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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Le français aux Jeux olympiques d’Athènes : tous les records battus !



Équipes d’accueil francophones, programmes de formation, publications en français… Aucun doute : le français sera sur le podium des langues représentées aux prochains J.O. !

Juillet-août 2004 - N°334


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Il y a toujours un moment d’émoi lorsqu’on évoque la place et le statut du français dans les institutions internationales ou lors d’un grand événement mondial. Les Jeux olympiques, du 13 au 29 août, mais aussi les Paralympiques, du 17 au 28 septembre, fournissent à la Grèce une occasion exceptionnelle d’affirmer la place du français. Ce n’est pas un hasard, en effet, si la Grèce a choisi précisément l’année du « retour des Jeux » dans leur pays d’origine pour être candidate à rejoindre officiellement la Francophonie1. Les répercussions de ce geste se font déjà sentir.

Francophonie et olympisme : des valeurs partagées

Le lien entre francophonie et olympisme est fondé sur un ensemble de valeurs partagées. Le Relais de la Flamme, symbole d’unité universelle, de fraternité et de paix, qui reprend l’idéal exprimé par Coubertin, fait écho, pour la première fois sur les cinq continents, aux paroles de solidarité et de promotion de la diversité culturelle exprimées par le Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Abdou Diouf.
D’autre part, le sens du partage et le dialogue entre les peuples constitue la base de l’olympisme comme de la francophonie. Ne rappelons qu’un seul moment historique fort : le tour d’honneur offert à Barcelone par Derartu Tulu, la première africaine noire championne olympique, à sa concurrente sud-africaine.
C’est pour célébrer cette convergence des valeurs que le concours Francophonie 2004 organisé par l’institut français d’Athènes (IFA) à l’intention des élèves grecs s’est ouvert à des établissements de pays francophones (voir FDLM n°331). Le rapprochement des principes de la francophonie et de l’olympisme trouve tout son sens grâce à l’impulsion politique donnée par la Grèce : l’entrée dans la francophonie en 2004 signifie pour ce pays et pour la francophonie une redistribution des cartes. N’appartenant à aucune grande famille linguistique, dotée d’une place à part en Europe, la Grèce a choisi également pour des raisons historiques en tant que berceau de la démocratie, de rejoindre la francophonie. Abdou Diouf, lors de sa venue à Athènes en février 2004 a rappelé « l’importance capitale que l’Organisation Internationale de la Francophonie attachait au français - en tant que langue officielle du Mouvement Olympique – durant les Jeux olympiques d’Athènes » et annoncé la désignation d’un « grand témoin francophone » pour observer la place et l’usage du français pendant les Jeux.

Une cascade de records olympiques pour la langue française

Si les progrès linguistiques étaient une épreuve olympique, les Jeux d’Athènes se caractériseraient par une triple médaille pour le français. Les modalités d’inscription de la langue française aux J.O. 2004 connaissent en effet une diversification et des actions de pérennisation sans précédent.
Ce type de manifestation passe d’abord par l’engagement humain. Les Jeux d’Athènes suscitent l’enthousiasme : 160 000 propositions pour constituer les équipes de volontaires dans tous les secteurs ont émergé (soit beaucoup plus qu’à Atlanta et Sidney). Parmi ceux-ci, quelques milliers seront sélectionnés dont 20 % de francophones - venus des différents pays de la francophonie mais aussi de toute les sphères de la société grecque, dont bon nombre issus des lycées d’Athènes à dominante de français. Après une formation spécifique à l’Institut français d’Athènes (IFA), ils accompagneront les délégations et les personnalités importantes et seront présents sur les 38 sites sportifs pour accueillir les visiteurs. Une première médaille de bronze serait à décerner à cet engagement.
Les supports d’information papier ou électronique ont été pour la première fois systématiquement proposés en français : outre bulletins et plaquettes diverses, la très belle revue d’information culturelle Athènes 04 est publiée en français, et le cédérom trilingue Info Kit nous apprend tout sur les JO. De son côté, l’IFA, pour compléter les formations intensives au français pour les cadres du Comité national olympique (Athènes 2004) et du ministère de l’intérieur, a produit un kit multimedia, véritable vademecum linguistique distribué aux employés d’Athènes 2004 et des municipalités accueillant des épreuves. Ce kit bénéficie aussi du réseau de distribution commerciale de l’éditeur grec Kauffmann.
Des supports inédits ont été également investis, permettant, sinon une omniprésence, du moins une diffusion différente du français.
Au niveau local, Athènes 2004, d’une part, et la mairie d’Athènes, d’autre part, développent un système de panneaux signalétiques en trois langues dans les espaces olympiques officiels : zones d’accréditation, village olympique, espaces pour les médias, hôtels et hôtels flottants du CIO… mais aussi dans toute la ville : bâtiments historiques, grandes places d’Athènes. Les derniers JO s’étaient déroulés en pays anglophones avec une signalisation parfois bilingue mais beaucoup plus simple à mettre en place. Ces efforts constituent une première, qui a certes un coût mais qui représente une action pérenne. Cette signalisation en trois langues émaillera la ville bien au-delà des Jeux, dans une logique d’hospitalité envers les visiteurs francophones. On déplorera néanmoins que la signalisation en français ne soit pas étendue à l’ensemble des installations et à leurs accès grand public. Espérons que le CIO, qui s’intéresse encore trop peu aux questions linguistiques, s’investira davantage en ce sens à l’avenir.
Il est clair que toutes ces actions en faveur de la francophonie ne sont rendues possibles que par la qualité et la mobilisation remarquables de traducteurs et interprètes professionnels.

