En 1996, l’ambassade de France annonce un projet de relance de la langue française en Macédoine. L’un des volets de ce projet est la création de classes bilingues. Ainsi, en 1997, le lycée d’enseignement général de Negotino ouvre-t-il une section bilingue à orientation scientifique avec 22 élèves en première année. En 1999 puis en 2000 s’ouvrent d’autres sections dans toutes les grandes villes de Macédoine (Tetovo, Skopje, Kumanovo, Negotino, Bitola et Prilep.)
Malheureusement, dans certains lycées (Bitola et Prilep), l’existence des classes bilingues n’a pas survécu aux différentes difficultés rencontrées lors du processus de mise en œuvre du projet. Aujourd’hui ce sont donc six lycées qui offrent un enseignement bilingue dans sept sections, soit français/ macédonien, soit français/ albanais.
Une mise en place originale et volontariste
La majorité des sections bilingues de Macédoine offre des formations à orientation scientifique, mais il est à noter que certaines offrent aussi un enseignement de la littérature et de l’histoire. Chacune d’entre elles est donc très spécifique et demande un suivi individualisé.
Une sélection des élèves est effectuée à l’entrée des sections bilingues par chaque lycée. Ne pouvant mettre en place « une année zéro » (comme c’est le cas en Albanie et en Bulgarie par exemple), qui aurait été en contradiction avec les directives du ministère de l’Éducation macédonien, c’est progressivement que le jeune public est confronté à l’enseignement bilingue. Ce système permet, entre autres, de respecter le temps d’adaptation dont les élèves ont besoin pour s’approprier ce nouveau type d’enseignement. Ainsi, en première année, les élèves doivent suivre trois heures de formation linguistique supplémentaires. À partir du mois de janvier de cette première année est introduit l’enseignement des disciplines non linguistiques (DNL) à hauteur d’une heure par mois pour chacune d’entre elles (au nombre de 3 à 4 suivant les sections). Cette proportion est progressivement accrue tout au long du cursus. Ainsi, en quatrième et dernière année de lycée, les élèves suivent 4h./ mois de chacune des matières enseignées en français (mathématiques, physique, chimie, sciences de la vie et de la terre, informatique, littérature, histoire).
Tout cela n’a pu se mettre en place que grâce à un investissement humain énorme de la part des acteurs du projet, en tout premier lieu les enseignants concernés, heureusement soutenus par le service de coopération linguistique et éducative de l’Ambassade de France : formation linguistique (objectif DALF pour tous les professeurs de DNL), formation méthodologique, création de matériel pédagogique, la liste des tâches est longue… C’est à la fois sur place, en formation continue, que cette formation s’effectue avec l’équipe des lecteurs français de l’Ambassade de France (cinq cette année) mais c’est aussi, occasionnellement, en France, lors de séjours dont les objectifs varient et sont adaptés en fonction des besoins spécifiques des participants, que les professeurs de DNL affûtent leurs compétences ; c’est aussi un investissement financier conséquent.
Il faut reconnaître que beaucoup de travail reste encore à faire. Il est vrai que l’instabilité politique de la Macédoine ces années passées n’a pas permis aux enseignants de poursuivre un travail de fond en la matière puisque les responsables n’étaient, soit pas suffisamment longtemps en poste, soit préoccupés par les problèmes politiques. Du côté des enseignants de DNL, nous avons cependant obtenu de la part du ministère une décharge horaire de deux heures hebdomadaires sur nos emplois du temps. Ces conditions particulières sont bien sûr une reconnaissance du travail effectué. Du côté des élèves, une attestation délivrée par l’ambassade de France officialise le cursus suivi et ainsi les dispense du test linguistique pour postuler dans les universités françaises.
Depuis peu, le ministère de l’Éducation macédonien a nommé un responsable à l’enseignement de la langue française en Macédoine. Et cela représente une avancée considérable.
D’indispensables partenariats
Les effets d’une telle décision se font déjà sentir. Une nouvelle dynamique s’instaure, le réseau bilingue en Macédoine se renforce grâce à une meilleure communication et coordination entre tous ses acteurs : le ministère, l’ambassade de France, les établissements concernés et les enseignants. Mieux encore : une perspective régionale et internationale se dessine, les échanges d’expérience, les rencontres, les sessions de travail se multiplient entre les acteurs du bilingue dans les Balkans ; la Macédoine coopère étroitement avec l’Albanie ; la Bulgarie continue d’être un proche partenaire. Concrètement, les invitations aux séminaires de formation se croisent et se multiplient.
