Au sein de l’action traditionnelle du ministère français des Affaires étrangères en faveur de la diffusion du français réalisée au travers de la coopération éducative des services de ses ambassades, on peut noter, depuis une vingtaine d’années, un intérêt particulier pour le développement de l’enseignement bilingue, une forme de diffusion du français qui ne manque pas de donner de bons résultats en termes de francophonie et de francophilie.
Les Rencontres de Prague, préparées par de nombreuses réunions dans différents pays ou régions d’Europe, avaient pour intérêt particulier de réunir l’ensemble des pays européens où la langue française, dans un certain nombre d’établissements scolaires, est utilisée comme langue seconde d’enseignement aux côtés de la langue nationale. De telles rencontres à l’échelle de l’Europe entière n’avaient pas eu lieu depuis le séminaire de Valbonne, en juillet 1998, et il est frappant de constater combien le dispositif s’est développé, tant quantitativement que qualitativement.
Un réseau important et diversifié
Ces rencontres réunissaient environ 190 personnes, venues de trente et un pays européens. Parmi ces participants, les organisateurs avaient invité des responsables du ministère français de l’Éducation nationale (Inspection générale, Direction des Affaires scolaires, Instituts de formation des maitres), de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), du CIEP (Centre international d’Études pédagogiques), de TV5, de l’AIF (Agence intergouvernementale de la francophonie), de l’AUF (Agence universitaire de la francophonie) et un certain nombre d’intervenants, universitaires et chercheurs experts de l’enseignement bilingue.
Au plan quantitatif, actuellement, le réseau des établissements bilingues où le français est utilisé comme langue seconde d’apprentissage est constitué de plus de 450 écoles, primaire et secondaire réunis : c’est à peu près le double de ce qui avait été enregistré à Valbonne voici sept ans. Ces sections scolarisent environ 50 000 élèves et ce nombre devrait rapidement progresser en fonction des montées en charge des élèves dans les sections nouvellement créées et des futures ouvertures, annoncées dans certains pays (Espagne, Portugal, pays de l’Europe du Sud-est).
Ce réseau est très diversifié. Les différences sont perceptibles à plusieurs niveaux : par exemple à celui des étapes du cursus (primaire, secondaire) où la langue française - cette langue 2 qui va servir de langue d’enseignement - est introduite. Mais aussi au niveau des disciplines qui vont être enseignées partiellement en langue 2. Ou bien encore au niveau des programmes et contenus, plus ou moins intégrés. On pourrait aussi enregistrer des différences sensibles au niveau des évaluations et certifications de ces curricula, de la formation initiale et continuée des professeurs de ces sections, de leur reconnaissance au niveau des enseignements universitaires des différents pays concernés. Il n’est pas jusqu’à la désignation de ces sections qui peut varier : ici sections bilingues, là section bi-plurilingues (l’anglais étant toujours présent) ou bien encore sections européennes, sans compter les appellations telles qu’EMILE (Enseignement de la Matière Intégrée à la Langue Étrangère). Mais cette diversification, répétons-le, est naturelle et pertinente ; il ne s’agissait pas, à Prague, de gommer les diversités, mais bien plutôt de les mettre en relation, d’en faire une richesse commune où chacun puisse puiser des idées et ainsi, éventuellement, corriger, infléchir ses propres pratiques.
Quatre grandes thématiques
Les organisateurs des Rencontres avaient choisi de travailler selon quatre axes, explorant quatre problématiques transversales capitales, à savoir celle des curricula, programmes et contenus, celle des évaluations et certifications, celle des formations des professeurs et enfin celle des outils et documents de travail . Chaque thématique était abordée selon le schéma suivant : d’abord deux courtes interventions d’experts, puis trois contributions émanant de pays européens et décrivant les pratiques de ces trois pays concernant cette thématique, et enfin une discussion ouverte entre les participants, répartis en quatre ateliers.
Concernant les curricula, programmes et contenus, les contributions des experts, les différentes interventions et les ateliers ont essentiellement exploré le thème général de « l’intégration », c’est à dire la nécessité de chercher des voies, propres à chaque contexte éducatif, qui soient de nature à faciliter des « intégrations », à différents niveaux : celles-ci apparaissent en effet comme indispensables au bon fonctionnement des sections bilingues, représentant alors des économies et des gains de nature cognitive , linguistique, sans compter les gains de temps et d’argent. On a donc souligné que ces sections doivent tenter de pratiquer des « intégrations » entre les deux langues d’apprentissage de l’école, des « intégrations » entre la langue 2 et les disciplines enseignées partiellement en langue 2, des « intégrations » entre les programmes et contenus du pays de la langue 1 et ceux du pays de la langue 2 pour les disciplines qui seront enseignées dans ces deux langues, des « intégrations » au niveau des méthodologies, sans oublier naturellement la nécessaire « intégration » institutionnelle de ces sections bilingues dans le dispositif éducatif du pays.
