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Elista : têtes de litote



Prendre pour nom de groupe celui de la capitale de la République autonome de Kalmoukie, au Nord de la Tchétchénie, est forcément signe d’une certaine distinction. Tout comme le fait d’être un quintette qui monte sur scène à quatre. Elista n’a pas fini de nous étonner.

Juillet-août 2004 - N°334


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Musiques et voix ont aujourd’hui une pénible tendance, dans les musiques de grande consommation, à pratiquer l’hyperbole. Nous ne parlons pas ici forcément des chanteuses à voix canadiennes ni du pseudo r’n’b français, mais les unes et l’autre participent indiscutablement de ce triste capital musico-social. C’est dire si la découverte d’un groupe de rock attaché à la litote est non seulement reposant mais profondément épanouissant.
Elista, dans sa musique comme dans ses textes, a visiblement le projet de dire le moins pour faire entendre le plus. L’atmosphère musicale est à la tension, à la nervosité : deux guitares, une basse, une batterie. Et basta. Discrétion, efficacité. Les mots, parfois marqués d’un certain cynisme pop, portent la même marque (« Rendors-toi », excellente réécriture de « Lolita nie en bloc », de Noir Désir ; ou encore « Déçu du paradis »). Rarement l’amour triomphe, et encore le fait-il discrètement. Il porte alors les meilleurs morceaux de l’album : « Tu es légère », lancinant aveu et originale déclaration, sans oublier « Tout ce qui me retienne ».
La presse française, portée par le superbe premier succès d’Elista (« Debout, tiens-toi/ On te regarde/ Et c’est ton tour/ Ton tour de garde ») a eu tôt fait d’afficher une filiation avec Mickey 3D. Il faut dire que la voix chantant à peine, la rythmique inventive et les guitares acoustiques peuvent les rapprocher de leurs aînés stéphanois (cf. FDLM n° 321, p. 71, et n° 330, p. 63). Bonne référence, tout comme celle à Noir Désir, mais elles ne peuvent, heureusement, cacher la profonde originalité d’Elista : deux morceaux étincelants, « De tous ses feux » et « Perceval » sont là pour le prouver. Et un détail, aussi : Benjamin Peurey, l’adroit parolier et fondateur du groupe, n’est jamais monté sur scène. Car il ne joue d’aucun instrument… Elista était encore inconnu il y a un an. Son histoire rejoint celle d’innombrables maillons exemplaires de la chaîne du rock : trois gamins, Benjamin, François et Thomas, qui se connaissent depuis la cour de l’école, du côté de Melun, banlieue sud profonde de Paris. Puis qui s’ennuient là-bas tout comme on peut le faire à Manchester. Qui essaient de ne pas trop travailler tout en poursuivant des études aux Beaux-Arts ou en fac de Lettres… Alors, l’un sera auteur, les deux autres chanteurs et guitaristes. Leur envie ? Écrire des chansons, les chanter et, aussi, se faire plaisir avec des reprises. Un jour de novembre 2000, ils sont rejoints par un batteur et un bassiste subtils et, aussitôt, lancés dans le grand bain : il s’agit de tenir la première partie, justement, de Mickey 3D dans une salle de concert des alentours de Melun… Coup de périscope dans un dictionnaire : le groupe portera le nom d’une ville de Kalmoukie. C’est toujours mieux que Grozny. Elista est né.

CD : Elista (Epic/ Recall).

Jean-Claude Demari



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