Depuis l'indépendance de l'Arménie, une loi sur la langue a été promulguée, qui impose l'arménien comme langue unique d'apprentissage dans l'ensemble du système éducatif public. Le russe est la première langue étrangère obligatoire, de la deuxième classe du primaire jusqu'à la dixième. Une autre langue étrangère est obligatoire à partir de la troisième classe du primaire : c’est le plus souvent l’anglais, mais aussi le français (58 000 apprenants dans le secondaire) ou l’allemand (52 000). L'horaire actuellement octroyé est de deux heures par semaine, mais varie selon le bon vouloir des directeurs d’écoles, qui ont adopté depuis l’indépendance une attitude de plus en plus autonome vis-à-vis du ministère de l’Éducation. Ainsi, souvent sous la pression des parents d’élèves, les directeurs des établissements secondaires font le choix de l’anglais au détriment du français et de l’allemand. L'enseignement du français a donc considérablement baissé sur le plan quantitatif, concernant aujourd’hui à peine 10 % des apprenants.
Les sections bilingues, un îlot de francophonie…
Heureusement, au plan qualitatif, le français est en bonne place grâce aux établissements à sections bilingues avec le français comme deuxième langue d’enseignement-apprentissage… Quatre écoles disposent de filières bilingues ; trois sont situées à Érévan, la capitale, et une à Gumri. Ces écoles proposent le français dès la première année, et des cours en français en chimie, biologie, mathématiques et physique à partir de la septième année. Les classes bilingues concernent environ deux cents élèves. Au terme de leurs études secondaires, les élèves ayant suivi avec succès leur cursus bilingue obtiennent un certificat qui les dispense du test de français en vue de leur inscription dans les universités françaises.
Par ailleurs, un projet de classes européennes devrait se concrétiser dès la rentrée 2005, ces collèges à vocation professionnelle, à la frontière entre le secondaire et le supérieur, proposant un enseignement de spécialité en anglais, en français et en allemand.
Dans l’enseignement supérieur, la création de l’Université française a permis d’augmenter les effectifs d’apprenants et a suscité un nouvel intérêt pour le français. Ce sont près de 3000 étudiants qui apprennent en français, toutes disciplines confondues.
Relancer la francophonie…
Dans un pays fondamentalement francophile, la relance de la francophonie apparaît en effet comme une priorité. La reconnaissance du génocide et la présence en France d’une importante communauté arménienne (400 000 Arméniens de la diaspora au moins) constituent évidemment des arguments de poids en faveur du français.
Même si les filiations directes de la diaspora aux Arméniens « du pays » n’est pas toujours évidente, le lien qu’ils constituent avec la France est indéniable : tout Arménien voulant se rendre en France a presque toujours la possibilité d’y être accueilli par l’un des siens, que ce soit dans les régions de Lyon, de Marseille, dans la vallée du Rhône ou en région parisienne. Et la population de la diaspora constitue un puissant levier pour l’enseignement du français, qu’elle encourage et soutient à chacune de ses opérations dans les domaines humanitaires, médicaux ou touristiques. Les nombreuses villes d’Arménie jumelées avec des villes françaises bénéficient de cette action, qui n’est pas seulement sentimentale, mais qui cherche presque toujours à ancrer l’enseignement du français dans une perspective fonctionnelle.
Car ici plus encore qu’ailleurs, dans un pays où l’émigration est devenue une triste tradition, le premier souci, c’est de trouver du travail. C’est pourquoi la priorité est bien de donner à l’enseignement du français une raison utilitaire. D’où le soutien apporté par l’ambassade à tous les établissements qui travaillent en ce sens, depuis les établissements bilingues, en passant par le lycée professionnel français qui forme des coiffeurs, des couturiers, des restaurateurs et des secrétaires de direction, jusqu’à l’Université française, qui prépare les élites de demain en gestion, droit, économie.
À la veille de l’année de l’Arménie en France, nous voudrions que le français soit pour les Arméniens un des vecteurs de développement qui permette à ce pays si souvent sinistré de cesser d’alimenter le reste du monde en peintres, en musiciens, en intellectuels de toutes disciplines, et de garder pour lui ses multiples talents.
Maud Grimaud, attachée culturelle ; Annie Monnerie, conseiller de coopération et d'action culturelle à Erevan
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