Ironiser sur l’homicide par missile : tel est l’objet du récent succès de MC Solaar, « La vie est belle ». La dernière guerre en Irak a laissé des traces et la rythmique est royale… Valeur des textes, rythme d’enfer, humour, voix de velours et refus de se laisser marcher sur les pieds : toutes ces qualités caractérisent les quatorze ans de carrière de MC Solaar. Elles définissent aussi au plus haut point Mach 6, son sixième album. Les textes de cet album font mouche à tous les coups : sur la musique de grande consommation (« Guérilla ») ; sur l’avenir sans avenir (« Today is a good day », impeccable) ; sur le journalisme de complaisance (« Jardin d’Eden ») ; ou encore sur les filles mercenaires (« Cash money », digne de Boris Vian). Le rappeur de Villeneuve-Saint-Georges n’oublie pas non plus la Terre sacrifiée (« Sauvez le monde ») ni le folklore douteux du rap (délicieux « Bling bling », avec les chœurs ironiques des Petits Chanteurs d’Asnières).
Passionné des mots, Solaar se rattache à la lignée de Serge Gainsbourg, même s’il ne perd jamais de vue la réalité politique et sociale contemporaine, comme le montre Mach 6. Son inspiration se distingue ainsi de celle des hérauts de la violence des rues, de l’argent vite gagné et des filles faciles, qui fleurit depuis quelques années dans le rap nord-américain et français. « En France, confiait-il en 1997 au magazine Chorus, je me sens formidablement proche d'IAM : c'est radical et intelligent, il n'y a pas de slogan gratuit. D’autres s'adressent à une frange de personnes qui aiment les pavés… dans la mare. Ce n’est pas trop mon truc. » Car MC Solaar n’est jamais là où le voudrait la majorité, que ce soit celle de la population ou celle du public rap. Ce qui justifie son immense succès : près de trois millions d’albums vendus depuis ses débuts…
Claude M’Barali, le futur MC Solaar, naît à Dakar, de parents tchadiens, le 5 mars 1969. C’est à 6 mois qu’il arrive en banlieue parisienne. Son père retournera au Tchad. Sa mère, infirmière, l’élèvera avec ses trois frères et sa sœur à Villeneuve Saint-Georges. Première expérience de l’interculturel : à 12 ans, Claude se rend chez un de ses oncles, en Égypte. On l’inscrit à l'École française du Caire, où il reste neuf mois. Quelques années plus tard, bac en poche et amoureux des livres, il commencera des études de langue : anglais, espagnol et russe.
Au cours de l’été 1990, avec un de ses amis, Jimmy Jay, Solaar enregistre des maquettes, dont un titre destiné au plus grand succès, « Bouge de là ». Coup d’essai, coup de maître : l’album auquel il appartient, Qui sème le vent récolte le tempo, se vend à 400 000 exemplaires et remporte une Victoire de la Musique. Rebelote en février 1994 avec un second album, Prose Combat, qui, grâce à « Nouveau western » et à « Obsolète », dépasse les 800 000 exemplaires… Solaar démarre alors sa carrière internationale : Prose Combat est diffusé dans vingt pays, dont les pays anglo-saxons… Trois albums plus tard, Solaar poursuit sur la même voie : « On exprime dix fois plus avec le français qu’avec n’importe quelle autre langue, affirme-t-il dans Chorus. Elle est belle cette langue ! Elle a plus de mots, plus de nuances… ». Respect total au tchatcheur solaire.
CD : Mach 6 (EastWest/ Warner).
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