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Portrait : Premiers pas



Toujours en direct de Shanghai (cf. FDLM n° 328, p. 18), voici aujourd’hui le portrait de Li Qin, jeune enseignante chinoise. Une manière de montrer de manière encore plus concrète le fonctionnement de la filière francophone de Shanghai…

Janvier-février - N°331


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La petite troupe des 25 élèves de la classe gao yi répète en chœur et en français la conjugaison du verbe « parler » au présent. Li Qin en est le chef d’orchestre. Cette professeure chinoise de 28 ans enseigne le français aux classes gao yi et gao er (ce qui correspond aux secondes et premières en France) du lycée Guangming, à Shanghai. Un établissement fondé en 1886 par M. Chapsal, consul de France à Shanghai et Président du conseil de la municipalité française de la concession… Rappelons que la Perle de l’Orient avait séduit les Français au XIXe siècle et que le français y était souvent enseigné par les missionnaires, comme au lycée Guangming. C’est en 1986 que l’enseignement du français comme matière optionnelle y a été réintroduit, sous l’impulsion de Pierre Jin, né en 1919, professeur de français et ancien élève du lycée. Il n’est pas rare d’ailleurs de rencontrer à Shanghai de vieux Chinois francophones ayant enseigné le français ou bien ayant vécu en France…

Merci à Richard Clayderman…

C’est en écoutant une interprète chinoise traduire les propos du pianiste Richard Clayderman en tournée en Chine que Li Qin décide un jour d’apprendre le français. « J’ai aimé la mélodie de la langue », dit-elle d’un air malicieux. Rebaptisée Élisabeth pour les étrangers, Li Qin va poursuivre des études de français à l’École normale supérieure de Chine de l’Est à Shanghai. Elle réussit ses examens pour devenir professeur et rentre en 1998 au lycée Guangming, où deux enseignants de français à la retraite continuaient à donner quelques heures de cours.
Cette année-là, le projet de la Filière francophone du consulat général de France à Shanghai voit le jour (cf. FDLM n° 328) : une collaboration franco-chinoise est mise en place pour développer l’enseignement du français dans le secondaire, en instituant un modèle « standard ». Ainsi Li Qin commence sa carrière d’enseignante avec des classes de 25 élèves, des méthodes françaises (Panorama, Café Crème…) et un professeur français, qui enseigne avec elle au lycée.
Ces facteurs sont des atouts pour la qualité de l’enseignement. Mais ils ne mettent pas toujours à l’aise cette professeure novice, qui doit s’adapter à une méthodologie plus communicative, aux manuels français sans traduction chinoise et au travail en commun avec sa collègue française… C’est beaucoup pour une première expérience… « Les élèves ne sont pas encore habitués à avoir un manuel de langue unilingue, souligne Li Qin, excepté peut-être en anglais, quand de jeunes professeurs formés veulent utiliser les méthodes anglaises. Les élèves cherchent à tout comprendre et sont perdus quand il n’y a pas de traduction chinoise… » Elle-même doit faire l’effort de sortir du modèle traditionnel chinois où la répétition collective est reine… Pour ne pas trop bouleverser les habitudes et les réflexes des élèves, l’enseignante doit peu à peu leur faire découvrir une méthode plus interactive.
Si les conditions d’enseignement du français dans les lycées adhérant à la filière francophone semblent favorables, les écoliers manquent parfois de motivation pour apprendre le français, sauf pour les élèves de première année, qui découvrent une nouvelle langue et une autre culture. Pourquoi cette langue ? À quoi cela sert d’apprendre le français ? Alors il faut remotiver la troupe tant bien que mal : non seulement les élèves, mais aussi les enseignants chinois, assez peu payés (leur salaire mensuel est de 1500 à 3000 yuans pour 14 heures de cours, selon le statut du professeur). Li Qin regrette que le sien, de statut, soit si peu valorisé et que le français soit un peu minoré par rapport aux autres matières : ce sont souvent les cours de français qui sont les premiers annulés pour telle ou telle occasion…

Se former en France

Même si l’enseignement ne la passionne que modérément, Li Qin continue à s’investir coûte que coûte. Dans le cadre du projet de filière francophone, elle bénéficie en 2000 et 2001 de deux stages de didactique du FLE de trois mois en France : l’un au CAREL de Royan ; l’autre à l’IMEF de Montpellier… Elle découvre pour la première fois la France. Tout est si différent… Aujourd’hui elle rit encore de quelques anecdotes comme le jour de son arrivée où elle cherchait à composter son billet de train à la gare Montparnasse.
Cette année, assistante-interprète pour aider les responsables de la filière francophone à contacter les chefs d’établissements intéressés à introduire le français LV2 dans leur école, Li Qin a tenté de convaincre, avec ses collègues français, de l’intérêt d’apprendre la langue française. Certains proviseurs montrent un véritable enthousiasme pour sensibiliser leurs élèves à une autre langue et pour donner ainsi une dimension internationale à leur école. L’enseignement du français gagne doucement du terrain… Aujourd’hui, Li Qin a décidé de poursuivre ses études en allant suivre un DESS de didactique du FLE. Elle s’est envolée pour Lyon en octobre 2003. Nous lui souhaitons toute la réussite qu’elle mérite. Et qu’elle donne de nouveau le ton à ses élèves à son retour !

Annie Despatureaux, filière francophone de Shanghai (Chine)



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