« J’éprouve une grande admiration pour « Je chante », de Trenet : un texte totalement triste sur une musique guillerette. Pour moi, c’est ça, l’idéal. Pourtant, ma vie n’est pas plus sinistre que celle d’un autre. Mais je trouve plus intéressant d’écrire sur des histoires qui finissent mal… » Malgré ces sombres prédispositions, Cali a suscité, dès son premier album, L’amour parfait, un engouement mérité en France. Il faut dire que cet album (sélection du FDLM n° 330, p. 63), grâce à ses rythmes et à ses guitares, voyage à travers les nombreuses peines de l’amour sans jamais distiller la moindre atmosphère mortifère. Nous saurons donc que cette élégance est due à Charles Trenet…
Bruno Caliciuri, le futur Cali, naît le 28 juin 1968 à Vernet-les-Bains, près de Perpignan. Racines proches : Barcelone, pour cause de Brigades internationales écrasées et de grand-père réfugié. Racines plus lointaines : la Calabre et la Sicile, pour cause d’émigration. « J’ai passé 23 ans à Vernet, reprend Cali. Et j’en ai consacré 17 au rugby : j’étais de toutes les sélections régionales, avec Marc Lièvremont… » Il dit cela d’un ton égal, loin de l’excès de ses personnages phonographiques. Sans le rugby, sa vie, après un bac scientifique, se serait passée en demi-teintes et en petits boulots : postier, cuisinier, animateur…
Mais voilà, les copains jouent dans un groupe pop et lui écoute U2, Brel, les Simple Minds, Ferré et les Waterboys. Un jour de 1985, à 17 ans, après une fugue en Irlande, Bruno tombe dans le punk : « Nous prenions des sardanes et nous criions dessus. Pas la peine de s’accorder… ». Viendront ensuite deux groupes plus sérieux, Indy (1993-1996) et Tom Scarlett (1997-2001). Et des centaines de concerts, indispensable école qui trouvera son aboutissement en 2001 avec les Chantiers des Francofolies…
Pour composer et écrire ses textes, les aides les plus précieux de Cali sont ses livres : « J’ai découvert assez tôt Bukovski. D’où Brautigan. D’où John Fante et Salinger… Cette littérature me touche beaucoup. Une littérature de l’intimité, par des gens qui ont eu une vie tourmentée. » Toutes ses chansons sont là : « J’ai un tropisme vers New York. J’y ai passé quelques mois en 96, découvrant aussi bien Io La Tengo que des gens qui déclament leur poésie dans des cafés en plaquant un accord de guitare. Ça m’a aidé à assumer ce que je veux faire… »
Fin 2001, Bruno se met au piano et arrête Tom Scarlett. À l’époque, son nom de scène est encore Caliciuri. Francofolies aidant, le producteur Didier Varrod craque sur un de ses titres, « Tout va bien », et le passe sur France Inter… Caliciuri assure ensuite les premières parties de Brigitte Fontaine ou Bénabar et profite d’une résidence au Médiator, salle rock de Perpignan. Tout est prêt pour qu’en juillet 2002, après un concert aux Francofolies, une maison de disques l’engage. La suite se nomme L’amour parfait. Et le bonheur est pour tout de suite.
CD : L’amour parfait (Labels/ Virgin).
Jean-Claude Demari
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