L’Université d’été d’Ohrid, qui regroupe plus de 130 professeurs de et en français chaque année, est une parfaite illustration de cette régionalisation. Plus périodiquement et à une moindre échelle (séminaires bimestriels en Macédoine), cette politique s’impose naturellement.
Cette année est un tournant pour le bilingue en Macédoine ! Grâce à un partenariat tripartite entre l’IUFM de Lille, le service de coopération éducative de l’ambassade de France et le ministère de l’Éducation et des Sciences, la perspective internationale se donne encore plus les moyens de son développement. L’expertise de Lille est incontestablement une valeur ajoutée au projet. La création par l’IUFM d’une plateforme internet consacrée à l’échange de matériel pédagogique pour l’enseignement bilingue (www.frontières.iufm-lille.fr) représente une réelle avancée. Lille est aussi un centre de formation : en novembre 2003, des professeurs de Macédoine et d’Albanie y ont suivi un stage de 15 jours.
Il est à noter que le CIEP joue aussi un grand rôle dans ce processus de formation et de réflexion. Celui-ci se concentre autour des thèmes suivants : l’évaluation, la certification, la conception et la circulation des documents pédagogiques, le statut et la promotion de l’enseignement bilingue. Les professeurs de Macédoine, organisés en groupe de travail, avancent chaque jour un peu plus sur ces questions. Le projet est donc entré dans une nouvelle phase : développer une synergie interrégionale relative aux problématiques inhérentes à l’enseignement bilingue.
Le français, langue de partage
Cela dit, les équipes concentrent aussi leurs efforts sur des problèmes spécifiques à la situation en Macédoine. L’harmonisation des modalités de fonctionnement des classes bilingues doit être finalisée. Cela devra être ratifié par le ministère de l’Éducation macédonien grâce à la signature d’une convention cadre. En effet, la réforme du baccalauréat actuellement en cours doit être l’occasion d’introduire un programme et un diplôme spécifiques au cursus bilingue. Compte tenu de l’accroissement des effectifs dans le bilingue, le rôle de concepteur et de formateur des enseignants s’impose. Une revalorisation de leurs perspectives de carrière doit être envisagée. Ils savent pouvoir compter sur l’ambassade de France pour les soutenir dans toutes ces démarches qui doivent aboutir puisqu’elles sont la condition de la pérennité du projet.
Malgré tout le chemin qu’il reste à parcourir, nous poursuivons nos efforts car nous sommes convaincus du bien-fondé de notre engagement. Les bénéfices sont énormes pour tous les acteurs du projet : pour les enseignants, les différentes formations suivies et le questionnement (notamment) pédagogique dans lequel ils s’investissent sont des plus enrichissants et valorisants. Pour les élèves, les atouts d’un cursus bilingue ne sont plus à démontrer.
Plus important encore : la dimension humaine d’un tel projet prend véritablement tout son sens en Macédoine : notre pays a traversé des périodes de troubles importants. Le français s’est alors réellement inscrit comme une langue de partage qui nous a permis à tous, enseignants et élèves macédoniens de culture slave et de culture albanaise de nous rapprocher, de continuer à partager et à vivre ensemble.
Il est donc évident que si un tel projet favorise le rapprochement des communautés dans notre pays, il est aussi un facteur du rapprochement avec l’Europe. L’éducation participe à la construction de la conscience citoyenne. Nous sommes fiers d’y participer.
Donka Markova, professeur de mathématiques, Negotino
Nijazi Etemi, professeur de mathématiques, Tetovo
Carte d’identité du pays
Nom : République de Macédoine.
Régime politique : démocratie parlementaire.
Population : 2,4 millions d’habitants.
Histoire contemporaine :
- 1991: Déclare son indépendance (ex-République de Yougoslavie).
- 1998 : Est fortement ébranlée par la crise du Kosovo.
- 2001 : un conflit entre les communautés macédoniennes de culture albanaise et de culture slave éclate. La signature des accords d’Ohrid permet de pacifier la situation.
La francophonie en Macédoine :
- 1997 : observateur au sein de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie).
- 1999 : membre de l’OIF.
- 1999 : création de l’Association des professeurs de français de Macédoine.
Place du français :
- deuxième langue étrangère la plus enseignée après l’anglais.
- Nombre d’élèves : 64 758
- Nombre d’étudiants : 2800
- Nombre de professeurs de français : 525
Le bilingue en chiffres :
Nombre total d’élèves aujourd’hui (réparti sur les quatre années de lycée) : 543
Dont :
- 170 pour les classes bilingues français / albanais
- 373 pour les classes bilingues français / macédonien
- 351 filles
- 192 garçons
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