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Le courrier des internautes : Le français hors des sentiers battus



D’Algérie, d’Allemagne, du Brésil, de Croatie, d’Espagne, de France et de Slovaquie, vous avez, encore une fois, été nombreux à répondre à notre question du mois dernier1. Voici une sélection de vos réponses.

Septembre-octobre 2004 - N°335


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

« J’ai connu une personne qui a appris le français de manière non conventionnelle, nous apprend Abderrezak Amara, de l’université de Mostaganem (Algérie). Il s’agit d’un vieux voisin qui, par des pratiques quotidiennes du français en situation de communication avec des locuteurs français présents en Algérie durant l’époque coloniale, a su intérioriser cette langue et a fini par la manier sans aucune difficulté. L’exercice de sa profession de marchand de légumes, la discussion avec les clients et le contact quotidien avec les autres marchands français, dans les halles et au marché, lui ont permis d’acquérir d’abord un professionnalisme, ensuite un savoir-faire langagier lié au jargon commercial. » Bel exemple d’apprentissage du français par immersion ! Une immersion qui peut aussi être aidée par l’école. C’est le cas pour Marina, fille de Maria Cristina Coelho, Brésilienne venue vivre à Nantes dans le cadre des accords de coopération France-Brésil : « Elle avait presque 4 ans. Elle est arrivée juste pour la rentrée des classes. Chaque soir, elle rentrait contente à la maison, sans rien comprendre du français que la gestuelle et les bonnes intentions des enseignantes de l’école maternelle. Et nous avons quitté la France avec une fille parlant un français parfait, appris de manière uniquement orale ! »

En bruit de fond

Cas de figure totalement inverse, Soline Vaillant, lectrice à Split (Croatie), nous parle, elle, d’une « personne qui a appris le français avec la méthode Assimil exclusivement. Son niveau est étonnant. Il a passé toutes ses soirées à écouter les cassettes d'Assimil tout en faisant autre chose en même temps. Il dit que ce « bruit de fond » entre dans l'inconscient. Il consacre également chaque jour environ quinze minutes à lire une leçon et à l’étudier. » Un peu similaire est le cas évoqué par Marie-Thérèse Barrès, de l'Université de Toulouse Le Mirail : « J’ai eu une étudiante dans ma classe, qui avait appris le français uniquement avec un dictionnaire ! Elle possédait les mots, il suffisait de les dire... C’était une réfugiée politique afghane. Arrivée en France, elle s'est efforcée d'imiter, de communiquer. Pendant les cours, elle manifestait une telle motivation que son apprentissage a été très rapide. » La pratique de la lecture en solitaire revient souvent dans les réponses. Horst-Juergen Herbert, de Baunschweig (Allemagne) évoque son propre cas : « Depuis une année, j'essaye d'apprendre le français en lisant le journal Le Monde sur l'internet. J’ai 50 ans et j'aime beaucoup le français, une langue que je n'ai pas pu apprendre dans ma jeunesse car j’ai vécu derrière le rideau de fer et dû apprendre le russe. Comme je parle aussi le roumain et un peu d'espagnol, je n'ai pas de grandes difficultés à lire en français. C'est de l'entretien passionnant et pas trop cher. » Monica Bustamante, de Valladolid (Espagne), nous parle, elle, de son mari : « Il est, et a été depuis son plus jeune âge, passionné de musique. Ne connaissant pas un seul mot de français, il s'est abonné à des magazines (d'abord Rock&Folk, puis Les Inrockuptibles) et, peu à peu, il est arrivé à presque tout comprendre dans des articles qui sont difficiles pour moi, professeur de français. Son objectif, la compréhension écrite, est atteint, et de manière autodidacte ! »
Mais il n’y a pas que la lecture, dans la vie ! « Je connais deux personnes qui ont appris le français... en regardant la télé, grâce aux images et au support de l'histoire (fiction) ou du message (pub), écrit Mireio Pradel. Un camarade italien et une jeune épouse migrante originaire du Maghreb, un peu cloîtrée, qui a mis à profit son isolement pour apprendre la langue de son pays d'accueil. »

Apprendre le slovaque

Et si l’on inversait les rôles ? C’est ce qui est arrivé à Magali Boursier, du SCAC de Bratislava, en Slovaquie : « Je n’avais aucune base de slovaque en arrivant. J’ai maintenant un niveau conversationnel correct, tout en ayant pris très peu de cours. Il se trouve que c’est au cours des « soirées francophones » que j’ai le plus progressé en slovaque. Le principe était simple : réunir autour d’un verre des personnes désireuses de parler français. J’ai gardé les sous-bocks de bière où ont été griffonnés des mots slovaques… » L’étape décisive a été une rencontre amicale : la femme d’un Slovaque francophone, qui prenait des cours de français. « Puisqu’elle progressait en français, je décidai d’aller vers elle et de progresser en slovaque : l’amitié fait des miracles… » Et de conclure : « Apprenez les langues ! Allez à la rencontre des langues des autres ! Enrichissez-vous ! »

Jean-Claude Demari



Note

1. La question posée sur www.fdlm.org était la suivante : « Connaissez-vous quelqu’un qui a appris le français de manière non-conventionnelle ? Et comment ? »



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