Il y a, au Sénégal, quelques-uns des meilleurs cinéastes du Continent, voire du monde. Il suffit de se plonger dans l’œuvre de Moussa Sene Absa pour en être persuadé… Et de courir pour découvrir sa dernière œuvre (récompensée par l’Ours d’Argent de la meilleure musique à Berlin en 2003), histoire de mettre la théorie en pratique !
Disons-le sans ambages, Madame Brouette, est un film formidable et, surtout, revigorant. La superbe Mati arpente les rues et le marché de Dakar en poussant sa brouette, d’où son surnom, chargée de divers biens de consommation courante qu’elle vend pour pouvoir offrir une vie moins difficile à sa petite fille. Divorcée, elle ne peut, en effet, compter que sur elle-même et sur son courage. Travailler ne lui fait pas peur et son désir le plus cher est d’ouvrir avec une amie, elle aussi rescapée d’un mariage violent, une gargote au bord de l’Océan. Mais quand l’amour, en la personne de Naado, refait surface, Mati se surprend à rêver de nouveau et à conjuguer le bonheur au présent… Madame Brouette est une éternelle romantique !
Mais bon, Naado, policier corrompu, ne se révèlera pas à la hauteur des espérances de la belle commerçante et finira troué de part en part de balles de revolver tirées par sa compagne, sur le sable devant leur maison. Diable, comment donc, s’interrogent enquêteurs et voisins (qui ont bien leur petite idée !), Mati a-t-elle bien pu en arriver là ?
Comédie dramatique, Madame Brouette reflète, si j’ose dire, toutes les cordes que le réalisateur a à son arc… En effet, Moussa Sene Absa excelle aussi bien dans la peinture que dans l’écriture et la musique. Qualités artistiques que l’on retrouve à chaque image, dans chaque plan. Costumes réussis, décors archi-pensés et BO extra (signée Majoly, Madou Diabate et Serge Fiori, elle mêle, avec bonheur, sonorités de mbalax, salsa, ou encore classique) font de ce long-métrage un moment particulièrement agréable.
À noter aussi que le film (co-produit par le Canada, le Sénégal et la France) a été tourné en français car, explique Moussa Sene Absa, « à l’origine, j’avais l’intention de le tourner moitié en français, moitié en wolof (…). Les intellectuels africains vivent une dualité qu’ils refoulent (…). Ils parlent français entre eux, ils mangent à table en français chez eux (…), mais quand ils tournent un film, ils le tournent dans leur langue (…) ! Tant que j’écrirai en français, je tournerai en français. Je suis fier d’être francophone. Mais ça ne veut pas dire qu’on peut m’imposer une culture… ».
Et puisqu’il faut conclure, écoutons, une fois encore, les propos pertinents et pleins de générosité de ce metteur en scène unique : « J’ai voulu creuser la nature de l’amour, savoir pourquoi certaines personnes restent trente ans ensemble et d’autres deux mois, et pourquoi certaines femmes décident qu’à 35 ans, elles ne veulent plus rien savoir des hommes ! Je voulais faire un portrait de ces femmes… ». Un portrait magnifique dans lequel se reconnaîtront les Africaines bien sûr, mais aussi, et c’est là la grande intelligence et la grande acuité de Moussa Sene Absa, les femmes du monde entier… Et qui sait ? Peut-être même les hommes !
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