Chaque matin, en période scolaire, dans un jour ouvrable, à peu près 1 Français sur 4 se rend à l’école, soit comme élève ou comme étudiant (soit 15 millions de personnes), ou comme enseignant, personnel administratif, personnel ouvrier ou personnel d’encadrement (soit 1 317 000 personnes). C’est dire la place considérable occupée par l’école, expression prise ici au sens large du terme, dans la vie des Français. Chaque famille est, ou a été concernée, à un titre ou à un autre. L’école occupe ainsi dans la vie de chacun une place non négligeable, et ceci d’autant plus que l’espérance de vie scolaire pour un enfant qui entre aujourd’hui à l’école maternelle est d’environ 18 ans. Toutes ces caractéristiques expliquent que le budget de l’Éducation s’élève à un peu plus de 64 milliards d’euros en 2004 et constitue le premier poste de dépense de l’État (le budget de l’Éducation nationale représente 23 % du budget de l’État, soit le budget le plus important), soit 111 milliards si l’on cumule les contributions des autres acteurs publics, régions, départements, communes et celles des familles.
Une école gratuite
Tous les personnels sont pris en charge par l’État (enseignement public et enseignement privé sous contrat pour les personnels enseignants) ou par les collectivités publiques (communes et régions pour les écoles primaires et le personnel ATOSS – personnels administratifs, techniques, ouvriers, de service, de santé et sociaux - des collèges et des lycées). L’Éducation nationale en France est un service public, l’enseignement privé hors contrat (dans le premier et le second degré), c'est-à-dire entièrement financé par les familles, ne représentant qu’une part infime du dispositif (43 000 élèves scolarisés sur 12 millions en tout). Autrement dit, et le fait mérite d’être noté, l’école est gratuite, de la maternelle à l’université, et cela jusqu’au doctorat (les frais d’inscription à l’université française étant très faibles, comparés à ceux pratiqués dans de nombreux autres pays). Ainsi, en scolarisant gratuitement les enfants à partir de trois ans, en règle générale, l’école maternelle permet à de très nombreuses mères de famille de poursuivre une activité professionnelle sans grever le budget familial par des frais de garde.
Ce système implique une charge de gestion très lourde. Mais la France a du goût pour ces grosses machines (la SNCF, la Sécurité sociale, l’Assistance publique et ses hôpitaux, par exemple). Cohérence de l’action de formation, homogénéité, mais pas forcément uniformité : on se gardera en effet de jugements trop hâtifs. Une grande part d’autonomie est accordée aux différents échelons pour s’adapter aux conditions de vie locale.
Une structure pyramidale…
Cette structure pyramidale va du ministère avec ses administrations centrales, aux administrations déconcentrées : dans les régions (les rectorats, avec à leur tête un recteur qui représente le ministre dans l’académie, nom donné par l’Éducation nationale au découpage administratif adopté dans les régions), dans les départements (les inspections d’académie, avec à leur tête un inspecteur d’académie qui représente le recteur), chargées de mettre en œuvre, au plan local la politique ministérielle, elle-même relayée dans les universités, les lycées, les collèges, les écoles par les chefs d’établissement. L’enseignement est contrôlé par un corps d’inspecteurs (uniquement dans l’enseignement primaire et secondaire), chargés d’aller dans les classes examiner comment les enseignants font travailler leurs élèves et mettent en œuvre les programmes, enseignants qui sont de la sorte évalués, notés et peuvent ainsi avancer dans leur carrière. Cette organisation pyramidale et centralisée est lourde, mais doit prendre place dans un pays où la décentralisation est à l’oeuvre, depuis le début des années 1980.
… où l’autonomie a sa place
Ce système est en effet moins centralisé qu’il n’y paraît. Les équipes d’enseignants sont autonomes, la performance des élèves est rarement évaluée par des tests officiels effectués régulièrement comme dans d’autres pays. À chacun des niveaux, la mise en œuvre de moyens (carte scolaire pour déterminer la nature et l’implantation des postes, les filières de formation, etc.) est laissée à l’appréciation des responsables en poste. Enfin, il existe une collaboration de plus en plus renforcée pour la mise à disposition des moyens aux différents échelons (construction, équipement, fonctionnement des établissements) : la région pour les lycées, les départements pour les collèges, les communes pour les écoles. On constate ce même phénomène pour l’enseignement professionnel et technique en partenariat avec les branches professionnelles. De nombreuses concertations sont mises en place mais les lourdeurs du dispositif appellent des ajustements constants entre l’administration centrale (l’Education nationale) et les administrations déconcentrées (les multiples partenaires locaux).
