En Colombie, les institutions comme l’Alliance française de Bogota commencent normalement leurs cours pour enfants à l’âge de 6-7 ans (un âge où la langue maternelle, l’espagnol, est déjà bien établie chez l’enfant) et les terminent vers 13 ans. L’expérience rapportée ici a pour cadre un groupe d’apprenants de 12 ans, qui suivent un cours de FLE selon un taux hebdomadaire de trois heures, le samedi.
Des dates symboliques
L’âge de 12 ans constitue une période de transition importante chez les enfants ; c’est l’âge où la quête du sujet, de l’individualité, devient plus forte. L’enfant explore, découvre, construit, met en cause : il veut être le concepteur de son apprentissage. C’est aussi l’âge où les liens familiaux sont déjà très définis. L’enseignant est désormais le guide vers la quête du sujet chez l’enfant. En tant que tel, il n’est plus le détenteur absolu du savoir : il accompagne l’enfant dans la construction de son apprentissage. D’ailleurs, l’apprentissage d’une langue étrangère à cet âge permet de montrer à l’apprenant que sa langue maternelle n’est qu’une partie de la généralité, de l’univers qui l’entoure et que nous nous approchons de l’univers à travers les langues.
Avec ce groupe d’enfants, nous avons eu recours à leur entourage : d’une part, nous avons fait appel à leur tradition orale, notamment au mythe1, à la légende et au conte du folklore local, c’est-à-dire à l’aspect culturel et civilisationnel. D’autre part, à un moment donné de l’année, nous proposons à nos apprenants certaines dates importantes du calendrier français et/ou colombien (la Saint-Valentin, la Journée des Femmes, le Poisson d’avril, la Fête des Mères, celle des Pères et même Halloween…).
Individuellement ou en groupe, les enfants sont invités à lire un mythe, un conte ou une légende concernant ces dates et à le présenter lors de la célébration. Comment ? Par exemple, à l’aide de figurines symboliques en papier (une maison, une personne, un animal, une sorcière…), la classe est invitée à découvrir l’histoire, à la construire puis à l’oraliser auprès des autres apprenants. La classe peut aussi choisir l’une des propositions « dessinées » avec les figurines et écrire le mythe, conte ou légende auquel le groupe a fait allusion. L’interprétation ouverte des images enrichit le travail de production. Une fois terminée l’activité, les groupes lisent leurs créations.
Une variante importante a été introduite au fur et à mesure : les apprenants, ayant eu parfois des difficultés à trouver des histoires du folklore local, nous les avons invités à impliquer la famille (spécialement les grands-parents) pour raconter en langue maternelle leurs histoires - parfois oubliées dans l’entourage - à l’apprenant, qui les transmettra ensuite en figurines ou en langue étrangère à la classe…
Cette participation du noyau familial de l’enfant s’est avérée importante dans le processus de construction de l’apprentissage d’une part, de la sauvegarde des traditions orales locales de l’autre.
Le jeu pour créer
Les déclencheurs ludiques de ce type aident l’apprenant à ne plus percevoir la langue étrangère comme langue étrange mais plutôt comme une composante de sa vie quotidienne avec laquelle il peut exprimer, de façon ludique, toutes sortes de messages. Même ceux de leurs grands-parents... Le jeu et la créativité sont présents chez l’enfant, mais aussi chez l’adulte ; il est évident que l’enfant ainsi que l’adulte utilise le jeu pour créer. Dans cette expérience axée sur le folklore oral local, nous profitons de cet atout pour mettre en place notre projet pédagogique car le jeu est présent dès la création du langage chez l’enfant.
Par ailleurs, on peut aussi mettre en scène les histoires du folklore oral local, afin de permettre que les apprenants y deviennent sujets. Cela stimule un travail collectif et la socialisation, favorisant les échanges en langue étrangère. On peut imaginer la joie des grands-parents au moment où ils se rendent compte que leurs anciens mythes, contes et légendes, expliqués en langue maternelle, ont été mis en scène en langue étrangère par leurs petits-enfants…
Freddy Barranco Escobar, Bogota (Colombie)
Note
1. Nous considérons ici le mythe comme une histoire fondatrice de la culture. La légende a, pour nous, un but de conservation des valeurs tandis que le conte cherche le ludique ou l’éducation.
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