Le courrier des internautes Anglais/ français Main dans la main
D’Algérie, d’Argentine, du Brésil, de Chypre, du Danemark, d’Égypte, de France, de Grèce, du Guatemala, du Mexique et de Russie, vous avez, encore une fois, été très nombreux à répondre à notre question du mois1. Voici une sélection de vos réponses.
Novembre-décembre 2004 - N°336
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Les professeurs de français ne sont pas sectaires. À une large majorité, ils suivent l’avis de Domingo Villegas, professeur à Culiacàn (Mexique) : « Pour moi, s’appuyer sur l’apprentissage de l’anglais pour expliquer certaines notions délicates en français est tout à fait judicieux. » Parfois l’avis est plus pragmatique. Ainsi Dora Charatsidou, de Grèce : « Qu'on le veuille ou non, l'anglais constitue la première langue étrangère d'un enfant grec; les exceptions sont rarissimes! Expliquer certaines choses à l'aide de n'importe quelle langue, pourvu que cela facilite l'apprentissage, ne me dérangerait point. En revanche, je trouve que c'est à l'enseignant de juger le cas dans lequel le recours à cette "méthode" est nécessaire »… Une position résumée par Bénédicte Sales, professeur de français au Danemark : « Il est important d'utiliser tous les savoirs préalables de l'élève pour qu'il voie les similitudes entre les langues européennes et pour qu'il ait le sentiment qu'il peut se servir de ce qu'il sait déjà. »
« N'oublions pas que ces deux langues ont une racine commune : l'indo-européen, qu'il ne faut pas négliger et qui peut valider le recours à l'anglais », rappelle Estelle Zago, professeur de français en collège en France. Objection ! « La structure d’une langue qui n’est pas latine ne peut pas favoriser l’apprentissage du français, estime Marcia Jayme, professeur à la British School de Rio de Janeiro (Brésil). Je peux constater que l’anglais n’aide pas du tout les élèves dans l’apprentissage du français. Tout au contraire, il les dérange. » La solution de la contradiction tient peut-être à la modestie des objectifs que l’on se donne : « Dans les classes d'hispanophones, en Amérique Latine, où la plupart des élèves ont un bon niveau d'anglais, explique Aline Ranc, professeur à Guatemala City, il m'a parfois paru efficace de faire appel à l'anglais pour l'enseignement de l'orthographe du français : par exemple pour les mots qui se terminent en -tion (attention, situation, etc.), car leur orthographe est la même en français et en anglais, mais pas en espagnol. » Ioulia Tchetcheneva, étudiante à l’Université de Lipetsk (Russie) émet une suggestion : « Si le prof lui-même est bilingue, il peut donner à ses élèves un devoir comme : "Regardez bien ce texte ! Il y a dedans une expression qui vous est inconnue, mais dont vous pouvez deviner le sens grâce à votre bonne connaissance de l'anglais". » Et de conclure : « Il s'agit d'expliquer aux élèves que les compétences linguistiques acquises par eux auparavant les aident à apprendre toujours plus et d'une manière plus efficace, à condition de savoir réfléchir et analyser. »
Note
1. La question posée sur www.fdlm.org était la suivante : « Beaucoup d’élèves qui fréquentent les classes de français (LV2) ont d’abord suivi un enseignement de l’anglais (LV1). Selon vous, est-il judicieux de s’appuyer sur l’apprentissage de l’anglais pour expliquer certaines notions délicates en français ? La référence à l’anglais vous paraît-elle favoriser ou perturber l’apprentissage du français ? »
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