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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Entretien avec Barbara Hendricks
« La musique comme passeport »



Euroaméricaine et francophone convaincue, la cantatrice de renommée internationale Barbara Hendricks nous fait partager son amour de la musique et sa défense énergique des droits de l’homme.

Juillet-août 2004 - N°334


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Le français dans le monde est la revue de la fédération internationale des professeurs de français. Tous les deux mois, elle vous propose une centaine de pages d'articles, de conseils et de fiches pédagogiques sur le thème de l'enseignement du français langue étrangère. Pour recevoir Le français dans le monde chez vous, il suffit de s'abonner. Les étudiants, les personnels des alliances françaises et les membres des associations de professeurs de français bénéficient de tarifs réduits. Nous vous proposons sur ce site chaque mois une sélection d'articles de la revue.
 
  

Comment avez-vous appris ce français que vous parlez si parfaitement ?

Je suis très attirée par le français depuis mes 14 ans. J’ai eu mon premier contact avec cette langue au collège. Mais j’ai souvent dû changer de ville à cause du travail de mon père, qui était pasteur. J’ai ensuite commencé l’espagnol. Puis j’ai tout oublié… C’est à la Juilliard School, l’école de musique de New York, que j’ai décidé d’étudier de nouveau le français pour mieux pouvoir m’intéresser aux mélodies et aux opéras chantés dans cette langue. Mon professeur, Jennie Tourel, était russe, mais elle avait fait la plus grande partie de sa carrière en France. Elle m’a communiqué sa passion pour la musique et la langue françaises, les mélodies de Debussy… J’adore chanter en français : c’est peut-être la musique française qui m’a touchée le plus, avant la langue…
À la Juilliard, nous devions apprendre chaque année une langue : j’ai appris l’italien, puis le français. Trois heures tous les matins… Enfin, j’ai rencontré mon futur mari en Suède, mais il est ensuite allé travailler en France. Il était plus facile pour moi de venir en France que pour lui de partir travailler aux USA… Je pouvais lire le français, sans problème, mais parler m’était très difficile. Ce n’est que lors de mon second été à Aix-en-Provence que j’ai commencé à oser le faire. Les gens du Sud me semblaient plus indulgents que les Parisiens… Pour améliorer tout ça, j’ai étudié, aussi, à l’Alliance française de Paris…


Votre formation d’origine est celle d’une scientifique : vous avez une licence de mathématiques et de chimie de l’université du Nebraska… Quelle vie professionnelle envisagiez-vous, quand vous étiez enfant ?

J’ai toujours chanté. Mais je n’avais pas du tout l’idée d’en faire ma carrière car je ne venais pas du milieu culturel de la musique classique. Ma mère était professeur. Je savais que je pouvais l’être, c’était ma voie naturelle. J’aime beaucoup le cadre universitaire, les campus. J’aurais pu devenir professeur de chimie ou de maths dans une université…
J’étais douée pour les sciences, certes, j’avais même une passion pour ça. Mais voilà, à côté, je chantais… À l’église par exemple. Et là, quelqu’un m’a entendue et m’a « branchée » sur un festival où j’ai rencontré Jennie Tourel, mon futur professeur de la Juilliard… Ce n’était pas un rêve. Je me suis dit : « Voilà, j’ai un talent que je dois suivre pour voir ce que je peux en faire. Et je dois m’y donner à fond. » Mais, après la Juilliard, j’ai quand même recommencé l’université. Si la chance ne m’avait pas souri, j’aurais dit à mes enfants : « J’ai essayé de faire quelque chose d’extraordinaire. Et, maintenant, je suis heureuse de faire ce que je fais. »

Vous chantez aussi le jazz et les negro spirituals. Existe-t-il pour vous des hiérarchies musicales ?

Surtout pas ! Tout vient de mon éducation musicale à l’école, sans frontières, avec le Messie de Haendel, les Cantates de Bach, les negro spirituals… C’est pourquoi j’ai une curiosité sans fin, j’ai toujours envie de savoir, d’apprendre. En ce moment, je participe à la création d’une pièce d’Arvo Pärt à Beauvais, dans le Nord de la France et, en novembre 2004, je serai, au Châtelet, à Paris, dans une autre création, celle d’Angels in America, par le compositeur Peter Eötvös, à partir de la pièce de Tony Kushner… J’ai également donné un récital à Nohant pour le bicentenaire de la naissance de George Sand, sans oublier de nombreux concerts de jazz avec un quartet suédois ! Cela me nourrit de pouvoir découvrir des musiciens différents, y compris de tout jeunes musiciens de jazz…

Mozart semble être votre compositeur fétiche. Vous jouez, dès 1978, le rôle de Suzanne dans Les Noces de Figaro, à Berlin…

Mozart, c’est mon compagnon constant depuis le début. Avec Debussy. Je lui dois ma santé vocale car j’ai toujours voulu bien pouvoir le chanter. C’est sa musique qui nourrit ma voix…

On dit que la musique est un langage universel. Tous les publics dans le monde réagissent-ils de façon identique à une même œuvre ?

Si je chante en français pour un public français ou en espagnol pour un public espagnol, il y a toujours un petit peu plus d’attention. Mais ce n’est pas le principal… L’essentiel, c’est qu’il passe toujours, avec le public, une communication universelle. Une expression humaine qui rappelle que l’on fait partie de la même famille, celle de l’humanité. Les gens du monde ont tellement besoin aujourd’hui d’avoir des choses qui les unissent ! Et la musique est là pour ça.

