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Solange Pekekouo Ngouh : « Identifier les obstacles »



Conviction et ténacité. Telles sont les qualités qui ont caractérisé la démarche de la lauréate du premier concours « RFI-Le Monde en français ». À la base : la discipline familiale.

Mai-juin 2005 - N°339


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

« Un agenda de ministre » : c’est à cela que ressemble, pour les prochaines semaines, le carnet de rendez-vous de Solange Pekekouo Ngouh, la lauréate 2004 du prix « RFI-Le Monde en français ». La préparation de la seconde édition du concours n’y est pas étrangère et les « réajustements » administratifs entrepris après les dernières élections camerounaises (octobre 2004) non plus. La considération a pris le pas sur la fierté de la victoire, même si les portes du ministère camerounais de l’Éducation, dont Solange attend l’autorisation de suivre une nouvelle formation à Paris, sont encore lentes à s’ouvrir…

Les dictées et la famille

Tout et rien ne prédestinait la jeune femme, âgée de 38 ans, à entrer dans la carrière enseignante. Cadette d’une famille de neuf enfants, Solange peinait sur les bancs de l’école : « Dès le titre de la dictée, je savais que j’allais obtenir un zéro pointé. Je faisais beaucoup de fautes ». Non contente d’avoir des allures d’Annapurna, la langue française - la « langue d’urgence » comme le précise Solange, celle que l’on doit parler pour réussir au Cameroun - allait devenir une discipline de vie. « Sur ma table de chevet, il y avait la Bible et le dictionnaire », se souvient la lauréate. Son père, fonctionnaire, faisait la dictée tous les soirs à la fratrie et aux cousins qui habitaient la maison : « Une faute équivalait à cinq coups de chicotte. Deux, à dix coups. Nous devions ensuite vérifier le mot et sa signification dans le dictionnaire, et le lendemain matin, avant le petit déjeuner, le recopier dix fois et laisser la liste sur la table pour que papa puisse nous corriger ».
Cette rigueur aurait pu provoquer le rejet du système scolaire. Ce fut l’inverse : « Papa distinguait son affection pour nous et l’importance de l’école ». Un jour, la fierté du « sans-faute » l’emporta sur la peur de recevoir des coups et Solange aima le français. Pour la vocation, « mes sœurs et moi accompagnions notre mère à l’école où elle était institutrice. On la voyait faire ». Et Solange aima l’enseignement. Deux de ses sœurs sont également devenues professeures. Forte de cette éducation « au françai
s », la jeune femme ne découvre sa langue maternelle, le shu pamum, qu’à l’occasion de la nomination de son père dans une région anglophone. Elle a dix-sept ans et est interne à Foumban, dans l’ouest du pays. Pendant les récréations, elle apprend à savourer le parler de ses condisciples. « Le shu pamum s’est installé en moi. C’est ma véritable langue, celle qui me manque le plus quand je parle français ». Et, puisque Solange montre autant d’entêtement et de rigueur que pour la langue apprise à coups de chicotte, papa ne proteste pas lorsque, à l’université, sa fille recueille et décrypte les chansons des villageois. En 1996, nantie de sa licence de lettres et diplômée de l’École normale supérieure, Solange obtient son premier poste au collège Sodiko de Douala.

La récompense

Émue… La jeune femme l’est, au moment de la remise de ses prix en septembre 2004, « à un âge où l’on ne peut plus dire certaines émotions ‘comme ça’ ». Sa candidature a été posée comme un défi. Elle annonce à ses élèves qu’ils vont pouvoir se moquer d’elle comme elle se moque d’eux quand ils obtiennent de mauvais résultats. C’est un jeu collectif que Solange va jouer, avec ses élèves de deux classes : la Quatrième et la Terminale. Une centaine d’écoliers par classe… Dans les salles, où le bruit est interdit, faute d’isolation, elle lance le « quart d’heure RFI » au début de chacun de ses cours (voir FDLM n° 335, pp. 44-46). L’exercice déborde largement le cadre scolaire et les parents sont enthousiastes.
Lorsque RFI annonce sa victoire à l’antenne, Solange est avec ses élèves de Terminale, en train de consulter les résultats du baccalauréat. Élèves et professeur se congratulent. Privée de visa pour le Congrès de la FIPF à Atlanta, autorisée du bout des lèvres à se rendre à Paris pour recevoir son prix (deux semaines de formation à l’école Accord), elle ne se laisse pas impressionner par ces tracasseries. « Identifier les fautes, les obstacles… » : la phrase semble sortie de ses rudes années d’apprentissage. Avide d’expériences, elle supervise le journal du lycée de Makepe où elle enseigne, et élabore de nouvelles stratégies pédagogiques. Son impatience à approfondir ses connaissances n’a d’égale que la fébrilité de ses élèves. Eux, ils attendent Alain Foka, le présentateur de l’émission Médias d’Afrique de RFI, avec laquelle, n’en doutons pas, « ils » ont gagné le concours : il leur a promis de venir. Marion Urban

Marion Urban



Concours « RFI-Le Monde en français » 2005

Toutes les informations sur www.rfi.fr , rubrique « La langue française ». Les dossiers doivent parvenir à RFI avant le 1er juin 2005.



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