La rentrée scolaire 2003, effectuée en Algérie le 13 septembre, a vu l'ajout d'une année dans le cycle moyen, dont la durée sera de quatre années au lieu de trois. Par ailleurs l'introduction de l'enseignement de la langue anglaise se fait dès la 1ère année moyenne (au lieu de la 2è), et ce à raison de 3 h. par semaine. Une place plus importante est accordée à l'enseignement du tamazight (le berbère). Dans le cycle primaire, de nouvelles matières sont introduites : éducation scientifique et technologique, musique, dessin.
Enfin, à partir de l’année scolaire 2004-2005, l'introduction de l'enseignement de la langue française se fera dès la 2è année du cycle primaire alors qu'auparavant l'élève commençait son apprentissage du français en 4è année primaire. Par ailleurs, un nouveau manuel de français sera mis à la disposition des élèves de la 1ère année du cycle moyen dès le début de la présente année scolaire...
Propositions, débats et décisions
Tous ces changements sont consécutifs aux travaux d’une Commission nationale pour la réforme de l'éducation, qui a été installée officiellement en mai 2000 par le président de la République algérienne. Sa mission essentielle consistait à évaluer le système éducatif dans tous ses paliers et de proposer sa refonte totale : principes généraux, objectifs, stratégies et échéanciers de mise en œuvre graduelle de la nouvelle politique éducative…
Les 160 membres de cette Commission (universitaires, professeurs, linguistes, psychologues, inspecteurs de l'éducation…) ont été désignés, selon le décret présidentiel, en raison de leur compétence, de leur expérience et de l'intérêt qu'ils portent au système éducatif. Parmi les quatre vice-présidents de cette Commission, il est utile de noter le nom de Khalida Toumi, actuelle ministre algérienne de la culture et de la communication.
Au sein de la Commission, on a retrouvé les polarisations politiques qui existent sur la scène algérienne entre « arabo-islamiques » et « modernistes » ; partisans de la langue arabe et ceux qui considèrent que le système éducatif national a fait le lit de l'islamisme, ceux qui, au nom de l'appartenance civilisationnelle, suspectent les « modernistes » de vouloir faire de l'école algérienne un « appendice du système éducatif français »…
Un rapport général qui devait servir de base à la refonte du système éducatif a été déposé en 2001 par la Commission nationale pour la réforme de l'éducation sur le bureau du président de la République, qui l'a soumis, à son tour, aux deux chambres parlementaires. Après son adoption (avec des amendements), le ministère de l'éducation nationale s'est engagé à donner le coup d'envoi de la réforme du système éducatif dès la rentrée scolaire 2003.
De nouveaux programmes ont donc été mis en place en 1ère année primaire et moyenne lors de la rentrée scolaire 2003. Avec l'application de ces programmes, l'on voit aussi l'introduction de nouveaux manuels scolaires dans ces deux années. Des manuels confectionnés aussi par des éditeurs privés alors qu'auparavant, cette tâche était dévolue à un seul organisme étatique : l'IPN (l’Institut Pédagogique National). L'innovation en la matière consiste en la levée du monopole de l'État sur le livre scolaire. Compte tenu de l'importance de ce créneau, l'heure, aujourd'hui, est à la concurrence entre les différents intervenants (Casbah, Chihab, Libris, Sédia, ONSP, ENAG).
Arracher l’école à son anachronisme
De manière générale, le système éducatif algérien est toujours régi par l'ordonnance n°76/35 du 16 Avril 1976 portant organisation de l'éducation et de la formation. Ce texte législatif définit clairement la place qui doit être réservée à l'enseignement de la langue française dans le système éducatif algérien : « Le français défini comme moyen d'ouverture sur le monde extérieur doit permettre à la fois l'accès à une documentation scientifique d'une part mais aussi le développement des échanges entre les civilisations et la compréhension mutuelle entre les peuples ».
Cette ordonnance a longtemps été décriée par maints pédagogues qui pensent que ce n'est pas en fonctionnant selon des normes obsolètes que l'école sera arrachée à son anachronisme. D'ailleurs, depuis quelques années, l'on assistait à un recul du niveau général de scolarisation à l'école fondamentale et au foisonnement d'écoles privées, qui ont vite pris conscience de la fonction vacante de l'école algérienne… Ces signes avant-coureurs étaient annonciateurs d'un déphasage du système éducatif par rapport à la réalité. Ils corroboraient également l'idée de reconduire la formation (et les diplômes qui la sanctionnent) vers une approche plus professionnelle et pragmatique. Une réforme était nécessaire. Elle est en cours.
