Les organisateurs des Journées de la francophonie à Moscou ont pris le risque d’introduire, pour la première fois dans ce pays, le genre, nouveau et quelquefois méconnu, des conteurs. Ont été rassemblés à cette occasion des artistes de pays francophones venus de trois continents : Canada, Côte d’Ivoire, France, Liban et Sénégal. Les contes du monde entier se sont succédé, plusieurs soirs en parallèle, au théâtre de l’Ermitage et au Centre culturel Dom : parole émouvante, symbolique, drôle, tragique, pittoresque et toujours profondément humaine, portée par Manfei Obin, Muriel Bloch, Guilla Thiam, Jihad Darwiche et Nathalie Krajcik. Les salles se sont remplies à en être quelquefois bondées et les invités de la Francophonie, séduits par leur expérience, veulent revenir en Russie pour envisager d’autres projets…
Une grande diversité
Au club B2, démonstration a été faite, le 20 mars, grâce au groupe Lo’Jo, qui mêle les langages musicaux d’Europe, d’Orient, d’Afrique et des Amériques, qu’il existe à Moscou une curiosité populaire pour les jeunes groupes musicaux français et francophones. En témoigne aussi la soirée africaine francophone du Dom qui, le 22 mars, a reçu le chanteur sénégalais El Hadj N’Diaye. Cette soirée s’est affirmée, par son ambiance chaleureuse et par le nombre de ses participants, comme une tradition bien ancrée dans le tissu des fêtes locales…
À l’Université linguistique de Moscou, Oxana Lesnitchaya et Andrei Breous ont mêlé la musique des compositeurs français (Gounod, Bizet, Poulenc…) aux débats du séminaire sur le « dialogue des cultures dicté par les exigences du temps »… De son côté, le Centre culturel français a honoré Marguerite Yourcenar, la grande auteure belge de L’Oeuvre au Noir, et a présenté les nouvelles éditions russes de ses œuvres.
Le cinéma n’a pas non plus été oublié avec, entre autres, les projections d’Ali Zaoua, prince de la rue, du Marocain Nabil Ayouch (cf. FDLM n° 314, p. 65). Au 35 mm et au Musée du film, un public de cinéphiles a goûté le plaisir d’un art sorti de l’ornière commerciale : fraîcheur exotique du dessin animé de Michel Ocelot Kirikou et la Sorcière, art de l’image et de l’interprétation visuelle hissées à la hauteur du texte dans le Ruy Blas de Jacques Weber… À l’Université de l’amitié des peuples, l’émulation sportive a eu droit de cité dans un programme culturel. Et à l’Université des sciences humaines et sociales une table ronde a porté, le 17 mars, sur les atouts du français comme langue de communication culturelle internationale...
Une fois de plus, l’offre francophone a rencontré ce « désir de France ou de français » qui continue d’être vivace en Fédération de Russie, pour peu qu’on lui donne l’occasion de prendre corps. Le public, adultes, étudiants, enfants, comprend, ou s’efforce de le faire à des niveaux de compétence divers, réagit en français, pose des questions, se presse aux spectacles qui célèbrent cette langue et cette culture que beaucoup ne veulent pas oublier… Ne craignons pas de le dire : ces Journées de la francophonie ont accompagné et favorisé, ne serait-ce que modestement, l’ouverture de la Russie d’aujourd’hui.
La force de la francophonie
Une lecture politique, dite de la manière la plus pacifique qui soit, peut expliquer la portée et la signification de ces journées. Deux réceptions données à l’invitation de l’ambassadeur de France sanctionnaient implicitement la dimension de solidarité planétaire qui s’est nouée progressivement autour du concept de francophonie. Ce ne sont pas seulement les conteurs qui se sont produits à ces occasions qui instauraient un lien culturel nouveau entre la tradition du conte et la réalité de la Russie d’aujourd’hui. Les ambassadeurs francophones et les personnalités culturelles de la francophonie à Moscou, qui ont répondu à cette invitation, illustraient l’ampleur indéniable de cette communauté de langue et de sympathie culturelle : on sait, on constate, que la francophonie est devenue une grande force politique dans les débats contemporains.
Organisation, fête, rencontre, échanges, joie culturelle, création artistique, convivialité, entraide… Les fleurons des Journées de la francophonie méritent que cette tradition soit cultivée à l’avenir : elles sont l’étoffe dont est faite la coopération interculturelle.
Pierre Barthe, attaché de coopération éducative à Moscou
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