Si tout un chacun perçoit bien les conséquences de la diversité linguistique sur les réseaux de communication, il est intéressant de remarquer que peu se soucient de la mesurer. Dans les années 2000, quelques études, financées sur fonds internationaux, ont permis d’appréhender le recul de l’anglais. Puis les résultats se sont taris, et il est difficile de trouver aujourd’hui des chiffres fiables. Sans doute parce que la quantification de l’information numérique et de sa circulation est fort complexe et qu’en rajoutant des critères linguistiques, cela devient quasi inextricable.
Aux limites du jargon
Une des solutions en vogue est la traduction automatique sur le web, proposée par les moteurs de recherche. Hasardeuse, elle ne sert qu’à faire un tri entre les informations proposées dans une langue inconnue. Les tentatives de fabriquer des dictionnaires collaboratifs sont plus intéressantes : des équipes de linguistes, d’enseignants, d’amoureux de la langue se réunissent en ligne et créent des entrées, en rectifient d’autres… Pendant que les encyclopédies du marché peinent à trouver un modèle économique sur le web, ces bénévoles montrent l’efficacité des énergies rassemblées.
Diverses institutions, et notamment celles de l’Europe des 25, tentent pourtant de montrer la voie. Ayant dans leurs statuts cette obligation du multilinguisme, elles tentent de remplir le contrat de l’égalité des langues entre elles, du respect des nuances induites, des subtilités culturelles véhiculées. Pourtant, en coulisses, se trame une « novlangue » aux limites du jargon, permettant d’envisager à terme très rapide des traductions quasi automatiques. Ainsi, les Francophones ne soutiennent plus d’initiatives, ils les « supportent » – comme dans les matches de football !
La technique au service de la diversité
Et pourtant, voilà un domaine où les questions de régulation de l’Internet se posent avec beaucoup d’acuité. Les organismes de certification, qui établissent les normes et les standards pour les échanges, portent en partie la responsabilité de la visibilité des langues qui sortent de l’alphabet latin. Des systèmes d’encodage existent, qui font l’objet de débats techniques fort complexes et se définissent à la suite de nombreuses consultations. Pourtant, ce sont ces standards qui permettent d’ouvrir, sur n’importe quel support et dans n’importe quel pays, une page web dans le mode d’écriture choisi par le producteur. Enfin, au sein des organismes qui gèrent les questions de normalisation, nombre de pays sont en manque de compétence technique pour peser sur les débats. C’est clairement le cas des arabophones, dont les représentants sont peu nombreux, et notoirement absents des organes décisionnaires.
Restent les lois du marché, qui conduisent les fabricants de logiciels à les adapter – ou non – à certaines langues, et la question des claviers, avec l’arrivée récente des claviers virtuels. L’inquiétude qui subsiste porte sur la tentation de « balkanisation » des réseaux asiatiques. À l’instar des craintes d’une prochaine hégémonie commerciale de la Chine, les récentes réunions et annonces des principaux pays asiatiques sur les questions de normes et de standards font dire à certains observateurs qu’un immense extranet serait en création sur ce continent. De quoi réveiller des peurs ancestrales – aux antipodes de la construction des sociétés de l’information.
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