Vous êtes Ambassadeur de Bonne Volonté auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU depuis 1987 et Ambassadrice honoraire perpétuelle auprès du HCR depuis 2002. Le drame des personnes déplacées vous semble-t-il un problème clé de notre monde ?

J’ai toujours été très intéressée par les Droits de l’Homme, depuis la lutte pour les droits civiques des Noirs aux USA et les luttes pour les droits des femmes… Quand le Haut Commissariat est venu me chercher, je me suis dit : « Là, je peux mettre en action ce en quoi je crois sur les droits de l’homme ».
Le HCR devait être une organisation temporaire : on lui avait donné un mandat de trois ans à la fin de la Deuxième guerre mondiale… Et, aujourd’hui, il y a encore vingt millions de personnes déplacées… Il y a une vingtaine d’années, les pays donateurs au HCR ont voulu donner moins. Quelqu’un a alors eu l’idée d’organiser le HCR un peu comme l’UNICEF, avec des Ambassadeurs de bonne volonté. J’ai voulu aller voir par mes propres yeux… À partir de 1989, je suis allée en Zambie, en Malaisie, au Cambodge. Plus récemment en Tanzanie et au Rwanda. Ce que je fais là, c’est mon devoir de citoyen, en utilisant les moyens que l’on met à ma disposition.

De manière plus générale, vous êtes très impliquée dans la vie civique…

Quand je vois des gens qui votent, qui manifestent, pour la paix, contre la guerre, je me dis que la démocratie, ça marche. C’est l’espoir pour notre monde, même si l’on a parfois des dirigeants méprisants pour l’électorat et les citoyens. Je suis heureuse que les jeunes, comme en France après le 21 avril 2002, voient que ça vaut la peine de participer, de voter, d’agir. Et j’ai de plus en plus d’espoir.

Pourquoi avez-vous choisi de vivre en Europe dès 1977 ?

Pour vivre aux côtés de mon mari, simplement (rire). Et, après 25 ans, je suis encore là. Je me sens fondamentalement citoyenne du monde et mon passeport est la musique. Mais je suis quand même, aussi, fondamentalement européenne. L’Europe de mes rêves sera sans doute seulement celle de mes petits-enfants, mais elle vaut la peine d’avoir de la patience : droits de l’homme, solidarité, plus jamais de guerres…
J’ai un passeport suédois, mais je reste aussi très américaine, puisque toute ma vie de petite fille s’est déroulée aux États-Unis, dans l’Arkansas. Je suis née un peu dans l’apartheid. Toutes mes convictions pour la démocratie viennent de là.

Vous avez lancé une Fondation pour la Paix et la Réconciliation en 1998. Dans quel but ?

Pour me donner un cadre en lien avec les réfugiés, mais en ayant mon indépendance. Nous soutenons tous les ans un Prix pour les Droits de l’Homme. La Fondation travaille beaucoup avec Handicap International. Je veux être là quand il y a des choses à faire. Pour être responsable.

La culture est aussi, parfois, une raison pour faire la guerre… Est-ce pour cela que vous avez été Conseiller spécial pour l’Interculturel auprès du Directeur général de l’UNESCO ?

C’était à l’époque de Federico Mayor… Celle de la guerre en Bosnie. Ma mission consistait à donner des conseils sur la culture, pour lutter contre l’idée « ma culture contre la vôtre », comme cela a été le cas au Rwanda ou au Kosovo. J’essayais d’impulser les discussions sur ce fait absurde : que la culture soit effectivement une raison pour faire la guerre, alors qu’elle appartient à tous. Culture indienne, musulmane, chrétienne ou autre : toutes apportent quelque chose à l’humanité.

Avez-vous un message particulier à faire passer aux enseignants ?

Que la clé pour l’harmonie dans le monde et l’harmonie personnelle, c’est l’éducation, l’éducation et l’éducation ! Il faut faire réfléchir les jeunes, qu’ils viennent avec des idées. Ceux qui ont la tâche d’inspirer nos jeunes sont les gens les plus précieux du monde, juste après les pères et les mères…

Propos recueillis par Françoise Ploquin et Jean-Claude Demari

Filez sur la toile ! Pour toute information biographique ou sur les concerts de Barbara Hendricks : www.barbarahendricks.com

Quelques dates dans la vie de Barbara Hendricks
- 20 novembre 1948 : naissance à Stephens, Arkansas.
- 1968 : licence de mathématiques et chimie à l’université du Nebraska.
- 1971 : sort de la célèbre Juilliard School de New York.
- 1974 : débuts sur scène à l’Opéra de San Francisco, puis au festival de Glyndebourne, au Royaume-Uni.
- 1987 : devient Ambassadeur de bonne volonté pour le HCR des Nations Unies.
- Noël 1991 et Noël 1993 : concerts de solidarité à Dubrovnik puis à Sarajevo.
- 1998 : création de la Fondation pour la Paix et la Réconciliation.

Une sélection d’enregistrements

- Debussy : Mélodies (dir. Michel Béroff). EMI 1985.
- Mélodies françaises (dir. Michel Dalberto). EMI 1996.
- Mozart : Airs de concerts et d’opéras (dir. Jeffrey Tate). EMI 1984.
- Mozart : Airs sacrés (dir. Sir Neville Marriner). EMI 1987.
- Negro spirituals (dir. Dmitri Alexeev). EMI 1983.
- Schubert : Lieder (avec Radu Lupu). EMI 1993.
- Tribute to Duke Ellington (avec le Monty Alexander Trio). EMI 1994.



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