Concernant la seconde problématique, relative aux évaluations et certifications, on n’a pas manqué de souligner un certain nombre de spécificités de ces sections qui sont insuffisamment prises en compte ; comment se servir spécifiquement du Cadre commun européen de référence, comment se servir de manière pertinente des différents Portfolios existants, comment faire valoir auprès des autorités administratives la nécessité, à court ou moyen terme, de développer des doubles certifications, comment intervenir auprès des universités pour faire reconnaître les compétences particulières des élèves des sections bilingues ?
La troisième problématique, relative aux formations spécifiques des enseignants de sections bilingues, a permis aussi de mettre en évidence un certain nombre de besoins et de propositions ; on a pu identifier des formations nécessaires aux professeurs de langue 2 et de DNL (« disciplines non linguistiques »), interpeller les instances de formation initiale (les IUFM en France) et de formation continue, souligner le bien-fondé des stages de terrain, en France, pour les professeurs de DNL qui enseignent leur discipline partiellement en français dans leur pays ; sans oublier naturellement de développer les jumelages et appariements structurels.
Le quatrième axe de travail n’a pas manqué également de fourmiller d’idées et de propositions ; depuis le Billet du bilingue, dont le CIEP assure la diffusion depuis plus de quatre ans, jusqu’aux propositions bien concrètes de TV5, en passant par les très nombreux sites Internet cités pendant ces rencontres et qui sont quelquefois d’un très grand secours, les ateliers ont permis de faire le plein de ressources et d’outils pédagogiques.
Des rencontres utiles et prometteuses
On l’aura compris : des rencontres utiles, fécondes ; des rencontres réussies grâce aussi à un accueil à Prague chaleureux et impeccable, tant du côté des autorités tchèques que du côté de l’ambassade de France ; des rencontres où les organisateurs ont su croiser les discours des acteurs de terrain et des experts, ceux des administrateurs et des politiques, en y ajoutant même - suprême délicatesse - la contribution émouvante d’une poétesse bilingue, Soumya Ammar Khodja, écrivaine d’expression arabo-française ; des rencontres pleines de promesses, ce que le discours de clôture du Directeur général de la Coopération internationale et du développement du ministère français des affaires étrangères n’a pas manqué d’exprimer, en soulignant le caractère innovant de cet enseignement bilingue, son apport à une éducation citoyenne qui doit être celle de l’Europe plurilingue et pluriculturelle.
L’enseignement bilingue en Europe où le français est langue 2 d’apprentissage aux côtés de la langue officielle se porte bien, et ses possibilités de croissance sont importantes. On a fait le point, mais on a formulé aussi des projets pour consolider le dispositif : constitution d’un réseau de formateurs de formateurs, mise en place de synergies entre ce réseau des sections bilingues francophones et le réseau d’établissements français de l’AEFE, identifications plus précises des besoins en formation des enseignants de ces sections, mutualisations plus systématiques des ressources… Signalons enfin que les Actes de ces Rencontres seront intégralement transcrits sur un site spécialement créé par l’ambassade de France à Prague.
Appel à contributions
Dans la section Univers du français de la revue, cette rubrique Enseignement bilingue existe depuis janvier 2001 et a permis de présenter la situation de l’enseignement bilingue francophone dans une trentaine de pays du monde. Ce dispositif d’enseignement progresse et cette rubrique souhaite continuer à participer à son développement et à en rendre compte. Mais, au-delà d’articles délibérément centrés sur tel ou tel pays, nous souhaitons diversifier et publier des contributions abordant des thématiques transversales spécifiques à l’enseignement bilingue telles que celles abordées dans les rencontres de Prague : par exemple, les problématiques concernant les programmes et curricula, les évaluations et certifications, les formations initiale et permanente des professeurs de ces sections, l’utilisation des TICE dans les classes, l’articulation entre les langues de ces sections, etc. Nous sollicitons donc, dans cette perspective, de continuer à recevoir vos contributions : n’hésitez pas à nous proposer vos réflexions et suggestions (courriel : jean.duverger@wanadoo.fr).
J. D.
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