« Avant de voyager en France, je ne la connaissais que par les livres et les méthodes de français. » Martha Martinez, professeur à l’Université nationale et à l’Alliance française de Bogota (Colombie), résume ce qui nous a poussés à poser nos questions du mois. France, Français, stéréotypes, clichés : l’exercice pouvait être périlleux. Ahmed Hafdi, inspecteur principal de français à Beni Mellal (Maroc), pose le problème : « À mon avis, ces termes renvoient à une certaine réalité historique qui perdure toujours, ou qui a subi partiellement des altérations. Je crois qu’il serait préférable de raisonner en termes de représentations. » Le tout est de savoir ce que l’on met dans les représentations des Français engendrées par la réalité historique de la France…
Méfiance et droits de l’homme
Mohammed Alghamdi, d’Algérie, exprime la forme la plus radicale d’un avis assez partagé : « Le stéréotype qui m’a paru vrai, c’est que les Francais n’aiment pas avoir de relations avec des étrangers. J'ai vécu cinq ans en France et réussi à avoir des amis anglais, espagnols, allemands, soit étudiants, soit touristes. Mais pas un seul Français… » À l’inverse, on trouve la conviction d’Ahmed Hafdi : « Pour moi, la France, c’est le pays des droits de l’homme, de la culture, de la science, de la modernité, de la laïcité et de l’humanisme. Il est vrai qu’à force de parler de ces valeurs, surtout par une médiatisation maladroite, on tombe dans le stéréotype. »
Pour résoudre cette contradiction, beaucoup cherchent des explications dans les situations concrètes de la rencontre avec la France. « J’imaginais que les Français avaient un tempérament aimable, généreux et organisé, dit Stella Saldana, professeur à Shangrila (Uruguay). Mais j’ai vécu plusieurs moments où cette image s’est brisée : à la sortie et à l’entrée du métro, en demandant des informations dans la rue, dans les bureaux d’informations, dans les hôtels, dans les files d’attente. Comme si chacun « cultivait son jardin », mais pas dans le sens où le recommandait Candide : comme un ‘chacun pour soi’… » Olga Krokhina, actuellement étudiante à Paris et née à Toula, en Russie, a une explication proche : « Lorsque l’on vient en France pour un court séjour, les Français se distinguent par la chaleur de leur accueil et par leur désir de montrer le meilleur de leur culture. Mais lorsqu’on vient s'installer en France pour un long séjour, la xénophobie apparaît dans des situations administratives, lors de la recherche d'emploi, c'est-à-dire dans les situations où un étranger essaie de s'intégrer dans la société française. Mais, en ce qui concerne les situations interpersonnelles, je n’ai pas remarqué de xénophobie envers moi ni envers d’autres étrangers que je connais. » Ce que souligne avec force Dora Nikou, enseignante à Trikala, en Grèce : « Je croyais les Français très méfiants envers les étrangers. Mes séjours en France ont fait disparaître ce stéréotype. Comment peut-on caractériser quelqu’un comme méfiant quand il donne les clés de sa voiture pour faciliter la vie d’un étranger, quand il prête sa maison pour une semaine sans aucun profit, quand il a les larmes aux yeux quand on se sépare ? ». Un avis partagé par Djamila Lounis, de Tizi-Ouzou (Algérie).
Culture et dépendances
Et les clichés plus courants ? Eux aussi ont évolué : « Le stéréotype du Français avec son béret et sa baguette a disparu, tranche Nadia Groba, professeur au lycée Tevfik-Fikret d'Ankara (Turquie). Le Français est désormais un individu qui fait la course à la technologie et au profit. » « Tout va très vite à Paris », ajoute Alexandre Lins Cavalcante, de Fortaleza (Brésil). Impitoyable, Nadia Groba poursuit : « Les Français semblent de moins en moins attachés à leur culture même si, bien souvent, c’est pour cette raison qu’on a envie d’apprendre le français. Ils paraissent incapables de la défendre. Ils se disent contre les Américains, mais l’américanisation des jeunes est bel et bien en train d’avancer. »
Certains phénomènes sociolinguistiques ne sont, en effet, pas passés inaperçus de Claudia Torres, enseignante à Toluca (Mexique) : « On dit le français langue de l’amour… Après une visite, j’ai changé d’avis car il n’y a rien de romantique à écouter quelqu’un qui parle avec plein de mots argotiques qu’on ne peut comprendre, sans aucune respect pour la langue… » Benoît Leblanc, de l’université du Québec à Trois-Rivières, tente la synthèse : « On peut maintenir certains stéréotypes : les Français sont cultivés. Mais ils sont américanisés. Ils conduisent de façon agressive. Ils accordent une importance démesurée à la bouffe. Et ils ont toujours raison… »
Jean-Claude Demari
Note
1. Les deux questions posées sur www.fdlm.org étaient les suivantes :
- Quels sont les stéréotypes qui ont disparu à la suite de vos séjours en France ?
- Éventuellement, lesquels vous ont-ils paru vrais à la suite de ces séjours ?
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