Deux évolutions fortes étaient prévues lors de l’arrivée du numérique à la fin des années 1990 : la percée de la télévision interactive et le succès annoncé des télévisions sur Internet. Elles ne se sont pas vraiment produites.
Complémentaires plus que nouvelles
Selon les laudateurs des nouvelles technologies, la première de ces évolutions devait permettre aux téléspectateurs d’acheter, de téléphoner, de jouer et surtout d’interrompre un programme pour le reprendre à volonté. Force est de constater aujourd’hui que les avancées sont plus modestes que prévu. Seuls deux opérateurs de la télévision numérique, CanalSatellite et TPS, proposent des services pratiques comme le guide des programmes ou la météo.
Du côté des télévisions sur Internet ou « web-télés », le bilan est encore plus sombre. Passée une période d’enthousiasme où ses acteurs voyaient déjà la « web-télévision » comme le média du futur et comparaient son apparition à celle des radios libres, le paysage est aujourd’hui dévasté. La plus importante d’entre elles, Canalweb, a dû déposer son bilan, il y a maintenant presque deux ans.
Si un média n’en remplace donc pas un autre, c’est par contre dans le domaine des complémentarités entre Internet et télévision que se rencontre un succès certain : celui des sites des télévisions. Chaque chaîne a le sien, avec des finalités qui peuvent sensiblement différer. TF1, première chaîne européenne, est aussi en tête dans ce domaine puisque son site a vu depuis sa création une extraordinaire progression. Il faut, par exemple, noter qu’en dehors des internautes qui connaissent son adresse, le mot « TF1 » apparaît en huitième position dans les mots les plus tapés sur le moteur de recherche Nomade 1. Conçu selon ses responsables 2 pour « établir la marque TF1 sur le web avec un véritable portail, organisé un peu comme le « Go » de Disney », ce site se présente comme un portail aux fonctions multiples plus que comme un simple complément à la chaîne. L’internaute peut certes y consulter les programmes de TF1, y regarder des vidéos en rapport avec des émissions ou avec l’actualité (télé-réalité en ce moment, journal télévisé…), mais aussi disposer de toutes sortes d’informations de service (météo, emploi, trafic), distractives (jeux, tests) ou ciblées sur un public. Le site féminin décline ainsi les entrées « amour », « people », « beauté » et « mode »…
Des goûts et des publics
Tonalité et objectifs sont très différents sur les trois sites des chaînes publiques, France 2, France 3 et France 5. À la mise en page volontairement chargée (« riche » ?) de TF1, correspond ici une grande sobriété. Les principales ressources, présentées dans des carrés ou des rectangles, concernent par exemple, sur le site de France 2, l’actualité (journaux télévisés et dépêches), une émission mise en valeur (par exemple le magazine Campus) ou encore des archives de l’INA consultables sur le site. La liste des émissions figure en bas de page-écran et permet d’accéder à un descriptif de celles-ci.
De son côté, Arte met en avant sa dimension culturelle avec une très belle page d’accueil présentant une photo clin d’œil aux jolis interludes en images de la chaîne… Une grande photo liée à l’actualité (par exemple le festival de Cannes) occupe ensuite la moitié de la page-écran, qui propose en dessous quatre grandes rubriques : « Histoire, politique et société », « Arts et musique », « Cinéma et fiction », « Sciences et découvertes ».
C’est par contre à nouveau l’aspect commercial qui domine sur M6 qui, comme TF1, propose différents types d’informations (jeux, rencontres, beauté, shopping) et des ressources dites interactives en lien avec des émissions phare. L’internaute peut ainsi poser des questions à des « stars » d’une émission de télé-réalité ou encore acheter des produits dérivés.
En dehors des chaînes hertziennes, TV5 propose un site aux ressources variées présentées dans une mise en page colorée. L’internaute peut y accéder à tout le domaine de l’actualité médiatique (journal télévisé, information en continu, dossiers, informations graphiques), musicale (Paroles de clips, fiches d’artistes), mais aussi parcourir le monde en images (Médiathèque) ou se documenter sur la langue française (Actualité littéraire, Dictionnaires, ressources pour les enseignants).
À l’heure où l’avenir des contenus sur Internet semble encore incertain, les sites de télévision pourraient, eux, avoir déjà trouvé leurs raisons d’être, leurs publics nécessairement divers et leurs usages.
Thierry Lancien
Notes
1. Enquête « Le Top des cinquante mots clés sur Internet ». Février 2003. www.nomade.tiscali.fr/motscles
2. Interview d’Anne Sinclair dans les Dossiers de l’Audiovisuel n°92, juillet-août 2000 : « Quels contenus pour Internet ? ».
À lire
Histoire des médias en France
Cet ouvrage a l’avantage de mêler une approche purement historique à des travaux de recherche personnels. Les auteurs y soulignent bien les spécificités médiatiques françaises et y analysent l’évolution des médias en relation avec les mutations socioculturelles françaises. (Histoire des médias en France : Fabrice d’Almeida ; Chistian Delporte, Flammarion, Coll « Champs Université ».)
Analyser la télé-réalité
La revue Médiamorphoses vient de publier un numéro hors série consacré à la télé-réalité et, plus précisément, aux métamorphoses de l’émission Big Brother dans différents pays. Les auteurs, français et étrangers, y analysent les origines de cette émission née en Hollande, qui a subi différents types d’adaptation révélateurs des mutations culturelles des pays de diffusion. (Éditeur : Ina/Puf, 18 ¤. Site : www.ina.fr)
Adresses des chaînes
www.tf1.fr
www.france2.fr
www.france3.fr
www.france5.fr
www.arte-tv.fr
www.m6.fr
www.tv5.org
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