Quatrième agglomération française en nombre d’habitants (si l’on y ajoute les deux villes qui la jouxtent immédiatement, à savoir Roubaix et Tourcoing) la ville de Lille est la capitale de la région Nord-Pas de Calais, la plus septentrionale des régions françaises. À ce titre, elle souffre, d’un point de vue franco-français d’une réputation pour le moins mitigée due aux rigueurs de son climat. S’ajoute à cela une histoire régionale récente calamiteuse au plan économique et social : la désindustrialisation des années 70-80 a en effet eu raison du bassin minier du Nord-Pas de Calais et de son textile, principales ressources jusqu’alors de la région, entraînant avec elle son cortège de chômage et la disparition d’une certaine classe ouvrière.
Cette réputation négative tenace se nuance fortement à l’examen de la situation de Lille du point vue européen : située à une heure de train de Paris, à une heure quarante de Londres, à quarante minute de Bruxelles (capitale administrative de l’Europe) et à trois heures trente d’Amsterdam, Lille bénéficie d’une situation géographique privilégiée au carrefour européen de ces pôles nationaux. La ville de Lille a réussi, en jouant de cette proximité, une brillante reconversion dans les activités du secteur tertiaire.
La capitale des Flandres
La désignation de Lille comme capitale culturelle de l’Europe en 2004 résonne alors comme une consécration pour cette ville naguère meurtrie mais au passé lointain prestigieux, trop rapidement oublié : Lille est en effet la capitale des Flandres et à ce titre fut un objet de convoitise constant entre les royaumes d’Espagne et de France au XVIIe siècle.
C’est cette singularité flamande en France que la ville de Lille, après avoir réhabilité son centre historique et notamment sa Bourse du commerce, due à Philippe IV d’Espagne, a choisi de mettre en avant dans la cadre de Lille 2004, en offrant, en son Palais des Beaux Arts (deuxième collection permanente française après le Louvre) une vaste rétrospective de la carrière d’un des plus célèbres peintres flamands, Pierre Paul Rubens (1577-1640). 160 œuvres majeures (tableaux, tapisseries, esquisses ou dessins) montrent un peintre à l’aise dans tous les genres, champion de la peinture de la Contre-Réforme d’une très catholique Flandre. Depuis Anvers en 1977, jamais une aussi vaste exposition ne lui avait été consacré. Enfin la fête des Géants du 10 juillet complètera cet hommage de sa capitale à la culture flamande : un projet de création d’une Maison des Géants à Lille est par ailleurs à l’étude.
Lille, capitale européenne
À l’heure où l’Europe s’élargit, Lille étend sa propre dimension en célébrant les cultures d’Europe et du monde entier, dans le cadre de ses « mondes parallèles », 30 mondes qui correspondent à trente week end thématiques (l’eau, la soupe, le tango, etc.) ou géographiques qui constituent la colonne vertébrale de cette année culturelle lillloise.
L’Europe d’avant l’élargissement est ainsi à l’honneur avec les fallas de Valence, ces sculptures monumentales de bois léger et de papier mâché, dont l’embrasement marque l’ouverture de la deuxième saison de Lille 2004 : hommage de Lille à son passé espagnol et à son présent européen…
L’Europe de l’élargissement est également célébrée avec le monde parallèle consacré à la Pologne : Nova Polska accueille les talents théâtraux, picturaux, et surtout musicaux (jazz, house, rock, rap et punk) des jeunes artistes. Hommage de Lille aux immigrants polonais qui vinrent travailler dans les mines du nord et accueil de la nouvelle et jeune Pologne de 2004.
Pour un rayonnement international
Mais Lille entend bien également étendre son rayonnement au monde. Le combat francophone n’est pas absent de Lille 2004 avec le monde parallèle consacré à Montréal : soixante artistes du Canada français sont ainsi invités à faire découvrir leurs talents.
Enfin en cette année 2004 qui est aussi celle de la Chine, Lille se met aux couleurs de l’Empire du Milieu : Shanghaï offre sa rambla à l’avenue Faidherbe en face de la gare Lille-Flandre et son pavillon du thé s’installe sur la place du Théâtre. Enfin l’opéra de Lille accueille la compagnie shanghaïenne de l’Opéra de Pékin pour des représentations de la légendaire histoire du serpent blanc. Une ambition de rayonnement international pour la capitale des Flandres.
Laurent Hermeline
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