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Biréli Lagrène : avec Django



Originaire du nord de l’Alsace, Biréli Lagrène fait aujourd’hui partie des plus grands guitaristes du monde. Cet héritier de Django Reinhardt, passé par le rock, la fusion et le jazz aux côtés des plus grands, revient aux sources : le swing manouche. Il publie un album, Move, qui fait la part belle aux standards de Django et à ceux du jazz américain.

Juillet-août 2005 - N°340


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« C’est un phénomène de la guitare », dit de lui le Britannique John McLaughlin, expert entre tous. En France, tous les guitaristes se mordent les lèvres en le regardant jouer. Biréli Lagrène est, comme disent de lui les joueurs de flamenco, un « fénoméno », un prodige de la guitare. Lui, Biréli, se qualifie simplement de « fonceur ». Non pas qu’il fasse allusion à la vélocité qui caractérise son jeu, la vitesse d’exécution n’étant qu’un paramètre parmi bien d’autres. Non, explique-t-il, « j’ai toujours aimé aller de découvertes en découvertes. J’ai, en fait, du mal à rester six mois sur un même projet ». Et c’est vrai qu’en un peu plus de vingt ans, Lagrène aura gouté à tout : jazz, rock, voire classique, formule acoustique ou électrique. Il a partagé pendant de longues années la scène avec les plus grandes pointures : Pastorius, McLaughlin, Paco de Lucia, Larry Coryell, Jack Bruce, Stéphane Grappelli, Benny Carter, etc.
Et puis un jour, en 2001, Biréli a ressorti sa vieille guitare en bois. Et c’est tout naturellement qu’il a retrouvé Django Reinhardt. Résultat : un premier album avec son groupe, Gipsy Project, une façon de boucler la boucle vingt ans après Routes to Django, son premier disque, enregistré à… treize ans. À ses côtés, dans Gipsy Project, un quintette à cordes : guitares, violon et contrebasse, soit la formule mythique Hot Club de France, fondée par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. Fin 2004, deuxième session du même Gipsy Project avec Move, son dernier opus. Une session plus osée : il a su unir la beauté d'une tradition, symbolisée par ses deux fidèles accompagnateurs (le guitariste Hono Winterstein et le contrebassiste Diego Imbert), avec l'apport plutôt inattendu, en tout cas assez rare dans un tel univers, d'un saxophone (Franck Wolf).
Visiblement, Biréli a pris plaisir à l’exercice, mais il a fallu se remettre en question. « Je voulais savoir si j’étais toujours capable de jouer cette musique ». Durant six mois, il a dû s’enfermer chez lui et se replonger dans l’œuvre de Django. « J’étais un peu comme un acteur qui s’imprègne de son personnage pour lui donner vie. C’était assez amusant, j’avais des réminiscences de mon enfance… » Des souvenirs simples, comme sa première guitare offerte par son père, musicien professionnel. Biréli n’avait alors que cinq ans, et pour un manouche, qui dit guitare dit évidement Django. Le petit Biréli va grandir à l’ombre des compositions de l’auteur de Nuages. Il apprendra à jouer seul et à reproduire à l’oreille les phrasés du maître : jusqu’à huit heures de travail par jour avec Django comme professeur indirect. « Je connaissais les solos par cœur, je pouvais les jouer à la note près. » Et, très rapidement, se forgea dans son entourage, puis dans le milieu professionnel, la réputation d’enfant prodige. À onze ans, il monte sur scène avec Stéphane Grappelli, avant d’enregistrer, peu de temps après, un premier album.
Le chemin semblait tout tracé… Très vite cependant, il voulut aller à la découverte d’autres sonorités. Adolescent, il devient rock, puis file vers le jazz fusion, jouant notamment avec McLaughlin et Jaco Pastorius, génial bassiste du groupe Weather Report. « J’étais heureux d’échapper à l’étiquette de jeune prodige héritier de Django. Le public n’achetait pas forcément mes albums, mais je me sentais bien. » La crise d’adolescence durera vingt ans : elle lui permettra de multiplier les expériences. Et puis, en 2001, nourri de ses balades par des chemins détournés, il revient donc au swing manouche.
Dès les premières mesures du premier thème de Move, le ton est donné : allègre avec un soupçon de blues. Bientôt l'alliage sonore se fait mystérieux et mélancolique (Mélodie au Crépuscule). On trouvera aussi sur ce disque le célébrissime Nuages, sans doute le morceau le plus connu de Django, ici enveloppé du mystère des volutes du saxophone. Bref, un disque conçu comme un véritable programme, où l’on redécouvre aussi deux standards du jazz, le swinguant Cherokee et This Can't Be Love. Biréli n’exclut pas de prolonger l’expérience. Lui, le musicien réputé si versatile, il envisage l’avenir sereinement : « D’habitude, je n’aime pas trop me répéter, mais c’est incroyable, on se sent tellement bien avec cette musique »…
CD : Move (Dreyfus Jazz/ Sony).

Edmond Sadaka





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