Pas de doute, c’est le plus prestigieux, celui qui assure une reconnaissance mondiale à ses lauréats : le prix Nobel est le roi des prix littéraires. Créée en 1901, cette récompense est attribuée dans plusieurs domaines (physique, chimie, médecine, littérature et paix). La liste des lauréats de la catégorie littérature, de Rudyard Kipling en 1907 à J.M. Coetzee en 2003 est un défilé de noms illustres ou moins connus, tous « auteurs de la plus importante œuvre littéraire d’inspiration idéaliste ». Une contribution au progrès de l’humanité qui vaut sans doute bien le million d’euros attribué en plus du diplôme et de la médaille… Bien moins dotés, certains prix nationaux ont pourtant un rayonnement international : le Man Booker Prize en Grande-Bretagne, le Pulitzer aux Etats-Unis mais aussi le Strega en Italie ou le Planeta en Espagne.
Mieux dotés, plus éthiques
Le Booker Prize (devenu le Man Booker Prize en avril 2002) a été décerné pour la première fois en 1969, sur une initiative de l’éditeur Tom Maschler, qui désirait lancer un prix équivalent au Goncourt. Il récompense un auteur du Commonwealth, d’Afrique du sud, du Pakistan ou d’Irlande (obligatoirement publié en Grande-Bretagne). C’est notamment son mode de fonctionnement qui distingue ce prix. Bertrand Labes, auteur du Guide Lire des prix et concours littéraires1) explique que les jeux d’influence sont en effet beaucoup plus limités lors de la remise du Man Booker Prize : « On ne peut être juré qu’une seule fois dans sa vie et tous les jurés sont rémunérés car les organisateurs considèrent que c’est un vrai travail que de lire et sélectionner les lauréats ». Pour lui, cela ne signifie pas que le jury est insensible aux pressions extralittéraires mais « cela limite les renvois d’ascenseur. De même au Canada, les jurés sont moins nombreux et ne cumulent pas plusieurs casquettes… Ce fonctionnement garantie plus d’intégrité ». Certains prix auraient-ils une touche d’éthique en plus ? Toujours est-il que le mélange des genres (éditeurs, auteurs et critiques dans les jurys) est particulièrement reproché aux prix français. Même si en Amérique du Nord, on se moque aussi du très, très faible montant de la dotation du Goncourt, environ 10 euros (sic), beaucoup moins que le Pulitzer et ses 5 000 dollars…
La francophonie, enfin récompensée ?
Une des critiques faites au Goncourt est sa quasi fermeture aux écrivains et éditeurs francophones. Peu partageur, le Goncourt assure une immense notoriété à la littérature française à travers le monde, mais ne tient pas compte de l’espace culturel et linguistique francophone. Un phénomène accentué par le « moindre » prestige des prix littéraires des autres pays francophones. Au Canada, le Prix Gouverneur général, fondé en 1937, est le plus important, mais son palmarès n’est guère connu au-delà des frontières. Le prix Victor-Rossel, fondé en 1938 par le quotidien Le Soir, est un événement majeur de la vie littéraire belge, mais là encore, son rayonnement est plus limité que celui du Goncourt. Pour Bertrand Labes, « les prix français sont des institutions très spécifiques : le Goncourt est un très vieux prix, qui suscite une médiatisation et une émulation qui ne sont pas égalées. Il a évidemment l’envergure internationale que les autres n’ont pas, mais même au niveau national, il déclenche une folie toute française autour du phénomène littéraire ». Mais doit-on se satisfaire de cet agaçant cloisonnement des littératures qui fleure parfois bon le chauvinisme ? Non ! Depuis 1986, à l’initiative du gouvernement canadien, l’Académie française octroie d’ailleurs un Grand Prix de la Francophonie qui récompense l’ensemble d’une œuvre contribuant « au maintien et à l’illustration de la langue française ». Le Libanais Georges Schéhadé fut le premier lauréat et le prix 2002 revint au Polonais Bronislaw Geremek. Encore plus récemment, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) a créé le prix des Cinq Continents de la Francophonie. Lancé en 2001, il consacre un roman d’un écrivain « témoignant d’une expérience culturelle spécifique enrichissant la langue française ». La première lauréate fut l’Égyptienne Yasmine Khlat pour son roman Le désespoir est un péché. Le prix 2003 a été décerné à Marc Durin-Vallois pour Chamelle (Éd. J.C. Lattès). Et le prix de l’Agence Française de Développement (AFD) a récompensé Salim Bachi pour le roman La Kahéna (Gallimard), prix Tropique 2004.
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