Les secteurs d'activités du spectacle vivant, du cinéma et de l'audiovisuel reposent sur un mode de travail flexible. Ils ont donc massivement recours à l’emploi précaire. La majorité des artistes et des techniciens de ce secteur vivent des périodes de travail qui alternent avec des périodes chômées entre deux contrats.
Un régime en crise
En France, le terme de « travailleur salarié intermittent à employeurs multiples » ne désigne pas un statut professionnel, mais une manière d'indemniser le chômage par les Assedic (Associations pour l'Emploi dans l'Industrie et le Commerce, qui gèrent les cotisations et les allocations chômage). Les intermittents (musiciens, artistes dramatiques, régisseurs, cameramen…) ont le statut d'artiste ou celui de technicien du spectacle. La spécificité des métiers du spectacle est très peu prise en compte en Europe, où le régime d'indemnisation des intermittents constitue une exception française, souvent enviée par nos voisins. Seuls deux pays de l’Union reconnaissent aux artistes un statut un peu particulier : la Belgique, où ceux-ci ont obtenu le droit à la sécurité sociale et au chômage entre deux contrats, et les Pays-Bas, où un revenu minimum leur est assuré.
Le 27 juin 2003, un accord a été signé à Paris entre les trois organisations patronales et trois des cinq confédérations syndicales de salariés. Avant cet accord, les intermittents du spectacle devaient avoir travaillé 507 heures dans l'année (contre 910 pour les autres intérimaires) pour pouvoir bénéficier de douze mois d'allocations chômage. Depuis cet accord, les techniciens doivent avoir accompli les 507 heures en dix mois et les artistes en dix mois et demi, tandis que la durée d'indemnisation a été réduite, elle, à huit mois… Cette réforme s'inscrit dans un contexte où la situation économique de l’assurance chômage a été jugée inacceptable par le gouvernement français. En effet, en dix ans, le nombre de bénéficiaires du régime des intermittents du spectacle a doublé, pour atteindre 96 000 personnes.
Des abus omniprésents
Ce doublement et le déficit qui s’ensuit montrent que le système actuel permet de nombreuses fraudes, de la part des entreprises et parfois des salariés : certains intermittents auraient refusé des propositions pour ne pas dépasser « inutilement » les 507 heures nécessaires… Mais c’est dans les entreprises, principalement celles liées à la télévision, que l'on trouve des situations où l'abus est devenu la règle.
Exemple : des employés travaillant pourtant à temps plein dans ces entreprises sont contraints à ne déclarer qu'une partie des jours où ils travaillent pour bénéficier du statut d'intermittent… afin que le reste soit pris en charge par l’allocation chômage. Les sociétés font ainsi régler par le contribuable une partie des salaires et charges de leurs employés. D’autres voient leur employeur abuser du régime spécial pour accroître leur flexibilité. Ainsi, le droit commun interdit d'enchaîner plus de trois contrats à durée déterminée (CDD) sous peine de les voir convertis en contrats à durée indéterminée (c’est-à-dire en véritable embauche). Or, le régime d'intermittent est une exception à cette règle, justifiée par des besoins souvent imprévisibles… Donc la systématisation des CDD permet de nombreux licenciements sans frais ni raisons valables, ce que ne permettent pas des emplois permanents… Enfin, certains employés de ces sociétés bénéficient abusivement du régime d'intermittent : standardistes, coiffeurs... ou journalistes…
La réforme qui a été décidée est toutefois critiquée, beaucoup jugeant qu'elle n'empêchera pas les abus des grandes sociétés de production et que de nombreux artistes seront au contraire encore plus plongés dans la précarité en perdant le bénéfice de ce régime. La solution serait d'améliorer les contrôles des sociétés et d'inciter à la création d'emplois durables…
L'été des festivals bouleversé
Grâce au système de l'intermittence, ce sont près de 650 spectacles qui se déroulent chaque année dans toute la France, engendrant une indéniable plus-value. Des grèves et des manifestations liées au conflit des intermittents ont donc conduit à l'annulation de nombre d'entre eux. Cela a été le cas notamment de la 57è édition du festival d'Avignon, l’un des plus emblématiques, qui accueille près de 100000 visiteurs chaque été. C'est la première fois que ce festival de théâtre et de danse, créé en 1947, est annulé. Même situation pour la 19è édition des Francofolies de La Rochelle et pour des dizaines d’autres. Mais ces blocages de festivals ont pu jouer en la défaveur des intermittents du fait de la lassitude de l'opinion publique. Et, surtout, à cause des importants déficits économiques qu'ils ont entraînés… Ce qui prouve par l’absurde que, si la culture coûte de l’argent, elle en rapporte aussi beaucoup… Mais pas aux mêmes.
Hélène Abécassis, Jean-Claude Demari
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