La FIPF a décidé de placer son Congrès d’Atlanta sous le thème : « Français : le défi de la diversité ». La problématique de la diversité est en effet de plus en plus souvent associée aujourd’hui au français. Quel sens donnez-vous à cette expression ?
Le mot « diversité » doit s’entendre selon moi sous deux ordres d’acception. Un sens externe d’abord, en rappelant la nécessité de maintenir le plurilinguisme dans le monde, et particulièrement en Europe. L’Europe, en effet, est un bouquet de langues et notamment d'idiomes qui, pour un certain nombre d’entre eux, ont un statut international reconnu, dont l’anglais, faut-il le rappeler. Le français constitue un élément nécessaire de cette diversité. Une diversité qui doit être aussi appréhendée de l’intérieur. Les représentations les plus fortement associées au français sont celles d’une culture monolingue. D’où ce paradoxe apparent de vouloir défendre la diversité à partir d’une langue dont l’image se prête mal à ce type d’engagement. La thèse que l’on doit soutenir est que le français doit et peut préserver la diversité, parce que cette diversité, il la porte en lui.
Pour autant, considérons les choses avec réalisme. Le monolinguisme français est une construction historique pluriséculaire, attachée d’abord à l’Etat, puis portée par la Nation. Etat, Nation, Langue, comme vous pouvez le constater, constituent un trépied solide sur lequel s’est construite l’identité nationale française. Culture qui engendre un amour de la langue qui peut avoir parfois des effets négatifs en freinant voire en bloquant une évolution nécessaire (nous pouvons penser ainsi aux heurs et malheurs des différentes tentatives de réforme de l’orthographe). Mais, en même temps, la langue a joué un rôle essentiel dans l’intégration républicaine : elle a permis d’éviter la création de ghettos linguistiques. Comme autre conséquence favorable, pensons à la création de la Francophonie, seule instance internationale fondée sur une langue partagée.
Le territoire français lui-même est lieu de diversités…
On ne saurait effectivement s’en tenir à une image qui est loin de correspondre aux réalités de l’actuelle société française, où le plurilinguisme est infiniment plus répandu qu’on ne le croit, ainsi par la présence au quotidien des nombreuses langues de l’immigration. Le français doit assumer sa diversité, dans ses contacts quotidiens avec d’autres langues, dans la diversité de ses usages auprès de tous les locuteurs de la francophonie. La France dispose d’un patrimoine de langues particulièrement riche qu’elle doit savoir mettre en valeur. Si la langue française est la langue de l’Etat, la langue de l’institution républicaine, un emblème donc, les langues de France constituent un patrimoine. Rappelons-nous que l’occitan fut la langue des troubadours, la seconde grande langue littéraire du Moyen Âge. Certaines langues, telles le francique en Lorraine, le catalan, le basque, à l’articulation de territoires européens, constituent des ponts aux frontières et peuvent grandement contribuer à développer les échanges économiques. Pensons enfin à notre patrimoine ultra-marin, riche de plusieurs dizaines de langues. Convenons de dire que lorsque l’on est francophone, et c’est bien la réalité pour tous les pays de la francophonie, on est bilingue. Le français ne peut ignorer cela.
Mais les systèmes éducatifs, les enseignants, sont-ils prêts à s’engager dans une telle voie ? Les étrangers, par exemple, sont-ils véritablement intéressés par cette approche de la variation dans les usages du français ?
C’est vrai et le défi est là aussi. Problème peu aisé à résoudre tant est installée l’habitude d’un enseignement fondé sur une approche disons moyenne ou unidimensionnelle du français, en référence à une norme qui exclut les variations d’usage trop en écart par rapport à un français standard ou commun. Mais enseigner le français en s’efforçant de faire découvrir la norme et la variation ne me paraît pas impossible. Encore faut-il que nous disposions d’instruments de description appropriés, ce qui n’est pas toujours le cas. Tenez, dans les dictionnaires français, vous trouverez rarement le vocabulaire utilisé quotidiennement dans les différentes régions. Nous ne disposons pas non plus d’un véritable dictionnaire de la francophonie où seraient recensés tous les termes en usage. Je rêve encore à l’établissement d’une grammaire francophone qui décrirait les règles de base communes, en syntaxe : la syntaxe « des » français est en effet partagée dans la plupart des usages. En revanche, serait noté, décrit, tout ce qui s’inscrit dans la variation : tournures lexicales, formes de l’oral notamment, où les différenciations sont très marquées.
Rappelons simplement pour terminer que le français n’est plus l’affaire des seuls Français qui ne sauraient prétendre légiférer isolément, comme ils auraient parfois encore tendance à le faire. Le français est désormais l’affaire de tous : de tous ceux qui s’y intéressent, de tous ceux qui en ont l’usage.
Propos recueillis par Gérard Vigner
Qu’est-ce que la DGLFLF ?
La Délégation générale à la langue française et aux langues de France est une direction du ministère français de la Culture. Elle a pour vocation de s’occuper de la langue française et des langues de France à l’intérieur des frontières. Elle travaille avec le ministère français des Affaires étrangères pour tout ce qui relève de la présence du français en Europe. Au-delà de son périmètre ordinaire d’intervention, la DGLFLF est en relation permanente avec les diverses institutions de la francophonie.
|