique, dit Cheikh Lo. Je me documente, je lis les textes laissés par Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme et de la secte des Baye Fall. Je respecte ses prescriptions : il incarne la paix et la tolérance, clés de la sagesse. »
CD : Lamp Fall (World Circuit).
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