Blankass : L’homme fleur (Up Music/ Warner)
Un bel album, le troisième de Blankass après un silence de cinq ans et un énorme succès : « La couleur des blés », en1996. La voix de Guillaume Ledoux est vibrante, cassée, son accordéon et ses mélodies sont impeccables et la section rythmique, même au sein de morceaux apaisés, est emplie de fureur contenue. Deux titres à retenir : « La croisée », ballade emplie de guitares acoustiques et d’accordéon, et « Les miens », manifeste ironique contre le formatage musical.
Cali : L’amour parfait (Labels)
« Je suis pendu à votre cou/ Dans le plus beau de mes rêves/ Mais je ne me réveille jamais près de vous/ Et j’en crève (…)/ C’est quand le bonheur/ … » Le chanteur qui scande, soutenu par un ska endiablé et un violon alto, ces mots précis sur les affres de la passion naissante s’appelle Cali. Il signe l’un des plus beaux succès surprises de l’été 2003. L’amour parfait voyage à travers l’amour, ses quelques joies et ses nombreuses peines, parfois assez noires… Mais jamais cet album ne distille la moindre atmosphère mortifère grâce à ses rythmes festifs, à ses belles guitares et à la production du Britannique Daniel Presley, qui a travaillé avec les Breeders et Venus…
Dionysos : Western sous la neige (Trema)
« Quand j’étais petit/ J’étais un Jedi/ Tellement nerveux/ Que lorsqu’il pleuvait/ Souvent je m’électrocutais »… Ces mots acides ont résonné sur les meilleures radios… Dionysos, groupe de dix ans d’âge natif de Valence, au sud de Lyon, n’en est plus à son coup d’essai. Western sous la neige, son quatrième album, est presque un coup de maître. Mathias Malzieu, le cœur du groupe, assume moins la posture d’un chef d’orchestre que celle d’un enfant orfèvre qui répare des jouets un peu disloqués et produit un ensemble un peu décousu de formules fortes (« J’ai froid, je pleure de la neige ») et de morceaux courts aux paroles minimales et aux « gimmicks » malins.
Dolly : Plein air (EastWest)
Troisième album du groupe nantais. Dolly revient au style qui fit son succès en 1997 (« Je n’veux pas rester sage », « Partir seule ») : une voix féminine acidulée, des textes intrigants et des déchaînements de guitares que ne renieraient pas Sonic Youth ou les Smashing Pumpkins. Beau et rafraîchissant. Notons « Liquide électrique », un texte de Mathias Malzieu, de Dionysos.
Eiffel : Le 1/4 d’heure des ahuris (Labels)
Très beau second album de quatre jeunes gens doués. La première chose qui frappe, c’est l’écriture : à travers tout le disque, Romain Humeau, chanteur et cerveau, explore la dialectique du « je » et du « nous », de l’amour et de l’engagement. Ses textes nécessitent un travail d’écoute : « Il pleut des cordes, c’est à se pendre/ C’est à se tordre et à tout rendre ». Mais ils ne font pas oublier les guitares allumées, entre Stooges et Pixies.
Indochine : Paradize (Columbia)
Le disque du retour, Victoire de la Musique 2003… Le plus beau morceau est un hymne païen, écrit et composé par Mickey 3D, « J’ai demandé à la lune ». Ce morceau adresse à l’astre des nuits l’un des plus beaux textes qu’ait jamais chantés Nicola Sirkis. Comme la respiration d’un ange dans un disque voué au bruit et à la puissance (formidable « Electrastar »). Une belle synthèse techno-rock, dans la lignée du précédent album, Danceteria.
Mickey 3D : Tu vas pas mourir de rire (Virgin)
Troisième album, après les superbes Mistigri torture en 1999 et La trêve en 2001. Des mélodies magiques. Meilleur témoin, « Respire » : un écrin acoustique, une très belle rythmique et une mélodie accrocheuse transfigurent un hymne écologiste bardé d’images choc et le conduisent vers un succès mérité. Autres titres, moins gais mais marquants : « La mort n’existe pas », où jolies guitares et chœurs féminins rendent encore plus insupportable l’horreur de la guerre, et « Beauseigne », comme une suite au « Morts les enfants » de Renaud…
Prohom : Prohom (Polydor)
Encore un album essentiel, sur un terrain peu fréquenté : la chanson rock-électro. Citation : « Ça naît sous un plafond, un ciel stérilisé/ Ça palpite au début, ça va vite se calmer/ Ça rampe sur la moquette, se cogne à la télé/ Mais ça oublie/ D’aimer… » Voix grave, juste, bien mise en avant et soutenue par un accompagnement électronique tendu à l’extrême. Prohom innove : son album relève avant tout de l’écriture et s’appuie sur l’électronique et les guitares saturées parce que c’est l’univers de sa génération.
Tanger : L’amour fol (Mercury)
Des objets littéraires sans concession, bien construits, disposés dans un écrin de musiques au tempo appuyé qui ne s’embarrassent pas des facilités du rock grand public : telle pourrait être la définition des albums de Tanger. Maîtrise des textes, voix superbe, improvisations free jazz, influence des meilleurs : Kat Onoma, Bashung, The Style Council (fascinant « Barfleur ») et, surtout, Expérience (« Botox planétaire », collage de citations et d’images sur un bel électro-rock).
Tarmac : Notre époque (Atmosphériques)
Second album de Tarmac, c’est-à-dire Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, respectivement chanteur/ auteur et violoniste de Louise Attaque. Le titre « Je cherche » a tout pour réussir : des paroles sur l’éternelle quête créative du chanteur, un refrain en espagnol et une petite rythmique latine nerveuse. Autres moments forts : « Chaque ville », hymne à la citoyenneté du monde greffé sur un poème de Walt Whitman (1819-1892) et « Post-scriptum », sur des paroles traduites avec justesse de Fernando Pessoa.
Jean-Claude Demari
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