Traducteurs et interprètes sur le terrain

Un travail majeur a consisté à parachever le Lexique des sports olympiques (Jeux d’été), désormais disponible en version trilingue (français, anglais, grec), en coopération entre l’Institut National du Sport et de l’Education Physique (INSEP) et l’IFA via son Centre Européen de Formation à la Traduction Professionnelle. Le succès de ce lexique auprès des enseignants – à qui il n’était pas destiné d’abord – témoigne de la qualité du travail effectué. C’est un excellent outil linguistique pour tous, en version papier, cédérom ou sur internet.
L’autre réussite est la traduction systématique, on l’a vu, de tout document relatif aux Jeux ainsi que du site internet mais aussi la disponibilité des interprètes présents. L’effort conjugué de la Délégation générale à la Langue française et aux Langues de France, du ministère des Sports, du ministère des Affaires étrangères, de l’AIF2 et d’Athènes 2004 permet de mobiliser une équipe de 40 traducteurs et interprètes professionnels et d’étudiants (de l’ESIT, de l’ISIT, de l’ITI-RI), qui seront présents dans les stades, assureront un véritable service de presse spécialisé et répondront par téléphone à tous les problèmes de traduction liés aux Jeux. À la tête de cette équipe, Anna Kyrtsou, directrice des services linguistiques d’Athènes 2004, a gagné le pari de la qualité : le travail des traducteurs francophones d’Athènes 2004 a été récompensé par le Trophée de la Traduction décerné par Bernard Pivot lors de la cérémonie des Trophées de la langue française (15 mars 2004). C’est en quelque sorte la médaille d’argent du français aux Jeux olympiques qui a été remportée.

Les Jeux sur internet

Mais la véritable révolution en termes de communication en français pour ces Jeux est liée à l’émergence des sites internet. Le site des Jeux, www.athens2004.com/frqui comprend 30 000 pages, a fait l’objet d’un travail de traduction sans précédent et est proposé intégralement (oui, vous avez bien lu !) en français, à côté du grec et de l’anglais – effort considérable si l’on songe au vide français des sites internet officiels pour les précédents J.O.
Outre des informations sur l’hébergement à Athènes et une billetterie en ligne, ce site présente la description des sports olympiques et fournit l’actualité des Jeux : épreuves-tests, calendriers des compétitions, résultats… Il comprend aussi des domaines pédagogiques et un site Jeunesse. Il est actualisé en temps réel. Ce site en français est une mine d’informations et d’activités autour des J.O. et constitue une ressource pédagogique véritablement inépuisable. Très interactif, il propose de nombreux téléchargements conviviaux et ludiques. De son côté, l’IFA complète le paysage en offrant également un très beau site FLE sur www.agones.org.
Il faut absolument consulter régulièrement ce site passionnant qui mérite sans conteste la médaille d’or du français aux J.O. 2004 (!), voire en faire un outil de travail. Faire grimper les statistiques de consultation en français du site olympique, c’est le meilleur moyen d’aider à la présence du français aux Jeux de Pékin en 2008. C’est même contribuer aux chances de la candidature de Paris pour 2012. Donc, allons tous et le plus souvent possible sur www.athens2004.com/fr. N’oubliez pas l’extension /fr !

