« Nous voyions venir la crise » Le secrétaire de l’Assemblée des parlementaires de la Francophonie, l’ancien ministre Jacques Legendre, est formel. Lors de sa dernière visite au pays, en 1999, il avait senti la défaillance de la République, alors même que Jean-Bertrand Aristide briguait son second mandat.
Une histoire commune avec le Bénin
La crise a éclaté. Avec une issue plus radicale que prévue, puisque le président en exercice a été contraint à quitter le pays le 29 février 2004, en laissant un pays dans un état catastrophique. Trois jours après ce départ précipité, le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie convoquait une réunion de personnalités et de représentants des pays concernés par le dossier haïtien, à savoir la France, le Canada, le Bénin, le Burkina-Faso et le Liban. Un mois plus tard, le contact était établi avec les parties civiles et politiques du pays. Le but : rédiger, en collaboration avec les nouvelles autorités, un cahier des charges auquel pourrait répondre le monde francophone.
L’ambassadeur du Bénin à Paris, Edgard-Yves Monnou, participait à la mission de l’OIF : « François Toussaint-Louverture, le héros de l’indépendance haïtienne est né à Addala, au royaume d’Abomey et une longue histoire culturelle unit nos deux pays ». Le Bénin était donc « obligé moralement » de venir en aide à ses cousins. Aujourd’hui, dans le cadre de la Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) 150 policiers béninois sont venus prêter main-forte aux 2000 policiers haïtiens (pour 7,5 millions d’habitants !).
La mission de l’OIF, la première à ce niveau, depuis la Déclaration de Bamako, autorisant l’organisation à intervenir rapidement en cas de crise de la démocratie, sera suivie d’une série d’autres « pour assurer la collaboration avec les autres bailleurs de fonds » précise Christine Desouches, déléguée aux droits de l’homme et à la démocratie, au sein de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. «Nous concentrons nos efforts sur les principes de bonne gouvernance et de transparence du processus électoral (des élections générales doivent avoir lieu en 2005). La reconstruction de la justice et la lutte contre l’impunité sont également notre souci » résume la déléguée, qui s’attend à d’autres développements.
Débloquer l’expression orale
Après une visite à Port-au-Prince, l’Association internationale des maires francophones (AIMF), a déclaré vouloir réhabiliter rapidement une dizaine d’écoles, avant de s’attaquer à l’élaboration de textes de lois sur les collectivités territoriales. Experte en matière d’État civil, elle est également appelée à contribuer à l’établissement des listes électorales.
Enfin, l’Agence universitaire de la Francophonie, l’institution la mieux connue de la Francophonie en Haïti, puisqu’elle y possède un bureau permanent, est dirigée par un nouveau responsable. Jusqu’à présent, elle offrait des bourses d’études (dix par an) et organisait des cours ponctuels des professeurs d’autres zones francophones. Elle anime des sessions de remise à niveau pour les étudiants qui entament leur cursus universitaire. Après quatorze ans d’enseignement « passif » en langue française, il est apparu nécessaire aux recteurs de « débloquer » l’expression orale. Pour qui écoute parler les Haïtiens, ce serait vraiment dommage de s’en priver.
|