Toujours la même bouille d’angelot moustachu, sourire éclatant, œil pétillant : Khaled n’a pas changé au fil des ans… À presque 45 ans aujourd’hui, le turbulent titi oranais reste plus que jamais le porte-parole d’un raï moderne, accessible au grand public, dansé dans les night-clubs, joué et diffusé sur toutes les radios. Son sixième album, paru cet automne, marque un retour aux sources. Il y reprend notamment un standard de la musique chaâbi (« Hméma ») dans lequel il rend hommage aux Algérois et à leur folklore. Le chanteur a aussi fait appel à un ensemble de cordes égyptien et à l’orchestre de la radio nationale égyptienne. Un disque chanté entièrement en arabe qui a aussi permis à Khaled de retrouver Don Was, le producteur de « Didi » et « N’ssi N’ssi », deux de ses plus gros tubes. On y retrouve bien évidemment ce subtil mélange de groove à l’américaine et de rythmes orientaux avec ces fameux riffs de cuivres clinquants qui sont la signature de Don Was. À retenir deux autres titres qui sont dans la droite ligne du raï joué la nuit dans les cabarets oranais, « Ya Galbi » et « El Ghira ». « Yema Yema » s’inspire quant à lui de la musique arabo-andalouse alors que « Ensa el Ham » est l’incontournable valse qui figure sur tous les albums de raï.
Il semble bien loin le temps où Khaled Hadj Brahim, alias Khaled, devait affronter les réticences de sa famille pour embrasser la carrière musicale. Il a fallu notamment faire face à l’opposition très ferme de son père policier. Mais déjà tout petit, Khaled était tombé dans la magie musicale en écoutant beaucoup de musique marocaine, et aussi Elvis Presley et Johnny Hallyday. Vers l’âge de 7 ans, il est persuadé d’avoir trouvé sa voie et ne changera pas d’idée au fil des années. Il a à peine 14 ans lorsque, sur les conseils d’un éditeur, il enregistre son premier disque sur un magnétophone 2 pistes. Cela lui vaudra, peu de temps après, de se faire renvoyer du lycée où il a du reste bien du mal à poursuivre ses études. Le virus de la musique continue de le gagner. Il est notamment convoité pour animer les mariages, et sa réputation ne cesse de grandir. Mais tout cela ne suffit pas pour gagner sa vie : Khaled va devoir égrener une litanie de petits métiers tout en se produisant la nuit dans les cabarets. Il grandit, boit un peu, choque beaucoup aussi (le raï parle souvent de sexe) et provoque l’irritation des intégristes. Les jeunes, eux, sont enthousiastes et téléphonent aux radios où Khaled est souvent boycotté.
Dès 1976, dans les cabarets oranais, il remplace (dans le groupe qui l’accompagne) les violons par des guitares électriques. En 1982, arrivent le synthétiseur et la boite à rythmes. À 17 ans, il a déjà enregistré cinq cassettes audio. Son père finit par l’encourager. « Va, mon fils, va voir d’autres pays », lui dit-il. Et pour le jeune homme, aucun doute possible, c’est la France qui sera sa destination. Mais le rêve ne se réalisera que six ans plus tard. En 1986, il est invité à participer à un grand festival en banlieue parisienne (à Bobigny) où se retrouve tout le gratin du raï. Sur scène, il fait très forte impression et rencontre celui qui deviendra son manager.
Le succès viendra ensuite petit à petit. Il devient véritablement le Roi du Raï, un peu après la sortie de son nouvel opus, Khaled, en 1992. La machine funk-raï se met en route pour une série de succès qui commence par le tube « Didi », premier titre en arabe à entrer dans le Top 50, classement français de référence. Il est aussi en tête des hit-parades en Israël, en Egypte, en Arabie Saoudite et même repris en Inde en langue hindi. Quelques années plus tard, la rencontre avec Jean-Jacques Goldman apparaît comme l’étape dominante de sa carrière. En 1996, Goldman compose pour Khaled le célèbre titre « Aïcha », qui remporte un succès international et se vend de par le monde à plus d’un million d’exemplaires. Bientôt suivi par de nombreux autres compatriotes, tels Cheb Mami ou Faudel, Khaled a assurément ouvert la porte au raï en France et à l’étranger : « À Oran, mon but c’était qu’on connaisse mes chansons jusqu’à Alger. Finalement, elles ont aussi bien marché à New-York qu’au Caire ou à Jérusalem. La musique m’a prouvé qu’entre les hommes, il pouvait ne pas y avoir de frontières ».
Edmond Sadaka Radio France Internationale
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