La langue maternelle (L.M.) est à solliciter pour « panser » et pallier les insuffisances de l’enseignement /apprentissage de F.L.E : voilà ce que nous avons appris à travers notre expérience professionnelle. Effectivement, lors d’une expérience menée auprès d’une centaine de lycéens pour les sensibiliser à la poésie française et les amener à la production de poèmes dadaïstes (Atrouz Y., 2003), nous avons remarqué que le recours à la traduction était une action indispensable pour mieux « savourer » et finaliser sa propre production. Lors de cette phase, les élèves préféraient utiliser des dictionnaires bilingues et solliciter parfois l’intervention d’un camarade ou de l’enseignant pour le choix d’un mot en français qui réponde à leur goûts façonnés par leur culture et leur langue maternelle. Cette dernière agissait comme un « filtre » ou un « prisme » à travers lequel doit passer le reflet de la culture étrangère.
Vers une symbiose rentable
C’est « dans l’enseignement de la langue maternelle que se rassemblent les enjeux de toute éducation » (D. Groux et L. Porcher, p. 108). C’est cette langue première qui structure et organise l’ensemble des connaissances. Sa maîtrise forme la charpente de tout le montage enseignement/apprentissage. Dans ce cas, au début de l’apprentissage du français, nous pouvons insérer (même dans les cours en L.M.) des « flashs » qui stimulent l’apprenant. Nous pensons aussi que ce type de stimulation peut se faire même avant le commencement de l’apprentissage du français, ce qui va contribuer à créer une « symbiose » entre les deux langues, à écarter leur rivalité et « arracher » le sentiment de haine qui bloque l’apprentissage de cette langue. D’où la remarque faite par V. Castellotti que la place de la langue maternelle en classe de langue étrangère peut façonner la nature des relations entre les deux langues (Castellotti V., 2001, p.19). À cet égard, nous signalons que lors d’une enquête menée en 2001 à l’Institut de Langue et Littérature Arabe (I.L.A.) qui visait l’identification des représentations culturelles des apprenants de français, 59,81% de nos enquêtés ont déclaré qu’ils voulaient abandonner l’apprentissage du français à cause de l’absence de la traduction (Atrouz Y., p.162).
Ces mêmes considérations nous amènent à plaider pour un recours même partiel à la L.M. dans les cours de français : la traduction est un fait revendiqué et attesté par un grand nombre de spécialistes. Cette activité ne doit pas se limiter à l’enseignement du lexique ou de la grammaire comme ce fut le cas des méthodes traditionnelles mais elle doit être considérée comme une activité « dynamisante » de la relation apprenant/enseignant et apprenant/apprentissage et cela à travers des pratiques qui favorisent la « compréhension » et la « transmission de compréhension ». Ces dernières peuvent être des exercices de comparaisons d’un certain nombre de traductions d’un même texte. Le choix de ces textes dépendra de l’enseignant qui doit prendre en considération l’âge et le niveau linguistique de ses apprenants. La traduction n’est pas un simple acte de sur-codage ou une opération de transfert linguistique mais c’est un processus complexe qui peut être « didactiquement » investi le long de la scolarisation.
Nous pensons que la traduction est une pratique indispensable pour rentabiliser l’apprentissage du français, ce qui nous pousse à déclarer que la complémentarité entre traduction et F.L.E est nécessaire et que le mariage entre ces deux partenaires est légitime par amour et par raison (Nous nous référons ici à la métaphore proposée par V.Castelloti). Toutefois il faut penser sérieusement et dès maintenant à l’élaboration d’une didactique de traduction qui soit compatible avec une didactique de français langue étrangère en vue d’un maximum d’efficacité et de rentabilité .
Youssef Atrouz, Centre universitaire de Souk Ahras (Algérie).
Bibliographie
• Atrouz Y., (2002), Les représentations culturelles des étudiants dans l’apprentissage du français langue étrangère. Cas d’étudiants de l’Institut de Langue et Littérature Arabe de l’Université d’Annaba, mémoire de Magistère. Document non publié.
• Atrouz Y. (à paraître), Le couloir bleu des vers éclatés ou Investissement de la poésie dadaïste dans l’apprentissage du français langue étrangère. Document non publié.
• Castellotti V. (2001), La langue maternelle en classe de langue étrangère, CLE international (Coll. D.L.E), Paris.
• Groux D. Et Porcher L. (1997), L’éducation comparée, Nathan (Coll. Les repères pédagogiques ), Paris.
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