Ali Benmesbah, Inspecteur de l'éducation nationale (Algérie)
Encadré 1 : Le français en Algérie : bulletin de santé
Selon un sondage réalisé par un Institut algérien pour le compte de la revue Le Point auprès de 1400 foyers algériens, il ressort que l'Algérie est le premier pays francophone après la France. Le fait marquant à relever est que 60 % des foyers algériens comprennent et/ ou pratiquent la langue française, soit plus de deux millions et demi de foyers, représentant une population de plus de 14 millions d'individus de 16 ans et plus. Même si l'enquête a été réalisée au mois d'avril 2000, les tendances dégagées donnent à réfléchir…
Pourquoi, malgré une arabisation tous azimuts du pays, la langue française est-elle toujours aussi présente ? Les considérations historiques ont là leur importance. Les 132 années de colonisation ont marqué des générations entières d'Algériens notamment par l'enseignement, même si l'élite algérienne était quasiment inexistante à cette époque. À l'indépendance du pays, la communauté francophone était estimée à moins d'un million d'individus sur une population avoisinant les 10 millions. En réalité, le boom linguistique s'est produit après 1962, avec l'instauration de l'école obligatoire pour tous. Cette dernière a joué un rôle primordial dans l'enseignement des langues, français y compris.
L'autre phénomène qui explique le fort taux de francophones en Algérie est la proximité géographique et culturelle des deux pays : deux heures d'avion nous séparent de la capitale française et près d'un million d'Algériens vivent en France avec tout ce que cela entraîne comme liens directs et collatéraux. Quelque 300 000 couples mixtes sont recensés. Autre facteur important : le voyage. La France représente le premier pays visité par les Algériens (séjours familiaux notamment). À ce titre, il est utile de signaler que tous les vols à destination des principales villes françaises sont complets l’été, de même que les dessertes maritimes à destination de Marseille.
Par ailleurs, la France est aujourd'hui présente dans 52 % des foyers algériens grâce à la parabole qui permet de capter TF1, France 2, France 3, TV5, M6, Canal+, pour ne citer que les chaînes les plus prisées. Ce qui participe grandement à l'acquisition de la langue française.
D'autres résultats de cette enquête, effectuée par l'Institut Abassa, basé à Alger, ont été publiés par le quotidien El Watan (que l'on assimile au journal français Le Monde) en date du 2 octobre 2000, sous la plume d’Assia T. Dernier fait anecdotique à signaler : les amateurs de « drague » ont beaucoup plus de chance auprès des jeunes filles lorsqu'ils utilisent la langue de Molière…
A. B.
Encadré 2 : Les langues étrangères : un butin à préserver
Le séminaire « Enseignement des langues étrangères et impératifs du travail » s’est tenu à Mostaganem en mai 2003. L’on y a perçu quelques échos des discussions qui ont précédé les actuelles réformes du système éducatif algérien. Extraits du compte-rendu publié dans Le Quotidien d’Oran.
« C'est sur un goût d'inachevé que j'annonce la clôture de nos deux journées d'études », a déclaré Saâdane Braïk, chef du département de langue française de l’université de Mostaganem et chef du projet de recherche « Langues étrangères et enjeux économiques en Algérie », à l'issue des travaux du séminaire des 4 et 5 mai derniers, « Enseignement des langues étrangères et impératifs du travail ». M. Braïk a ensuite expliqué que le concept - à consonance technico-scientifique - de l'ingénierie de la formation, thème central de ces journées d'études, « était en train de chercher sa propre langue maternelle », avant d'ajouter que le sujet mérite l'approvisionnement de la discussion avec « moins de passion et d'avantage de rigueur scientifique ». On conviendra que, pour cela, désormais, le débat est lancé, dans l'attente d'un séminaire élargi à la participation internationale, qui pourrait être organisé l'an prochain.
En touchant à un sujet aussi sensible que celui de l'école ou du système de formation en général, force est de constater que les différentes interventions et communications, ne serait-ce qu'au niveau de la définition des concepts, ont suscité moult discussions, voire remises en cause et controverses. La critique, empreinte parfois de fougue et de passion, de l'école fondamentale et du système éducatif et de formation, a largement pris le dessus dans les débats. Selon des points de vue, plus ou moins accablants, on conviendra, tout de même, de l'insuffisance de la politique actuelle. On n'osera pas anticiper sur le résultat de la refonte des programmes et de l'école, prévue pour la prochaine rentrée scolaire.
Le désistement des économistes et des protagonistes des milieux économique et professionnel a amputé l'approche du sujet débattu d'un intéressant angle de vue à propos de la définition des profils des personnels dont l'entreprise a besoin dans le contexte algérien. Cette défaillance incitera les organisateurs des journées d'études à retenir la conclusion d'une réflexion sur l'érection d'un conseil de partenariat université-monde du travail.
M. O. T.
(Avec tous nos remerciements à Miloud Boularas, abonné de Mostaganem, qui nous a fait parvenir cet article.)
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