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Francis Cabrel et les bodegas



Francis Cabrel, cinq ans après Hors saison et dix après Samedi soir sur la terre, vient de sortir un dixième album intitulé Les Beaux Dégâts. Un album chaud, intime, élégant et, ce qui ne gâche rien, promis au plus grand succès…

Septembre-octobre 2004 - N°335


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Le nouvel album de Francis Cabrel sent le bois. Le bois des guitares, celui des amplificateurs, celui de la flambée dans l’âtre. Le bois du disque « fait à la maison », qui ne permet pas de tricher – et n’y songe d’ailleurs pas. Le titre de ce dixième album, Les Beaux Dégâts, peut aussi s’entendre comme « les bodegas », ces clubs espagnols où un groupe vient interpréter quelques morceaux pendant que le public boit un coup… « C’est un peu comme ça qu’on s’est installés pour réaliser le disque »,confie Cabrel au magazine Chorus (n° 48, p. 72).
Côté titres, on est aussitôt frappé par « Bonne nouvelle » : une rythmique à la Dire Straits, avec guitare assortie, pour une superbe déclaration d’amour à la femme de sa vie. Ce titre donne une des orientations de l’album, optimiste. S’y rattache « Qu’est-ce que t’en dis », autre chanson d’amour (« Deux âmes jumelles, parallèles, assorties »…). Cabrel, comme Moustaki, est un des rares artistes à pouvoir chanter les amours heureuses sans craindre le ridicule, sans doute parce qu’il regarde, lui aussi, vers l’amour courtois mêlé à la poésie du quotidien… Autre bouffée d’optimisme, le magnifique blues « Telecaster », où Cabrel évoque les souvenirs de ses débuts…
Mais Les Beaux Dégâts, comme son titre l’indique, et comme Cabrel nous y a aussi habitués, ce n’est pas que ça : dès son premier morceau, « Les faussaires », le chanteur passe en revue, avec rage et humour, tous les faux-semblants du monde. Une vision qui ne peut pas ne pas faire penser à celle de Globalia, de Jean-Christophe Rufin… Plus d’humour, en revanche, dans « Tête saoule » : il ne reste que la rage devant le spectacle de la misère. « Je ne conçois pas un album qui ne regarde pas le monde comme il va », explique Cabrel au journaliste de Chorus (n° 48, p. 73).
Né le 23 novembre 1953 à Agen (Lot-et-Garonne), Francis Cabrel est le petit-fils de Prospero Cabrelli, paysan italien qui quitte son pays vers 1920 pour devenir métayer en Gascogne. Le père de Francis est ouvrier dans une biscuiterie d'Astaffort, à vingt kilomètres d'Agen. Il lui offre sa première guitare à Noël, en 1964. Dans les années 1970, Francis milite à l’extrême gauche et se fait renvoyer du lycée d'Agen pour indiscipline. Petits boulots. Et déjà écriture de chansons : « Petite Marie », qui figurera dans son premier album, lui permet, en 1974, de remporter un concours. 1977 : premier album, avec « Les murs de poussière ». 1979 : succès fou avec « Je l'aime à mourir », issu de son second album, Les chemins de traverse. Devenu star en trois ans, Cabrel poursuit son trajet de troubadour moderne. Ainsi son troisième album, Fragile, en 1980, est-il propulsé par une nouvelle chanson d'amour, « L’encre de tes yeux ».
Signe particulier : ce fils de Dylan est, depuis plus de vingt ans, l'un des principaux abonnés français aux disques de Platine et de Diamant... Sans doute grâce à l’équilibre délicat qu’il établit entre des atmosphères musicales anglo-saxonnes et des valeurs idéologiques très françaises : la justice et l’amour… Sans oublier son accent du Sud-Ouest, qui ajoute la touche finale d’authenticité à côté des mélodies accrocheuses et des guitares triomphantes. Et qui donne aux albums de Francis Cabrel cette bonne odeur de bois d’amplificateurs…

Jean-Claude Demari





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