Dans la totalité des pays d’Asie-Pacifique, le français a le statut de langue étrangère malgré l’existence d’anciennes colonies dans cette région. Cependant, à la suite de la mise en œuvre de certains dispositifs éducatifs, il sert également de langue d’enseignement : en Inde dans certaines villes du sud et, depuis les années 1990, dans les grandes villes du Cambodge , du Laos et du Viet Nam pour des cursus spéciaux.
L’anglais est la première langue étrangère étudiée : c’est d’ailleurs la langue de travail des dix pays de l’ASEAN (Association des pays du Sud-est de l’Asie). Mais la langue française est également parfois la première langue étrangère choisie par les apprenants : en Chine, dans une quarantaine d’établissements universitaires et trois établissements secondaires à Shanghai, au Cambodge, au Laos et au Viet Nam à partir du collège, aux Philippines, où l’anglais est la langue véhiculaire, devant l’espagnol.
Dans la majorité des cas, le français est la seconde ou troisième langue étrangère optionnelle au lycée en même temps que le chinois, le japonais, l’allemand, l’arabe (Indonésie, Thaïlande, Australie). Au Viet Nam, un programme d’expérimentation s’étendant sur trois ans permet aux lycéens ayant pris l’anglais comme première langue étrangère d’apprendre le français en seconde langue sur la base du volontariat.
Tous les niveaux d’enseignement
Le français s’enseigne à tous les niveaux, de l’école primaire jusqu’au doctorat. Il faut néanmoins observer qu’il est plus appris par les grands adolescents des lycées et les étudiants des universités que par les enfants de moins de 11 ans.
Au niveau primaire, on le trouve en Inde, en Chine (une école à Shanghai), en Australie du sud (parmi les dix langues au choix) et dans des écoles ayant adopté le programme d’Enseignement intensif du français et en français (EIDEF) du Cambodge, du Laos et du Viet Nam. Ce programme, piloté par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), existe dans 19 provinces vietnamiennes (sur 60).
Au niveau secondaire, le français s’enseigne en Inde, en Chine (trois établissements à Shanghai, Nankin et Wuhan et quinze autres), en Mongolie (quatre établissements), en Thaïlande, en Indonésie, en Nouvelle-Zélande, en Australie (parmi les langues à l’apprentissage facultatif après la première année du secondaire) et bien sûr, au Cambodge, au Laoset au Viet Nam (EIDEF et programme classique).
Au niveau universitaire, les chiffres sont plus favorables : en Inde, en Chine (plus de cent universités), aux Philippines (une trentaine d’établissements), en Indonésie, en Mongolie, en Thaïlande. Pour le Cambodge , le Laos et le Viet Nam, il existe des filières universitaires francophones : 61 filières réparties dans 27 universités de la région rassemblées en 10 pôles (Droit, Santé, Chimie, Environnement, Pédagogie, Géographie et Tourisme, Informatique, Génie civil et urbain, Sciences économiques et de gestion, Agronomie/Biotechnologies/Agro-alimentaire).
N’oublions pas les Alliances françaises et les institutions privées. Elles sont nombreuses en Inde : 400 institutions dans l’état du Tamilnadu, 50 au Kerala, 40 à l’Andhra Pradesh, 40 au Karnakata, 60 au Maharachtra, 15 à Bhopal, 20 à Goa... La ville de Chennai à elle seule regroupe plus de cent institutions.
Le français, langue de travail
Le français est utilisé dans les domaines du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration. Contrairement aux croyances, l’installation des entreprises francophones dans la région ne favorise pas un développement spectaculaire de la langue française car les employeurs, dont la clientèle locale parle anglais, recrutent du personnel anglophone en priorité… La connaissance du français ne représente qu’un « plus ». Pourquoi existe-t-il alors des îlots francophones ? Si nous observons les usagers du français en Mongolie (traducteurs, guides de tourisme, juristes, militaires) ou au Viet Nam (médecins, scientifiques, artistes...), nous voyons que les projets de coopération francophone jouent un rôle important, le français étant une langue de travail, un moyen d’accès à de la documentation et aux échanges.
Des sessions de formation d’enseignants de FLE et des départements d’études françaises ont été mis en place en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Thaïlande, en Corée du sud, aux Philippines, au Cambodge, au Laos et au Viet Nam. Des séminaires et des stages à l’intention des enseignants de français ont été organisés en Indonésie (nombreux en 2003), en Inde (séminaires dans les trois villes de Coimbatore, Trivandrum, et Bangalore en août-septembre 2003 et 32e congrès de l’IATF, qui fête son jubilé d’or), en Thaïlande (août 2003), au Viet Nam, au Cambodge et au Laos (divers stages régionaux et nationaux chaque année pour des cursus différents, avec la participation des instances francophones : AUF, AIF, services culturels des ambassades de France).
La coopération francophone en matière de recherche est mise en avant : relations privilégiées avec l’université de Franche-Comté en Thaïlande, conventions de coopération universitaire avec différentes universités françaises pour le Viet Nam, le Cambodge et le Laos, rencontres annuelles (dont le séminaire régional de recherche-action pour Cambodge, Laos et Viet Nam organisé en décembre 2003 par l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie), financement de projets de recherche conjoints par l’AUF (par exemple le cas du projet entre l’université Stendhal, l’IUFM de Grenoble et l’université de pédagogie d’Hochiminhville).
Enfin, il faut signaler la création du CREFAP (Centre Régional pour le Français en Asie-Pacifique, dépendant de l’AIF), qui organise de nombreuses formations francophones à l’ingénierie de la formation et à l’ingénierie du projet pour le Cambodge, le Laos et le Viet Nam.
Pour des échanges régionaux réguliers
Dans ces immenses territoires majoritairement anglophones et sinophones, il existe donc des îlots francophones actifs et dynamiques. Le français qui y est enseigné n’est pas uniquement un français général appris pendant 2 ou 3 heures par semaine. Les cursus sont beaucoup plus variés qu’on ne le pense, allant de l’enseignement précoce aux enfants, au français sur objectifs spécifiques pour les professionnels.
Les échanges internationaux se font le plus souvent dans le sens Europe/Canada-Asie plutôt qu’entre pays de la région, exception faite pour les trois pays Cambodge-Laos-Viet Nam, où il existe des échanges et contacts réguliers via l’AUF (le programme EIDEF) et l’AIF (le CREFAP). Or, nous pouvons constater que les publics de l’Asie-Pacifique présentent des points communs : ils parlent des langues très éloignées de la langue française et appartiennent à des aires culturelles tout à fait différentes de la culture-cible.
Des échanges régionaux réguliers, prenant en compte la spécificité de ces publics, pourront donc dégager des problématiques de recherche intéressantes pour l’enseignement de la langue française et une amélioration des méthodes d’enseignement-apprentissage de cette langue. Ils auront également pour avantage de rapprocher des enseignants francophones, parfois très isolés, donc démotivés, et de créer une dynamique francophone dans la région.
NGUYEN XUAN Tu Huyen, Présidente de la Commission Asie-Pacifique de la FIPF
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