Le premier disque de Jérémie Kisling, Monsieur Obsolète, expose onze étapes d’une vie ordinaire en Helvétie. Cette trajectoire est accompagnée de mélodies épatantes, d’une orchestration peu commune (orgue Hammond, trompette et guitares acoustiques), d’une voix blanche harmonieuse et, surtout, de textes qui flirtent intensément avec le non-sens. « Les paroles de mon disque, précise Jérémie, sont liées à mon enfance un peu introvertie. Les cours de récréation sont brutales. Tout ça a créé une sorte d’enfermement dans une bulle. C’est un très bon moyen de devenir artiste sans vraiment le vouloir… »
Jérémie Tschanz (c’est son vrai nom) naît en février 1976 à Lausanne, puis grandit près de Morges, entre lac de Genève et Jura. Son père, architecte, joue de la guitare, du piano et du violoncelle et chante à ses enfants Brassens, Félix Leclerc et des morceaux de country US. C’est lui qui offre à Jérémie, à 17 ans, sa propre guitare folk, sur laquelle Jérémie joue encore, vingt ans après, dans tous ses concerts… De 9 à 18 ans, Jérémie pratique un éclectisme de bon aloi. Il fréquente le piano classique « avec une nette préférence pour Chopin » et, en même temps, dès 1991, forme Shy (en français : Timide) : « du rock anglophone, quia pris ensuite le sillage de Weezer. Bruyant, assez mélodique, avec des guitares lourdes. » Il écrit aussi des poèmes en français. Il poursuit enfin des études pour devenir instituteur.
« À l’été 2001, reprend Jérémie, j’ai eu envie d’écrire quelque chose de plus intimiste, de sortir un vrai album, en français. J’ai arrêté Shy et pris deux mois pour terminer mes chansons. » Après avoir rencontré un pianiste lausannois bien allumé, Raphaël Noir, Jérémie Kisling forme avec lui le groupe Monsieur Obsolète. Ils tournent en Suisse et produisent un album du même nom, qui sort en Suisse en janvier 2003. Commence une année de rêve : un concert parisien, le 27 janvier 2003, débouche, début mai, sur un contrat avec un label de qualité, qui a déjà produit Carla Bruni. En juillet 2003, Jérémie chante au Paléofestival de Nyon, célèbre tribune des rives du Léman.
Enfin, en octobre 2003, sort la version définitive de Monsieur Obsolète, bel objet pop, et plus encore. Dans l’excellent « Ordinaire », sommet de l’album, Jérémie Kisling et Raphaël Noir mettent tout le savoir-faire mélodique anglo-saxon au service d’un appel à la première femme : mère ou autre. Dans « La liste », sorte de Meilleur des Mondes eurythmique, Jérémie décrit une vie moyenne sans le moindre souci de démonstration ni de réalisme : écologie mise à mal, sens de la propriété et goût de l’informatique… La poésie indéfinissable de « Carambar », quant à elle, fait se rencontrer des images qui n’auraient jamais dû se croiser : « Les filles, c’est chouette/ ça colle aux dents »… Enfin, « Le Bonnet », moment country folk de l’album, sonne comme si Pete Seeger et Zachary Richard pleuraient ensemble pour une blonde : « Je ne touche plus ma télévision sans mitaines/ Mais toi tu m’as dégivré les yeux ». Jérémie Kisling semble bien décidé à jouer avec la musique pop et les mots lunaires pour attaquer en douce les consciences qui sommeillent.
CD : Monsieur Obsolète (Note A Bene/ Naïve).
Et aussi…
Teofilo Chantre, une autre voix du Cap-Vert. Dans Azulando (que l’on pourrait traduire par « bleuissant »), son quatrième album studio, Teofilo Chantre achève d'imposer un ton très personnel, fait de mornas mélancoliques et de swing élégant. On peut y découvrir un duo avec Cesaria Evora et un autre avec l’Angolais Bonga. « Certaines chansons de ce disque ont été écrites il y a quinze ans : je me contente de suivre mon chemin », explique Teofilo . Le chanteur capverdien s’était fait connaître n 1992 dans le sillage de Cesaria Evora, dont il est devenu l'un des auteurs compositeurs préférés, après trois titres composés pour Miss Perfumado, l'album le plus célèbre de la Diva aux pieds nus. (CD : Azulando, Lusafrica/ BMG).
Edmond Sadaka
Patricia Kaas vingt ans plus tard. Après un détour par le Septième art sous la direction de Claude Lelouch, la chanteuse française Patricia Kaas revient à la chanson avec Sexe Fort, un album marqué par une mosaïque de collaborations : Louis Bertignac, Francis Cabrel, Stephan Eicher, Jean-Jacques Goldman, Pascal Obispo, Renaud, Étienne Roda-Gil. Cherchons qui pourrait bien manquer…
La chanteuse, qui a eu 37 ans le 5 décembre 2003 et fêtera ses vingt ans de carrière en 2005, sera en tournée à partir de mai 2004. Patricia Kaas, qui a vu arriver ces dernières années des chanteuses s'exprimant dans un registre proche (Isabelle Boulay, Lara Fabian, Hélène Segara), déclare qu'elle ne se sent pas en concurrence avec ses cadettes : « Nous sommes toutes très différentes. On ne peut pas être tout le temps au sommet. Ma plus grande fierté c'est la durée… ». (CD : Sexe Fort, Columbia).
Edmond Sadaka
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