Selon une enquête menée en France en 2000 1, les maladies les plus déclarées sont les affections de la bouche et des dents (67%), les maladies ostéo-articulaires et les maladies des muscles (26,1%) ainsi que les maladies de l’appareil circulatoire (22%). Cette même enquête établit un classement des pathologies les plus fréquentes chez les Français en 2000 : sur la totalité, 25,3% sont liées à l’obésité ou au surpoids, 21,8% concernent la presbytie et 21,2% la myopie. La prise en compte de l’âge dans cette enquête est révélatrice puisqu’elle montre que plus les Français sont âgés, plus ils sont nombreux à avoir consulté un médecin en 2000.
Des médicaments au quotidien
Les médecins libéraux, même si leur nombre n’a pas évolué de façon significative entre 2001 et 2002, selon un communiqué de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CPAMTS 2), ont vu leurs effectifs augmenter de 38% entre 1980 et 1992. Le nombre de spécialistes a, pendant le même intervalle de temps, augmenté de 2,4% par an. Cela est dû à une hausse de la démographie d’une part, mais surtout à une forte progression de la demande, d’autre part. Celle-ci est telle que les médecins libéraux ont eu une activité globale croissante entre 2001 et 2002, alors qu’ils réduisaient pendant la même période leur temps de présence et donc de jours de consultation par semaine.
Les Français sont en effet attachés, non seulement à leurs médecins, mais surtout aux médicaments qu’ils leur prescrivent. Ces derniers sont indispensables, mais plus encore, ils font partie du quotidien en France. Preuve en est l’enquête réalisée par TNS Santé en 2000n 3. Ses résultats montrent l’importance que les médicaments ont aux yeux des Français qui les considèrent à 71% comme l’élément qui a le plus favorisé l’allongement de la vie ces cinquante dernières années. Au moment de l’enquête, 60% des personnes interrogées affirmaient avoir consommé un ou plusieurs médicaments depuis une semaine, que ce soit pour soigner une affection chronique comme le diabète (26%), pour résoudre un problème de santé ponctuel comme un mal de tête, un rhume ou une angine (24%) ou en prévention, comme un vaccin ou la pilule contraceptive (13%). De plus, selon un sondage CSA / CERIP SANTE 4 de 2002, 89% de la population accordent une grande importance à leur santé et 52% estiment que les médicaments contribuent à leur bien-être.
Le déclin de l’antibiotique
Le médicament qui est la référence des Français est sans conteste l’antibiotique, même si cette tendance tend à diminuer. Jusqu’à maintenant, les antibiotiques étaient une sorte de refuge pour les patients. Selon la CPAMTS, il s’exerçait une véritable pression quant à la prescription de ces médicaments les plus réclamés aux médecins. Mais au début des années 2000, les instances médicales ont été alertées par une forte augmentation de la résistance du pneumocoque (une des bactéries responsables des infections les plus courantes comme les otites et les méningites) à la pénicilline chargée de le combattre : de 0,5% en 1984 à 45 % en 2001. Elles ont vite constaté que cela était dû au trop grand nombre d’antibiotiques consommés, la France étant le plus grand consommateur d’Europe. Dès lors, il s’est avéré que 50% des prescriptions d’antibiotiques étaient inadéquates. S’en est suivie une grande campagne de communication à la télévision, à la radio et dans la presse, pour alerter un public le plus large possible sur sa surconsommation d’antibiotiques 5, puis une formation des médecins sur les risques entraînés par celle-ci. Cette campagne a eu pour conséquence une réaction tout à fait vive de la part des médecins et des patients : la demande en antibiotiques a considérablement baissé et le nombre des prescriptions a chuté (de 40,7 millions entre 2001 et 2002 à 36,6 millions entre 2002 et 2003, soit –10,2%).
Enfin, comment aborder le thème des médicaments en France sans parler de l’industrie pharmaceutique française ? Celle-ci est en effet au troisième rang mondial en matière d’efficacité 6, a réalisé des avancées considérables dans la lutte contre les cancers, les maladies cardio-vasculaires et du système nerveux et poursuit son travail de recherche, notamment en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui elle développe son activité autour de la production de génériques, qui ont la même composition que les médicaments dont ils sont la copie légale et sont moins chers que ceux-ci tout en étant aussi efficaces. Elle espère ainsi augmenter le nombre de ses exportations. En France, l’industrie du médicament est devenu un acteur incontournable de l’économie et vend ses produits comme chaque industrie commercialise les siens. Heureusement le Comité économique du médicament protège les patients en fixant le prix des médicaments et leur taux de remboursement par l’assurance maladie. Mais ce sont justement les dernières décisions prises dans ce domaine qui commencent à effrayer les grands «consommateurs» que nous sommes.
Vincent Jamin
Notes
1. Santé, soins et protection sociale en 2000, « Enquête sur la santé et la protection sociale », CREDES n°1364, 2001.
2. Communiqué de presse de la CPAMTS du 19/09/2003.
3. Les Français et les médicaments, étude réalisée du 31 août au 1er septembre 2000 par TNS Santé pour le Figaro Magazine.
4. Sondage exclusif CSA / CERIP SANTE réalisé les 27 et 28 février 2002.
5. « Les antibiotiques, c’est pas automatique », communiqué de l’Assurance Maladie du 19/09/2003.
6. Source : www.france.diplomatie.fr
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