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Tourisme en France
Entre hégémonie et concurrence



Si la France reste la première destination mondiale en termes de visites, sa clientèle, majoritairement européenne, y séjourne à la fois moins souvent et moins longtemps. Panorama de la France touristique sous l’angle économique.

Septembre-octobre 2005 - N°341


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Premier pays visité au monde, la France vit une hégémonie mondiale stable avec 75,1 millions d’arrivées de touristes en 2004, presque au même niveau que l’année 2003. Si les autres destinations les plus visitées maintiennent leurs places au palmarès (l’Espagne avec 53,6 millions d’entrées et les États-Unis avec 46,1 millions), la progression de ces deux pays est bien plus marquée (12 % pour les USA, 3,4 % pour l’Espagne). Fait notoire en 2004, la Chine devient le quatrième pays le plus visité au monde et relègue l’Italie au cinquième rang. Avec la reprise globale de l’activité touristique en 2004 (+12 %), la région Asie-Pacifique enregistre le plus fort taux de progression, une évolution concomitante au regain de vigueur de l’Europe, après une année 2003 désastreuse pour le tourisme mondial (guerre en Irak, crise sanitaire du SRAS, économie en baisse) et pour le tourisme français (canicule, annulations de festivals, incendies, marée noire du Prestige et mouvements sociaux).

Une France plus chère

Pourtant, d’autres indices économiques tempèrent ces données optimistes pour la France. Les touristes étrangers dépensent moins, viennent moins souvent et restent moins longtemps. En premier lieu, la durée moyenne de leurs séjours (un indice significatif en termes économiques, évalué en nombre de nuitées) tend à se réduire et ce chiffre a diminué de 1% en 2004 comme sur les premiers mois de 2005.
Si elle n’influe pas directement sur les touristes de la communauté européenne, l’appréciation de l’euro rend la France plus chère que d’autres destinations. Cela explique que les recettes engendrées par les touristes à fort pouvoir d’achat (venus du Japon et des États-Unis, en reprise sur 2004, mais fléchissant en 2005) soient inférieures à la hausse de leurs nuitées. Les marges bénéficiaires du tourisme confirment ainsi des taux modiques en comparaison de l’année 2000, d’autant que les infrastructures, l’entretien des sites et la politique touristique de la France coûtent cher.
Si le secteur du tourisme en France reste néanmoins le poste de la balance des paiements qui dégage le plus fort excédent avec 10,6 milliards d'euros (6% du PNB), la France reste en troisième position derrière les États-Unis et l’Espagne en termes de recettes. Notons enfin que, si le tourisme français observe une augmentation annuelle de 2,8% en termes de création d’emplois, il est aussi un secteur précaire en termes de salaires et de durée de contrats avec un recours massif aux emplois saisonniers.

Des touristes européens en transit

Les touristes en France viennent majoritairement du Royaume-Uni, des Pays-Bas et d’Allemagne mais les chiffres de 2005 montrent que si toute la clientèle européenne baisse sensiblement, celle d’Italie, de la Scandinavie, d’Espagne et de Russie progresse. Alors que les fortes prévisions de croissance des nouvelles puissances économiques que sont la Chine, l’Inde et le Brésil permettent d’envisager une diversification de la clientèle, ces pays ne se sont pas encore manifestés de manière significative dans les indicateurs statistiques… Ceux-ci, en effet, répertorient par ordre décroissant (hors Europe), les États-Unis, le Japon et le Canada avant le « reste du monde » (sic), représentant, en 2004, l’équivalent du nombre d’entrées de la Belgique et du Luxembourg (voir tableau).
La clientèle étrangère est donc européenne et différents facteurs expliquent ce fait stable. La proximité et la notoriété d’un pays sont en effet deux critères majeurs en matière de tourisme. Les voyages longs courriers ont ainsi enregistré une nette diminution mondiale depuis l’année 2001 au profit des vols moyens courriers. Par ailleurs, la France s’inscrit touristiquement comme un pays de transit. C’est vrai pour les Japonais qui effectuent des voyages express en Europe (temps de congé réduit oblige !) mais aussi pour les Européens du Nord qui transitent par la France à destination de l’Espagne et de l’Italie. C’est le cas de Amuu et de Marc, deux jeunes Finlandais, de passage à Paris : « Nous restons une semaine en France, dont trois jours à Paris, et ensuite nous partons à destination de Barcelone pour quinze jours. C’est une façon agréable de varier découverte culturelle et... plage au soleil ! ». Pass ferroviaire européen dans une poche, dans l’autre un guide de tourisme avec des « bons plans » économiques, ce jeune couple représente une forte tendance du tourisme des jeunes Européens en France.
Car la France est souvent boudée pour son rapport qualité-prix jugé insuffisant par rapport aux autres pays du Sud de l’Europe mais aussi comparativement à d’autres destinations mondiales dont certaines connaissent des croissances fulgurantes. Le développement spectaculaire d’Internet en matière de tourisme contribue en effet à dessiner des choix mondiaux en termes de destinations et les agences en ligne, les tours opérateurs et les compagnies à bas coûts se livrent une guerre féroce. Il en résulte une forte autonomisation des voyageurs, qui conçoivent désormais des « voyages à la carte », en combinant des offres de différents prestataires (voyage et hébergement) : les prix sont un facteur déterminant. À ce titre, des données telles que l’augmentation sensible des prix de l’hôtellerie, celles du carburant et des locations jouent en défaveur de la France par rapport à ses concurrents espagnol et italien.

