« Déjà dans ma petite enfance, dans mon village, j’avais le goût du dire. » Etienne Minoungou est comédien, metteur en scène et auteur de théâtre, né au Burkina-Faso. Avec sa voix grave et veloutée, il donne aux mots une résonance profonde et mystérieuse.
À la veillée
Le goût du « dire » est venu à Etienne Minoungou des causeries des aînés, le soir à la veillée, « lorsqu’on racontait la vie ». En langue moré. Bien sûr, le petit Etienne ne comprenait pas tout, mais les intonations, les effets, le rythme des phrases sont restés gravés dans sa mémoire. Ce n’est qu’à l’âge adulte, après des années de récitations monocordes des fables de La Fontaine et de poèmes d’auteurs français sur les bancs de l’école, qu’il se souviendra de ses soirées villageoises. Il lit beaucoup. Il fait du théâtre. Il apprend à « dire » la langue française avec les intonations des anciens. Il se l’approprie. Désormais, Etienne Minoungou franchira aisément les ruisseaux des langues : il monte Eschyle en langue moré, et vient de présenter Richard III en français, à Ouagadougou.
« … Ma tâche actuelle de chef de l’Etat est évidemment impossible et je cesserai aussitôt d’exercer mes fonctions. » Saïd Kamali, 26 ans, est simplement assis lorsqu’il se livre à cette imitation du général De Gaulle. L’intonation est parfaite, le rythme de la phrase impeccable et les gestes de la même facture. Charles De Gaulle, mais aussi Jacques Chirac, ont été en fait les professeurs du jeune Iranien, qui a appris par cœur leurs discours. « La langue française est une langue qui me chante à l’oreille, explique Saïd. Je me suis acheté une méthode audio, La France en direct. J’ai mis deux mois à apprendre les vingt leçons. Je les ai écoutées, non pas dix ou vingt fois, mais des centaines de fois… »
À la radio
Saïd note les termes dont il ne saisit pas le sens. Il écoute beaucoup RFI. Il enregistre les émissions, les bulletins d’information, et se les repasse jusqu’à plus soif, en imitant les intonations des intervenants. C’est à la bibliothèque de l’ambassade de France à Téhéran, où il se glisse en catimini, qu’il complète sa connaissance de la langue et qu’il apprend à décrypter l’histoire de la politique française. Lorsqu’il entend la voix de Jacques Chirac, c’est l’émerveillement. Le jeune homme, qui n’a suivi aucun cours de français à l’école, ni plus tard à l’université, est fasciné par la façon de parler du Premier ministre de l’époque. Un jour, il en parle à un député européen, à qui il sert de guide-interprète, à Téhéran. Ce dernier l’encourage à écrire à Jacques Chirac qui, entre temps, est devenu Président. Saïd Kamali lui adresse une lettre de dix-sept pages dans laquelle il raconte son amour pour la langue française. Trois semaines plus tard, il reçoit les textes et les cassettes audio des discours du Président et ses remerciements pour l’intérêt qu’il porte à la culture française.
Mais cet amour sera très mal payé de retour. Alors qu’un ami l’invite à passer quelques jours en France, le consulat lui refuse le visa de touriste. Avec son profil de jeune Iranien francophone, avide de partir à la découverte de ceux dont il partage la langue, qui plus est, journaliste au service français de la télévision iranienne, Saïd est un visiteur susceptible de se transformer en immigré permanent. Une injustice en passe d’être réparée, car il a obtenu une inscription à l’Institut français de presse. Et attend à nouveau son visa.
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