Georges Moustaki, 69 ans, a tant répété dans ses chansons et ses interviews qu’il est incurablement paresseux qu’on aurait tendance à le croire. On l’imaginerait volontiers toujours en balade, quelque part entre son Égypte natale, le Brésil qu’il a tant chanté et son appartement de l’île Saint-Louis, à Paris. Mais Moustaki ne chôme pas. Outre ce dernier opus, il a publié trois livres en sept ans. L’an dernier il a sorti une anthologie de sa carrière en dix CD. Une actualité régulière, ponctuée de tournées aux quatre coins du monde.
Cette fois, il revient avec un disque de douze chansons, sobrement intitulé Moustaki : premier album studio depuis 1996. Le disque s’ouvre sur « Odéon », un titre promis à Barbara : « J’aurais aimé chanter cette chanson en duo avec elle, mais hélas elle s'en est allée trop tôt… ». C’est donc « Emma » qui fait fondre : une palpitante déclaration d’amour à la comédienne britannique Emma Thompson, qui vient poser sa voix à côté de celle du chanteur sur cette composition écrite en son honneur… « Virgin, ma maison de disques, a envoyé la maquette à Emma Thompson pour savoir si elle adhérerait à l'idée d'être présente. Elle a été très touchée et m'a dit oui… » Ce Moustaki 2003 est une suite d’histoires intimes dont les orchestrations ont été confiées à Jean-Claude Vannier (arrangeur, entre autres, de « Melody Nelson » pour Serge Gainsbourg). Un album enregistré entre deux tournées : l’auteur du « Métèque » reste un éternel voyageur... « Quand l’endroit où je chante me plait, j’essaie de prolonger mon séjour. C’est plus facile de se laisser porter par des choses et des êtres avec lesquels on est en accord. »
À croire Moustaki, ce penchant remonte à sa huitième année. Le petit Georges (de son vrai nom Youssef Mustacchi) vit une enfance ensoleillée à Alexandrie, où il apprend et parle le français. Ses parents, très attachés à la culture des Lumières, l'inscrivent dans une institution scolaire française. Le baccalauréat en poche, Youssef va tout naturellement à Paris. Nous sommes en 1951. Il essaie de gagner sa vie en vendant des livres de poésie et gratte un peu la guitare dans ses moments de loisir. Un soir, il entend Georges Brassens, alors débutant. C'est le choc. Il lui montre les quelques chansons qu'il a écrites. Brassens l'encourage à continuer. En hommage au maître, le jeune homme décide de transformer son nom en Georges Moustaki et pousse la porte de quelques cabarets comme chanteur occasionnel.
La grande aventure démarre plus tard. En 1958, son ami le guitariste Henri Crolla le présente à Édith Piaf. De cette rencontre naît une liaison tumultueuse qui durera un an. Piaf demande à Moustaki de lui écrire des chansons : la plus célèbre reste « Milord », sur une musique de Marguerite Monnot. On retrouve ce titre mythique, interprété par Moustaki, en « plage fantôme » de l’album 2003 : « Je me réfère constamment à Piaf… Je ne fais pas d'idolâtrie mais, chaque fois que je l'entends chanter, même dans des enregistrements que je connais, je discerne des choses nouvelles ». Entre 1960 et 1965, Moustaki sort des disques, mais sans succès. Il propose même, dès 1966, la maquette du « Métèque » : sa maison de disques n'y trouve aucun intérêt et lui rend son contrat… Cette année-là, il rencontre aussi l’acteur Serge Reggiani, désireux de commencer une carrière de chanteur. Moustaki accepte d’écrire pour lui. C'est ainsi que naissent des monuments tels que « Sarah », « Votre fille a vingt ans » et « Ma liberté ».
Mais c’est l’année 1969 qui va le révéler au grand public : « Le Métèque » sort en 45 tours et son succès lui permet de sortir, dans la foulée, un 33 tours, couronné l'année suivante par le Prix Charles-Cros. Les albums vont se succéder, les tournées aussi… Le 3 mai prochain, Georges Moustaki a choisi de fêter ses 70 ans dans sa ville natale d'Alexandrie…
CD : Moustaki (Virgin).
Edmond Sadaka
Radio France Internationale
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