Plus de sucre est l’œuvre d’un auteur compositeur interprète nouveau, nommé Jean-Philippe Nataf : une chanson pop nerveuse, dont tout le personnel vient du milieu rock. Pas étonnant dès lors que le morceau qui ouvre l’album, « Tout doux », avec sa grosse basse, son électricité, son rythme tendu et sa voix plaintive, signifie que Jipé n’a pas perdu sa main innocente quand il veut dresser son autoportrait. Production instrumentale et mélodies remarquables, comme dans tout l’album. Les textes de Jipé restent, eux, cryptés : écouter pour s’en convaincre « Ovale lune » ou le superbe « Mon ami d’en haut », avec sa guitare folk et sa mélodie beatlesienne. « Écrire les textes est pour moi une souffrance indéniable. Je veux écrire simple et beau et fort. Mais sans oublier que la mélodie doit toujours être plus forte que ce qu'on dit... » Sur nombre de morceaux de Plus de sucre, par petites touches, Jipé Nataf décrit avec discrétion toutes les écorchures d’un homme de 40 ans.
La première image publique des Innocents surprendra plus d'un acheteur du fort consensuel « Jodie » (1987) : le 15 mars 1982, dans le squatt de la rue des Cascades, Paris 20ème, autonomes et punks se réchauffent en écoutant Guernica, Lucrate Milk - et les Innocents. « Le punk, sourit Jipé, chanteur du groupe, m'a aidé à avoir le courage de faire de la musique. » Ses préférés sont Clash et les Buzzcocks : la mélodie, déjà. Jean-Philippe Nataf naît en 1962 à Boulogne, Hauts-de-Seine. Père médecin. Dès trois ans, il craque sur « Drive my car », des Beatles, puis passe, naturellement, au classique. À cinq ans, ses parents le mettent au piano, mais cela dure peu. C'est en 1980 que naissent les Innocents, en hommage à l'un des pseudonymes des Clash.
1986. Rencontre importante : le guitariste Jay Alanski, qui produit déjà Lio, produit aussi « Jodie », tube tous-publics :150 000 « singles » vendus entre janvier et octobre 1987. Jipé et sa bande sont alors rejoints aux claviers par Jean-Chri, fils d'architecte et vendeur de guitares chez Paul-Beuscher. L'aventure des Innocents peut commencer : en décembre 1988, ils rentrent en studio pour l'excellent Cent mètres au paradis. Flop commercial.
La riposte sera sans réplique : Fous à lier, sorti sous pression, avec la ferme volonté de « le leur faire, ce Disque d'Or », réussit, de fin 1991 à mars 1994, à réconcilier 500 000 puristes et autant de ménagères. Titre-phare : « L'autre Finistère ». Les médailles le prouvent (Bus d'Acier 92, prix de la SACEM, groupe de l'année aux Victoires de la Musique 94) : les Inno n'ont pas lésiné. Ils ne cachent pas non plus leur fierté de chanter en français...
En septembre 1995 sort Post-partum, « un album écrit petit à petit, souvent chez nous, grâce à l'évolution technique. » Il recèle le remarquable « Un monde parfait » : nouvelle Victoire de la Musique et large diffusion : 200 000 exemplaires. C’est en 1999 qu’ils éditent leur quatrième album, Les Innocents. Plus expérimental, enregistré dans les studios de Peter Gabriel, il contient des perles rares comme « Une vie moins ordinaire », « Tu sais lire » et « Maubert ». Mais le public ne suit pas et, lentement, le groupe s’étiole avant de se séparer, définitivement, en 2002. C’est sans doute l’une des écorchures dont porte la trace Plus de sucre, le premier album solo de Jipé…
CD : Plus de sucre (tôt Ou tard) ; Meilleurs souvenirs (Virgin, compilation des Innocents).
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