Décentralisation, oui, mais, les Français en même temps sont méfiants, sous le contrôle d’un État dont on attend qu’il corrige les inégalités de ressources des régions ou des territoires (les banlieues) et qu’il mette à l’abri l’éducation des tentatives de subordination de l’école à des impératifs politiques ou économiques locaux.
Les diplômes nationaux
L’État dispose du monopole de la certification scolaire. Les épreuves, dont les sujets sont préparés par les fonctionnaires de l’Éducation nationale, sont définies selon des niveaux attendus. La préparation aux diplômes nationaux, par le moyen d’une évaluation terminale anonyme, constitue un autre socle de ce système. Le baccalauréat (fin d’études de lycée) en est l’élément le plus important. Les bacheliers représentent actuellement 60 % d’une classe d’âge. Cette proportion importante traduit une volonté des familles de faire accéder leurs enfants au plus haut niveau possible dans le système de formation, avec une défiance toujours manifestée envers les formations techniques et professionnelles, ceci avant de se présenter sur un marché du travail dont on redoute les rigidités. Les possibilités de promotion interne dans les entreprises sont peu nombreuses, l’esprit d’entreprise peu encouragée, les métiers soigneusement cloisonnés, ce qui explique ce goût des familles pour les études longues, garantes, croient-elles, d’une entrée dans les métiers par le haut. On constate malgré tout une timide apparition de la validation des acquis professionnels qui donne lieu à l’attribution d’un diplôme (12 600 en 2003, pour l’enseignement technique et professionnel, au niveau du CAP – Certificat d’aptitude professionnelle - et BTS – Brevet de technicien supérieur -).
Derrière cette apparente uniformité, on observe un dispositif plus souple qu’il n’y paraît par l’autonomie qu’ont su conquérir les acteurs face à une administration centrale qui s’est détachée de toute fonction administrative directe pour confier la gestion des moyens (postes, personnels) aux échelons locaux. L’État semble aujourd’hui de plus en plus centré sur ses fonctions stratégiques, sur le suivi des objectifs et le respect d’un certain nombre de principes.
La fabrique de l’identité nationale
Ce tableau peut étonner tous ceux pour lesquels l’éducation se conçoit comme une offre, souvent d’origine privée, soumise aux lois d’un marché parental qui ferait écho aux sensibilités sociales et culturelles, à l’importance des ressources économiques des familles. Ce souci marque une volonté de mettre une offre de formation commune à la portée de tous à un prix, budgétaire d’abord, élevé. On soulignera cependant une efficacité faible en direction de populations qui ne s’inscrivent pas d’emblée dans la logique de ce système (7 % des élèves sortent chaque année de l’école sans niveau de qualification reconnu) ce qui constitue une part préoccupante de l’échec scolaire. Ce système est malgré tout un puissant outil de constitution et de maintien de l’identité nationale, de préservation d’un minimum de cohésion sociale (l’affaire du voile, voir encadré p. ?, est révélatrice sur ce point d’un consensus fort), mais aussi de mobilité sociale. On peut souligner le gigantisme et la complication d’une institution fondée en droit, régie par de très nombreux textes (chaque semaine est publié le Bulletin officiel de l’Éducation nationale, le BO pour les familiers, dans lequel figurent tous les arrêtés, décrets, notes, lois, circulaires qui régissent le fonctionnement et la vie de chacun dans les établissements scolaires), mais à laquelle il est demandé beaucoup, beaucoup trop diront certains, qui fait de son mieux pour répondre aux demandes les plus contradictoires, aux impatiences les plus variées, dans le souci d’assurer à tous les enfants une place dans la société à la mesure de leurs espérances et de leur capacités, les unes et les autres ne se recouvrant pas forcément.
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