Du cinéma roumain, le grand public connaît Lucian Pintilie… Et encore ! Eh bien, maintenant, il va découvrir Cristi Puiu et sa surprenante Mort de monsieur Lazarescu. Vivant avec ses trois chats dans un appartement miteux, ledit monsieur passe son temps entre la télévision, la boisson et les coups de téléphone à sa sœur. Sa fille, apprendra-t-on au détour d’une phrase, est partie au Canada. Ses seuls contacts sont ses voisins de palier. À la suite de violentes migraines et de vomissements inopportuns, Lazarescu Dante Remus, comme il se présente fièrement, appelle le SAMU local. Commence alors une sorte de chemin de croix ponctué d’arrêts surréalistes dans les hôpitaux de la ville, où, outre son ivresse, on va vite détecter deux problèmes sérieux, l’un au cerveau et l’autre au foie. À chaque fois, on le renverra ailleurs, par manque de place, par manque d’effectifs, par manque de conscience professionnelle… Seule l’infirmière de garde, compatissante, l’accompagnera, envers et contre tout, contre tous plutôt !
Présenté en sélection officielle au dernier festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, dont il a obtenu le Grand Prix, ce film est à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. La fiction car il est joué par des acteurs, scénarisé, inventé. Le documentaire car il est aussi une observation minutieuse du système médical roumain, des urgences principalement.
Disons-le tout net, La mort de monsieur Lazarescu est déroutante… Et, en même temps, captivante… Quant à sa durée, 2h35, elle est un peu décourageante… Et pourtant, et pourtant… Il se dégage de cette histoire et de ces personnages à la dérive une vraie force, une vraie fascination. On sait fort peu de choses sur ce monsieur Lazarescu. Il a bientôt soixante-trois ans, une fille exilée, des chats. Sa femme, une Hongroise, est morte il y a dix ans. Ses voisins le qualifient comme un « intellectuel », sans que l’on sache vraiment ce qui se cache derrière le terme. On en sait peu, mais, curieusement, on a envie d’en savoir plus… Ce qui explique, sans doute, que l’on s’accroche à ce voyage inhabituel, cet « hospital-movie »… Qui renvoie, par moments, aux Invasions barbares de Denys Arcand, par leur description du milieu hospitalier… Dans un cas, comme dans l’autre, ce n’est pas « joli-joli ». Et comme son confrère québécois, Cristi Puiu utilise abondamment la dérision, mais moins l’humour frontal. Il faut, donc, se laisser séduire, ensorceler par cette chronique d’une mort annoncée, sans chercher l’esbroufe. Simplement accepter un rythme un peu lent et une façon de filmer, caméra à l’épaule, qui donne cette espèce de mouvement permanent même dans les scènes où rien ne bouge. Surprenante mais intéressante, cette Mort de monsieur Lazarescu !
Bérénice Balta Radio France Internationale
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