Médias et francophonie

Cet ensemble d’actions pour le français aux J.O. d’Athènes est caractérisé par son exhaustivité, sa qualité et sa pérennité. Le français aux J.O. constitue bien un enjeu compris comme tel par la Grèce, pays entrant dans la Francophonie. Il est vrai que des organismes comme l’AIF ont également apprécié cet enjeu et soutenu de nombreuses actions. Le français au moment des Jeux sera donc très présent, y compris dans les médias. Un mensuel en français, véritable guide culturel et artistique, sera diffusé à 60 000 exemplaires dès le 21 juin, jour de la fête de la musique. Les radios d’Athènes rediffuseront tout l’été RFI et des programmes spécifiques en français.
Pourtant, l’effort reste à poursuivre en direction des médias. Au-delà de la retransmission télévisée 24h/24 sur France Télévision, sans doute des initiatives conjointes des médias francophones seraient-elles souhaitables. Par ailleurs, afin de renforcer chez les athlètes le sentiment d’appartenir à la francophonie, des pistes nouvelles sont à explorer. Un effort de communication doit être mené en direction des délégations francophones, afin qu’elles prennent connaissance et conscience de toutes les actions présentées plus haut en faveur du français, et qu’elles s’inscrivent également dans cet esprit. Pourquoi pas des rencontres amicales autour des sportifs francophones ? En tout cas, les médias devraient leur donner l’occasion de s’exprimer en français.
Au regard du nombre de spectateurs et de téléspectateurs qui auront cet été les yeux rivés sur la capitale grecque, ces actions de promotion du français prennent une importance toute particulière. La présence du français dans les images « permet de véhiculer l’idéal olympique auprès de millions de francophones – jeunes et moins jeunes - dans une langue qu’ils maîtrisent, avec des mots qui les interpellent et dans lesquels ils se reconnaissent » (A Diouf).
Ainsi la présence du français aux J.O. va désormais très au-delà des dispositions générales de la Charte Olympique. Les J.O. d’Athènes, qui constituent selon le souhait de la Grèce le renouveau des Jeux et le renouveau de l’esprit olympique, repositionnent le français langue du sport : c’est plus que jamais l’affaire de tous les membres de la francophonie.

Stanley Hilton

Trois questions à Anna Kyrtsou, directrice du service linguistique

Quel travail de traduction avez-vous accompli pour les JO ?

C'est la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques modernes que la présence francophone, dans un pays non francophone, est aussi importante. Le français, le grec et l'anglais sont sur un pied d'égalité. Et pourtant nous n'avions aucune obligation contractuelle a opérer autant de traductions. Pensez que depuis avril 2002, nous avons déjà traduit environ 30 000 pages! C'est grâce aux convictions de la Présidente du Comité Mme Gianna Angelopoulos-Daskalaki que cette démarche multiculturelle a été entreprise. Ainsi, tout visiteur francophone du site, tout athlète, officiel ou journaliste qui préfère communiquer en français voit son vœu exaucé. Plus de 30 % des cadres du COJO d'ATHÈNES 2004 travaillant dans le domaine de la communication, les médias, au service du protocole, des CNO, du CIO, de l'éducation olympique, des relations publiques etc. sont francophones. Cette possibilité de communication en français est offerte à nos interlocuteurs depuis quatre ans.

Quelle suite va être donnée à vos efforts ?

Nous sommes convaincus d'avoir très bien travaillé - et nous en sommes très fiers - pour les Jeux olympiques d'Athènes. Notre programme d'éducation olympique, disponible aussi en français, a cherché à faire connaître les principes et les voix de l'olympisme à toute la jeunesse du monde. Nous sommes également certains de faire preuve de l'esprit éternel de filoxenia (hospitalité) à l'égard de tous les francophones lors des Jeux. Néanmoins, les Jeux et l'olympisme changent d'épicentre tous les quatre ans. Nous avons mis la barre très haut... et les futures villes hôtes vont - elles pouvoir relever le défi ? Cela dépendra dans une grande mesure de l'influence que les centres de pouvoir francophones exerceront sur elles, de leurs préférences culturelles et du soutien du CIO.

Que retenez-vous de cette expérience ?

La passion, le dévouement de tous ceux qui se battent pour le français. La facilité de contact entre personnes qui, malgré leur origine et leur parcours très différents, partagent un même héritage francophone et travaillent en parfaite harmonie. Nous avons vécu une merveilleuse aventure des relations humaines qui, malgré les difficultés ponctuelles, nous donne la profonde satisfaction d'avoir fait ce que nous pouvions faire de mieux.

Notes

1. Les États généraux de la francophonie en Grèce se tiendront à Athènes du 2 au 5 décembre 2004. Différents forums réuniront les professeurs de français, le monde universitaire, les collectivités territoriales, les entreprises, les médias et les industries culturelles.
2. L'Agence Intergouvernementale de la Francophonie apporte un soutien financier sans lequel de nombreuses actions originales n'auraient pu voir le jour : programmes de traduction et d'interprétariat, signalisation en français dans les musées publics grecs; exposition Pierre de Coubertin ; magazine Athènes en fête, émissions de radio, etc.



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