Comme Rachid Taha, Matmatah semble victime de son premier phénoménal succès, « Lambé an dro », pochade étudiante qui parodiait avec talent un chant populaire breton dopé à la guitare électrique. « Nous ne nous sentons pas spécialement celtiques, mais brestois, prévenaient-ils dans notre entretien du FDLM n° 318 (pp. 8-9). Brest est une ville cosmopolite, qui parle dans toutes les langues. Brest est un port, une ville prolo, une ville rock, pas une ville celtique. Et notre musique, avec ses mélanges, est à l’image de ce qui se passe à Brest. » Cette phrase pourrait figurer en exergue de leur troisième album, Archie Kramer, emmené par un « Casi el silencio » idéalement rock : rythme trépidant, riff de guitare discrètement celtique, refrain en espagnol et texte engagé.
Autre message politique, « Alzheimer » est la contribution de Matmatah à l’après-11 septembre, sur une rythmique apaisée. Car Matmatah n’oublie pas qu’il sait, aussi, composer de la pop : « Au conditionnel », chanson d’amour en « vous » et ballade lente et belle ; « Le souvenir », chanson de rupture, guitare électrique en embuscade ; ou encore « Tombé des nues », jolie ballade qui donne intelligemment la parole à un nouveau-né… Ce qui n’empêche pas le défoulement plus que rock de « Radio edit », sur une rythmique punkoïde, ou de « Broke lover », deux titres anglophones. Matmatah nous avait prévenus (FDLM n° 318) : « Nous persistons à dire que, pour chanter du rock, le français est un handicap. Ça fait hurler certains, mais une langue est un instrument de musique et certains instruments de musique sont plus adaptés à un certain genre musical qu’à un autre »…
Matmatah, c'est le groupe d’étudiants par excellence : en 1992, Cédric Floc'h, dit Sammy, va entrer dans un IUT de génie électrique. Il rencontre Tristan Nihouarn (futur Stan), qui se prépare à intégrer une fac de maths. Stan, guitariste, est aussi le fils de profs qui, dans les années 1980, l'ont traîné dans toutes les fêtes celtiques : en 1992, il en conçoit une certaine lassitude... Très vite, Sammy et Stan commencent à composer, à reprendre Led Zeppelin et à tourner dans les nombreux bars brestois. Leur duo s'étoffe : rejoints par un bassiste et un batteur, ils forment officiellement Matmatah en septembre 1995. Le succès se dessine rapidement en Bretagne, car Matmatah n'est pas avare de concerts : 150 par an en moyenne en 1996 et 97... Le bouche à oreille fonctionne à plein, ainsi que le soutien de la radio locale, Radio-France Bretagne Ouest. Matmatah grave, en juillet 1997, un CD 2-titres autoproduit qui se vend, de Rennes à Brest, à 30 000 exemplaires en dix mois. Grâce au produit des ventes, en mars 1998, Matmatah enregistre l'album La Ouache, où se trouve « Lambé an dro ». Les concerts s'étendent à toute la France. Plus de 800 000 albums seront vendus. Printemps de Bourges, Vieilles Charrues, Fête de L'Humanité et Francofolies de Montréal et de Spa : Matmatah fréquente les plus grands festivals.
Après quelques mois de repos, le quatuor enregistre en Angleterre son second album, Rebelote, qui sort au printemps 2001. Tourné vers un rock plus pur, il correspond à l'état d'esprit qui anime Matmatah depuis ses débuts. Archie Kramer le confirme aujourd’hui : Matmatah n’est pas un groupe breton qui fait du rock, c’est un groupe de rock né en Bretagne.
CD : Archie Kramer (Barclay).
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