L’école secondaire Dzukija d’Alytus s’est forgé au fil des années une forte tradition et réputation dans l’enseignement du français. Celui-ci y est enseigné de manière « renforcée ». Les apprenants qui le souhaitent ont l’opportunité d’en commencer l’apprentissage dès l’âge de 7-8 ans, avec programmes spécifiques et cours adaptés.
Un contexte favorable
Cette réputation de l’enseignement du français est compréhensible lorsqu’on connaît la qualité et le professionnalisme de l’équipe pédagogique en place, les quatorze professeurs de français (dont le directeur et la directrice adjointe) conjuguant leurs efforts afin de maintenir un excellent niveau. De plus, depuis 1999, l’école accueille, pour toute la durée de l’année scolaire, une stagiaire française (stage long du ministère français des affaires étrangères) : cette présence est primordiale tant pour les professeurs que pour les élèves.
Dans cet environnement très favorable, les sections bilingues ont été créées à la rentrée scolaire 2002. Le projet adopté s’est inscrit dans la nouvelle politique de l’enseignement des langues étrangères du ministère lituanien de l’Éducation et des Sciences, afin de favoriser les principes d’une éducation multilingue étendue et de développer la conscience d’une citoyenneté européenne dans les écoles. Un autre objectif annoncé a été de moderniser non seulement l’enseignement des langues, mais de réformer les structures éducatives et les contenus de certaines disciplines non linguistiques comme l’histoire et la géographie.
Un partenariat avec la France
L’école Dzukija propose deux types de filières bilingues, l’une commençant à partir de la seconde classe (8 ans), l’autre à partir de la neuvième classe (15 ans). Pour les élèves qui intègrent la filière bilingue à partir de la seconde classe, un programme d’apprentissage précoce de deux heures et l’intégration de deux modules en français (sport et musique) ont été mis en place. Il en est de même pour les élèves de la troisième classe.
En ce qui concerne les élèves qui intègrent la filière bilingue à partir de la neuvième classe, sept heures d’enseignement en français ont été prévues selon un « programme individuel de préparation à la filière bilingue ». Puis, à partir de la dixième classe, on compte quatre heures de français et quatre disciplines enseignées partiellement en langue française :il s’agit de l’histoire (une heure par semaine, à laquelle il faut ajouter un système de modules), de la géographie (une heure par semaine), de la musique (une heure par semaine) et une à deux heures d’éducation physique et sportive.
Le ministère lituanien de l’Éducation et des Sciences est le commanditaire de ce projet ; il propose un plan d’enseignement et a prévu les financements des professeurs. Mais de plus, ce ministère a souhaité mettre en place un partenariat avec la France incluant coopération et expertise. Ainsi l’ambassade de France en Lituanie s’engage-t-elle à nommer en appui un assistant français sous contrat, à former des enseignants lituaniens, à apporter une aide dans les échanges scolaires, à fournir le centre de ressources en manuels, fiches d’activités, transparents et cédéroms. De plus, l’académie d’Aix-Marseille est sollicitée pour apporter une expertise et un encadrement méthodologique (élaboration des curricula et des modules), pour produire du matériel pédagogique, pour assurer le soutien au projet grâce à la collaboration d’ un inspecteur d’histoire et de géographie et de vingt professeurs français.
Innovations pédagogiques et échanges scolaires
Au cours de cette deuxième année d’existence, la situation se présente favorablement. Le recrutement à la rentrée 2003 (seconde promotion en deuxième et neuvième année) a été très bon, les horaires de français et en français se déroulent comme prévu même si l’école n’a pas encore trouvé d’enseignant lituanien francophone d’histoire ; c’est pourquoi un professeur français d’histoire-géographie assure les cours d’histoire en dixième classe…
En France, le partenaire principal de l’école Dzukija est le lycée Fourcade de Gardanne, près de Marseille. Avec cet établissement, nous avons présenté un projet Coménius : déplacement en Lituanie de 26 élèves français en mars et de nos élèves lituaniens en France au mois de mai. Les élèves de dixième ont chacun leur correspondant : ils ont d’ailleurs présenté à l’école une exposition intitulée « Nos correspondants en France ».
Malgré l’enthousiasme des élèves, des professeurs et des parents, l’établissement rencontre toutefois certains problèmes dans la mise en place de cette filière bilingue. Parmi ceux-ci, on relève le manque, déjà évoqué, d’un professeur lituanien francophone d’histoire, mais aussi des difficultés au niveau de l’évaluation, notamment de l’évaluation finale, non clarifiée par le ministère lituanien, ainsi que le manque de manuels d’histoire et de géographie (seulement un manuel pour deux élèves). Il faut ajouter le problème de l’absentéisme en classe de dixième.
On appréciera néanmoins très positivement les changements survenus à l’école depuis la mise en place de ce projet : création d’un centre de ressources, apport d’innovations pédagogiques dans l’enseignement bilingue de l’histoire et de la géographie, échanges scolaires réguliers, stages de langue en France pour les professeurs de disciplines non linguistiques, et enfin motivation croissante de la part des élèves et de leurs parents.
Des citoyens européens
En conclusion nous pourrons dire assurément que ce projet a mobilisé l’ensemble de l’équipe pédagogique de l’école. Les professeurs de disciplines non linguistiques ont ressenti la nécessité de se perfectionner en français et dans les autres langues étrangères. Les élèves, les professeurs, les parents se sentent plus concernés par leur avenir en tant que citoyens européens. C’est pour cela que l’école, professeurs et élèves, s’est investie dans un projet européen portant le nom de « Printemps de l’Europe »…
Vilija Susinskiene, directrice adjointe de l’école Dzukija, Alytus (Lituanie)
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