« Nolita, c’est “ North of Little Italy ”, explique Keren Ann. Le quartier de New York où je réside quand je suis là-bas. C’est là que j’ai enregistré une partie de l’album. Mais, pour moi, ce nom, c’est aussi “ No lolita ”, une connotation que j’aime bien par rapport au statut de la femme : Nolita, ça pourrait être aussi une femme qui n’est pas ignorante ou dépendante ». Ce quatrième album de Keren Ann est d’ailleurs habité par quelques femmes symboles de ce refus farouche de la soumission, comme l’actrice anglaise Lili Langtry, actrice de petite vertu qui vécut à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, ou bien encore Alice Springs, le nom de photographe de June Newton, la veuve d'Helmut Newton. Côté musical, Nolita est un opus aux airs intimistes, un mélange de variété française et de folk américain. Il confirme, s’il en était besoin, que cette jeune femme brune, née il y a trente ans, fait partie de cette catégorie de chanteurs « murmurants », à l’instar de François Hardy ou d’Étienne Daho : le phrasé est caressant, tout en douceur. L’album a été enregistré moitié en français moitié en anglais. En guise d’accompagnement, beaucoup de guitare sèche, de temps en temps un harmonica ou des claviers : “ J’ai fait la musique d’un film sans le film. Il y a des moments où l’album a des côtés très urbains, d’autres où l’on se croit dans les bois après la pluie. Les textes parlent d’amour, bien évidemment »
Le mélange des genres, Keren Ann l’a dans le sang. Après une petite dizaine d’années passées en Israël où elle est née, elle a grandi aux Pays-Bas. Les origines de ses parents - un père russe et une mère indonésienne - l’ont amenée, dit-elle, à bien des interrogations. D’ailleurs, dans son premier album, elle s’était penchée sur sa grand-mère javanaise dans une sorte de quête d’identité. « Mes origines sont omniprésentes dans ma musique : la clarinette de la folk yiddish, les violons. Mes chansons parlent du passé, je suis née avec des tiroirs ouverts, j’ai hérité d’une mémoire qui n’est pas la mienne. » Bercée de multiples cultures musicales, elle commence très jeune à écrire des chansons : « On m’a offert une guitare à neuf ans et, plus tard, j’ai commencé à écrire des mélodies. » En 1998, à vingt-quatre ans, elle monte le groupe Shelby avec deux autres musiciennes. Un album en sort, couronné d'un discret succès.
Sa carrière démarre véritablement en 2000. Elle obtient ses galons d’auteure composititrice en écrivant avec Benjamin Biolay plusieurs titres de Jardin d’hiver, l’album d’Henri Salvador qui permit au crooner de revenir, à quatre-vingts ans, sur le devant de la scène. Dans la foulée, elle publie un premier album solo : La biographie de Luka Philipsen, dont le titre s’inspire du morceau « Luka », de Suzanne Vega, l’un de ses modèles avec Françoise Hardy. Peu de temps après, elle récidive en sortant La disparition et, plus récemment, Not going anywhere, enregistré au sein du prestigieux label jazz américain Blue Note. Ceci lui a permis de donner quelques concerts sur la côte est des États-Unis.
Keren Ann possède deux passeports : l’un néerlandais, l’autre israélien, mais, explique-t-elle, « mon identité ne passe pas par ma nationalité : je me sens avant tout française. L’influence du folk américain, je la ressens dans la composition. Mais pour ce qui est du ton, de l’ambiance, je crois que la chanson française est vraiment ancrée en moi. »
CD : Nolita (Capitol/ EMI).
|