L’espace touristique français et ses valeurs

L’Hexagone connait une forte disparité régionale de fréquentation étrangère et des fluctuations liées aux événements festifs et culturels. Ainsi, l’an dernier, la commémoration du soixantième anniversaire du débarquement en Normandie et l’impact de Lille 2004 ont permis une progression des chiffres du tourisme frontalier. Paris conserve une place d’exception avec la spécificité d’une fréquentation étrangère annuelle (alors que la moitié des flux touristiques s’effectue ailleurs entre mai et septembre) et une durée moyenne de séjour plus importante que dans d’autres villes.
Les séjours en espace urbain, qui représentent la première destination en France pour les non-européens, sont principalement consacrés à la visite des musées et des monuments (23 %), aux manifestations culturelles (5 %), aux achats (20 %) et aux activités professionnelles (11,4 %). La visite des parcs de loisirs (Disneyland Paris en tête) est une activité de plus en plus pratiquée. Tous espaces confondus, la fréquentation des hôtels haut de gamme se redresse avec l’augmentation des touristes japonais et américains, tandis que la clientèle européenne observe la même évolution de ses modes d’hébergement que les Français. L’hôtellerie de plein air voit ainsi son offre de camping modifiée par la fréquentation des chalets, bungalows et mobile-homes. La clientèle des campings était à 41% hollandaise en 2004.
Les touristes français et étrangers font globalement les mêmes choix de destination en France (exception faite des départements d’Outre Mer fréquentés par les métropolitains) et les attraits régionaux sont identiques pour tous. La gastronomie, l’art de vivre, la richesse du patrimoine culturel restent des valeurs fortement attractives et le tourisme viti-vinicole est en développement. La notion d’accueil de qualité suppose de nombreux critères tels que la langue anglaise véhiculaire, des plages horaires étendues et un contact prolongé et personnel (pour éviter au client le sentiment d’être justement « pris pour un touriste »).
Les professionnels prennent aussi en compte la dimension interculturelle de leurs prestations, relayée par des études précises par segments nationaux. Les cultures alimentaires montrent, par exemple, que la dés-animalisation de la viande est un critère essentiel auprès des Anglo-Saxons pour qui la viande saignante est un mets repoussant. Des « contre-sens culturels » qui ont leur importance !
Dans un secteur mondial et européen en forte concurrence, la politique française s’attache activement à augmenter la plus-value du tourisme, en renforçant à la fois ses atouts culturels et naturels mais aussi en développant des tendances émergentes telles que le tourisme d’affaires ou des secteurs de « niche » (croisières, tourisme religieux...). L’enjeu est de taille car, si la mondialisation du tourisme ne détrône pas la France du palmarès des destinations choisies, son hégémonie est bousculée par une forte évolution mondiale du tourisme et par un fractionnement des séjours en nombre et en durée.

Anne Ramade



Biarritz en quelques mots...

Cordula Riedel, de l’Office du Tourisme de Biarritz, nous déclare : « Avec le développement des vols directs de Londres et de Dublin, nous avons enregistré dernièrement une nette progression de la clientèle anglaise et irlandaise par rapport à la clientèle espagnole. Nous avons surtout une clientèle européenne à la recherche d’activités et d’hébergement de toutes catégories, même si les Russes et les Américains cherchent plutôt du haut de gamme. Ici, le surf, le golf, la plage et la thalassothérapie sont des activités appréciées. Les profils socio-professionnels sont variés, mais la clientèle d’affaires (séminaires et congrès), qui représente une part importante des étrangers tout au long de l’année, est une classe de cadres supérieurs plutôt aisée. Depuis quinze ans, les séjours des étrangers sont plus courts et se concentrent moins sur la période estivale qui reste la saison familiale par excellence. La clientèle étrangère se dit satisfaite de l’accueil même si la question récurrente des Anglais et des Allemands reste de savoir... où l’on sert des petits déjeuners vraiment copieux, comme chez eux! »
A. R.



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